VIDEO - « Du confort de travail et une grande autonomie avec l’écimeuse automotrice »
Déjà utilisatrice d’écimeuses récolteuses traînées, l’ETA Blue Power en Normandie a fait construire un automoteur d’écimage.
Déjà utilisatrice d’écimeuses récolteuses traînées, l’ETA Blue Power en Normandie a fait construire un automoteur d’écimage.
Avec sa caisse élévatrice et pivotante, l’écimeuse automotrice simplifie sacrément la gestion des déchets », apprécie Germain Vard. Cet entrepreneur de travaux agricoles, installé à Hennezis dans l’Eure (Vexin normand) avec ses frères Louis-Henri et Alexis, inaugure cette année cet automoteur construit sur la base d’un déterreur à betteraves Ropa Euro-Maus 3. Sa société, baptisée ETA Blue Power et créée en 2013, dispose d’une solide expérience en écimage et collecte des adventices écimées, afin de réduire le stock de graines de mauvaises herbes résistantes dans la parcelle. « Nous avons été parmi les premiers en 2020 à investir dans une écimeuse récolteuse Zürn Top Cut Collect, se souvient Germain Vard, qui se consacre à cette activité de la mi-mai à la moisson. Cette machine traînée de présérie ne bénéficie pas des automatismes de séquence des opérations de dépliage, de repliage ou de vidange de la caisse, comme en sont équipées les versions standards. Ceci implique de respecter scrupuleusement les étapes. » Face à la demande croissante, l’entreprise a investi en 2025 dans un second modèle traîné de la même marque.
Lire aussi : « J’écime mes céréales avec un microtracteur »
« Au moment de l’achat de cette machine, nous avions déjà en tête de remplacer rapidement la première, mais pas par un modèle traîné, se souvient l’entrepreneur, qui réfléchissait à une autre conception de l’écimeuse. La Top Cut Collect fonctionne très bien, mais la caisse de 5,5 m3 se remplit parfois assez rapidement, notamment dans les betteraves, où les volumes d’adventices peuvent être conséquents. » L’idée d’un automoteur avec un système d’écimage sur l’avant mûrit gentiment. Mais le constructeur Zürn se refuse catégoriquement au développement d’une telle machine. L’ETA se rapproche alors de Romain Bouillé, le concepteur de l’écimeuse traînée aujourd’hui industrialisée par la marque allemande.
Une automotrice sur la base d’un déterreur à betteraves
Bricoleur averti, l’agriculteur seine-et-marnais, qui s’est forgé une réputation dans la conception d’écimeuses de cultures, accepte le défi. Il dispose déjà dans sa cour d’un déterreur à betteraves Ropa Euro-Maus 3 qu’il avait acheté pour un autre projet. « Cet automoteur est doté d’un large canal sous la cabine par lequel peut transiter la végétation coupée. » À l’arrière, le bras de déchargement et le contrepoids mobile sont déposés, mais la tourelle est conservée. Sur cette dernière, un châssis est construit pour supporter une caisse de remorque autochargeuse Pöttinger. « Celle-ci affiche une capacité de 10-11 m3. » Elle dispose d’une vis de répartition qui permet de bien la charger.
Un écimage plus qualitatif avec l’automoteur
Travaillant sur 12 mètres, la partie écimeuse est commandée auprès de Zürn pour un tarif de 45 000 euros. Elle alimente un canal central de grosse capacité pouvant avaler de grosses quantités d’adventices.
Comparativement au modèle traîné arrière, la position frontale de l’outil de coupe et la position surplombante du poste de conduite demandent à Germain Vard un peu de temps pour trouver ses nouveaux repères et bien appréhender la hauteur de fauche. « Mais on prend vite goût à la vision directe. Ne plus avoir à se retourner continuellement pour gérer la hauteur de fauche préserve de la fatigue. »
Lire aussi : Une écimeuse automotrice récupératrice
La qualité de coupe s’en ressent également, notamment sur la partie centrale. « Dans 10 % des cas, sur le modèle traîné, les adventices sont couchées par le châssis du tracteur. Une fois le pont arrière passé, elles se redressent, mais dans certaines conditions (volume de végétation, vitesse d’avancement), elles peuvent ne pas être fauchées correctement, intégralement. Avec le lamier à l’avant, nous n’avons plus cet effet. »
La position frontale du lamier facilite aussi la coupe dans les angles fermés des parcelles.
Exploiter au maximum les commandes de l’automoteur
Le système de délestage du lamier, qui limite l’effort exercé sur les roues de jauge, n’est pas hydraulique comme sur le modèle traîné, mais pneumatique, grâce à des poumons alimentés par le compresseur de l’automoteur. « Pour bon nombre de fonctionnalités de l’écimeuse automotrice, nous nous sommes appuyés sur l’électronique et l’hydraulique du déterreur : le service technique de Ropa France nous a bien aidés pour y parvenir. Seules les commandes de l’écimeuse sont sur un boîtier à part. »
Lire aussi : Désherbage : l’écimage, solution de secours contre les adventices
Équipé d’un autoguidage Trimble FM 1000 avec une correction RTX, l’automoteur est doté de quatre roues directrices lui procurant un diamètre de braquage suffisant (11 m) pour la largeur de la coupe. « Comparativement aux dernières générations d’écimeuses traînées pourtant dotées d’un essieu suiveur, le train de roues de l’automoteur réduit encore la surface de culture écrasée. Les roues arrière passent dans les passages des roues avant. »
Au passage, les pneumatiques 710/75 R34 ont été troqués pour des modèles VF de dimension 320/105 R54. « Ils mesurent 28 cm de large et leur diamètre légèrement plus grand maximise la longueur de leur empreinte. » L’ETA a fait faire à Sodijantes des jantes spécifiques pour les caractéristiques de l’automoteur. « En inversant les roues à gauche et à droite, la voie passe de 2,25 à 2,50 m, ce qui convient aux betteraves implantées en interrangs de 45 et 50 cm, ainsi qu’à une majorité de voies rencontrées en céréaliculture. L’idéal serait de disposer d’une voie variable. »
Lire aussi : Bouillé Concept - L’écimeuse portée se replie en quatre éléments
Des diviseurs précédant les roues écartent la végétation, afin de limiter l’écrasement des cultures. « Ils sont suffisamment longs pour être efficaces, mais pas trop non plus pour éviter qu’ils balaient de trop dans les manœuvres, en couchant la récolte au passage. »
La caisse pivote sur 180 degrés
Pivotant sur 180 degrés, la caisse élévatrice se vide dans trois directions. Sa grande autonomie limite le nombre de déchargements, ainsi que les allers-retours vers le lieu de vidange.
