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Bien labourer dans la raie avec un gros tracteur

L’augmentation de la puissance et du gabarit des tracteurs impose certains compromis pour rester dans la raie de labour. De la dimension des pneus du tracteur, aux réglages et équipements de la charrue, tour d’horizon des points de vigilance.

Même s’il tend à se développer par nécessité pour les tracteurs de très forte puissance, au-delà de 300-350 chevaux, le labour hors raie reste très minoritaire en France. Les agriculteurs lui préfèrent le traditionnel labour dans la raie, plus facile à mettre en œuvre et moins sensible aux conditions de sol, les pneus du tracteur accrochant mieux en fond de raie, lorsque c’est trop frais, d’autant plus après un déchaumage. Le surcoût de 10 à 20 % des modèles hors-raie limite aussi leur intérêt. Pour les tracteurs jusqu’à 250 chevaux, les charrues portées de six, voire sept corps sont encore largement employées. Dans certaines régions au parcellaire morcelé ou très vallonné, elles sont même attelées à des tracteurs approchant les 300 chevaux.

Mais dès lors que la configuration géographique est moins contraignante, les modèles semi-portés monoroues (7-8 corps) ou chariot (jusqu’à 10 corps) sont plus appropriés, avec des puissances pouvant aller jusqu’à 300 chevaux. Pour s’adapter à l’évolution de la puissance et du gabarit des tracteurs (voie, hauteur des attelages, capacités de relevage), les constructeurs ont fait évoluer leurs gammes de charrues en calquant leur dimensionnement sur les différentes catégories de tracteur. « Avec le recroisement des plages de puissance dans les gammes des tractoristes, il est plus rationnel de choisir un modèle de charrue en fonction du gabarit du tracteur, plutôt que de sa puissance », illustre Nicolas Millet chez Kuhn.

Des pneus VF de 650 mm de large

Autre point sensible lié à l’évolution des tracteurs, la dimension des pneumatiques peut avoir un impact sur la régularité du labour. Avec l’arrivée des technologies IF et surtout VF, il est désormais envisageable de conserver une largeur de pneu de 650 mm jusqu’à 300 chevaux, avec le VF650/85 R42. Affichant un diamètre de 2,15 mètres, celui-ci offre une empreinte au sol qui favorise la traction, tout en limitant la compaction. Par exemple, un pneu Michelin Axiobib 2 de cette dimension gonflé à 1 bar, peut supporter une charge 6 tonnes jusqu’à 30 km/h.

Pour les utilisateurs soucieux de conserver des pneumatiques de 710 mm de large plus polyvalents, les contraintes sont plus fortes. La largeur de travail passe généralement à 18 pouces pour ne pas trop entamer la muraille du labour. Plusieurs marques proposent des versoirs spécialement étudiés pour les pneus larges ou encore des accessoires comme une rallonge de versoir sur le dernier corps, ou encore un élargisseur de raie sur le contre-cep, des socs plus larges… « Ces adaptations ont une efficacité très dépendante du type de sol et peuvent, dans certains cas, rendre la charrue plus tirante et sensible à l’usure », avertit Olivier Groué d’Amazone. « Mieux vaut choisir les versoirs selon le type de terre, plutôt qu’en fonction des pneus du tracteur », relativise Nicolas Millet.

Les gros tracteurs s’accompagnent souvent de voies larges, nécessitant un déport de première raie de grande amplitude, facilement réglable. « Cela peut aussi avoir un intérêt pour récupérer une raie éboulée en effaçant un corps », remarque Cyril Thirouin de Grégoire-Besson.

Outre le respect de la répartition des masses sur le tracteur, l’équilibre des lourdes charrues est très dépendant de l’efficacité de la roue de jauge. « Pour préserver le report de charge, notamment en conditions difficiles, l’idéal est d’avoir une roue de grand diamètre non débordante. Elle doit être implantée la plus reculée possible, de manière à garantir un fonctionnement efficace du contrôle du relevage », détaille Cyril Thirouin. La solution la plus efficace pour bien valoriser l’effort de traction reste la combinaison de deux charrues portées avant/arrière. Mais les contraintes de transport et la complexité des réglages la rendent malheureusement peu attractive.

Le hors-raie s’impose pour les très fortes puissances

Sur les tracteurs de plus de 300 chevaux, le besoin de lestage (40 à 50 kg par cheval) pour passer la puissance au sol impose le montage de pneus larges, d’un jumelage ou de chenilles, afin de limiter le tassement. Le labour hors-raie devient alors incontournable. S’il impose des fenêtres météo plus contraignantes et un autoguidage sur le tracteur, il a en revanche l’avantage de ne pas tasser le fond de raie et dans le cas d’une charrue semi-portée, il offre un meilleur contrôle de la profondeur de travail. Avec un déport de grande amplitude, le hors-raie permet aussi d’aligner le point de traction de la charrue avec l’axe du tracteur.

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