Elle est montée sur un châssis élévateur. « Avec l’écimeuse traînée, les adventices sont versées au sol et reprises avec un chargeur télescopique pour remplir une benne. Ici, la hauteur de vidange permet de charger directement une remorque. Cela fait gagner du temps aux clients. » La conception du modèle traîné impose également de déplier le lamier avant de vidanger, ce qui fait perdre du temps.
Seul point noir de la caisse arrière de l’automoteur, le porte-à-faux important demande une certaine dextérité, notamment sur la route. Une caméra arrière, connectée à un écran en cabine, aide à mieux appréhender le gabarit de la caisse. Au besoin, le conducteur s’aide de la tourelle pour pivoter la caisse et faciliter les manœuvres dans les espaces restreints.
Soixante euros par hectare
Le débit de chantier de l’écimeuse automotrice dépend de la quantité à ramasser, de l’accessibilité des parcelles, de l’homogénéité de la culture et de la logistique mise en place par les clients. La vitesse de travail oscille entre 0,5 et 7 km/h. « En moyenne, je travaille à 3,5 km/h et ramasse 3 ha/h en céréales. » Germain Vard estime son débit de chantier accru d’environ 15 % par rapport à ses machines traînées, du fait de la plus grande autonomie de la caisse, du lamier en position frontale et de la vidange facilitée.
Quant au GNR, grâce à ses débits hydrauliques élevés, l’automoteur de 405 ch affiche une consommation contenue (11 l/h, contre 10 l/h avec le tracteur de 115 ch et l’écimeuse traînée). Ce sont les trajets routiers qui handicapent l’automoteur, tant sur la consommation (transmission hydrostatique vs boîte powershift du tracteur) que sur les vitesses de déplacement (25 km/h maxi, contre 40 km/h).
En comptant l’achat des matériels d’occasion, des équipements neufs, de la tubulure et les 900 heures de travail (en grande partie réalisées par Romain Bouillé, aidé de deux mécaniciens, Jean-Michel Faivre et Robin Guyomard), la construction de l’automoteur revient à 150 000 euros, un prix qui n’est pas si éloigné d’une écimeuse récolteuse traînée neuve (environ 125 000 euros). Si le coût de la prestation n’est pas encore défini, il devrait être légèrement supérieur à celui du modèle traîné (180 euros de l’heure, soit autour de 60 euros par hectare). L’entrepreneur le justifie par le débit de chantier sensiblement accru, la meilleure qualité de fauche, une vidange plus facile (pas de reprise au chargeur télescopique) et la moindre surface de cultures écrasées.
Écimage - Une prestation en plein essor
Depuis le lancement de l’activité en 2020, la prestation d’écimage avec récolte des déchets occupe pleinement deux chauffeurs (un par écimeuse) de l’ETA Blue Power du printemps à la moisson. « Chaque tracteur fait 400 h avec l’écimeuse, informe Germain Vard. Nous commençons à la mi-mai avec le vulpin pour terminer presque à la veille de la moisson avec le ray-grass. » Les céréales composent pour les deux tiers de la surface écimée. Les betteraves arrivent en seconde position, mais l’entreprise intervient aussi sur d’autres cultures : lin graine, haricots, chicorée, carotte, oignon, etc.
Environ 60 % des clients sont des habitués. Le reste est principalement constitué d’agriculteurs qui sollicitent l’ETA, via le bouche-à-oreille. « Un voisin d’un client chez qui nous sommes en train de travailler nous appelle pour intervenir chez lui dans la foulée », cite en exemple l’entrepreneur qui donne la priorité à sa clientèle habituelle. L’entreprise rayonne principalement sur un secteur de 50 km autour du siège.
L’ETA Blue Power
Création en 2013
Trois frères associés : Germain, Louis-Henri et Alexis Vard
Deux salariés, un apprenti et jusqu’à sept saisonniers
Prestations :
- Binage (en 45, 50 et 75 cm d’interrang)
- Écimage (800 heures par an avec deux machines)
- Récolte du lin (arrachage, retournage, soulevage et enroulage)
- Récolte de la paille et des fourrages
- Moisson
- Buttage, plantation, broyage et récolte des pommes de terre fécule
- Pulvérisation
- Travaux à façon
- Mesure et analyse de terre (reliquats azotés entre autres) à l’aide de six quads dotés d’équipements de prélèvement de terre
- Épandage de précision de fumure organique solide (au travers de l’ETA Ferti Power, une autre structure cogérée avec Bertrand Milcent)
En cabine, le chauffeur dispose d'un écran connecté à deux caméras, l'une dans la caisse, l'autre à l'arrière de la machine.