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Bâchage des silos : des pistes pour dégager les pneus

La bonne conservation du tas d’ensilage passe par la pose d’une couverture parfaitement hermétique. Si la qualité des bâches est déterminante, le lestage intégral ne semble pas incontournable.

Les fameux pneus utilisés comme lests sur les tas d’ensilage sont de plus en plus écartés par les agriculteurs, en raison des contraintes liés à leur manipulation, aux risques de perçage des bâches et aux problèmes de santé causés aux animaux par les limailles de fer. Pour assurer une couverture hermétique des silos, il existe heureusement d’autres solutions sanitairement plus sûres, moins pénibles à mettre en œuvre et tout aussi efficaces. Quoi qu’il en soit, la bâche neuve placée au contact du fourrage reste incontournable. Sa qualité et surtout sa faculté à faire barrière au passage de l’oxygène sont déterminantes dans la conservation du fourrage. Cela peut surprendre, mais le film noir historiquement utilisé, d’une épaisseur de 150 à 180 microns, laisse passer de 300 à 1 000 cm3 d’oxygène par mètre carré par 24 heures. Ce défaut d’étanchéité se traduit par une entrée d’air dans le silo, générant des mauvaises fermentations dégradant la qualité nutritionnelle. Les films plus performants, certes plus chers, réduisent considérablement l’entrée d’oxygène dans le tas et sont à privilégier pour une conservation optimale. Leur taux de transfert descend pour certains à 5 cm3 par mètre carré par 24 heures pour des épaisseurs de 45 ou 80 microns.

Le tassage plus important que le lestage

« L’incidence sur la fermentation de la perméabilité à l’oxygène ne se détecte pas forcément visuellement. En effet, nos différents suivis de qualité de tas d’ensilage nous ont amenés à constater que les pertes fermentaires peuvent dépasser 15 % sans formation de moisissure, sachant qu’elles sont de l’ordre de 5 à 7 % dans les meilleures conditions, des valeurs incompressibles », souligne Olivier Raux, de la société ornaise Elvup. Le conseiller en élevage met aussi en garde par rapport à la faculté de la bâche à stopper les rayons ultraviolets pour limiter la montée en température dans le silo. « Le surcoût d’un film performant s’amortit largement par la préservation de la qualité du fourrage », remarque-t-il.
Sur le plan du lestage, Laurent Jumeline, chargé de développement en productions végétales à la coopérative Agrial, a un avis bien tranché : « la pose de sacs n’a pour seule fonction que de maintenir la couverture. Le plus important dans la confection du silo est le tassage. Il faut mettre en œuvre les moyens nécessaires pour obtenir une densité de fourrage de 220 à 250 kg/m3, un niveau auquel il est difficile de piquer une fourche à main dans le tas ». Il conseille alors d’éviter les silos taupinières et de ne pas monter l’ensilage à plus de 50 centimètres au-dessus des murs. « Il est difficile de tasser correctement sur les bords et, par conséquent, la densité descend à ces endroits entre 160 et 180 kg/m3, lorsque le silo dépasse d’un mètre par rapport au mur. Dans ce cas, l’air emprisonné contribue au développement des fermentations aérobies à l’origine des pertes », précise-t-il.

Ni pneus, ni boudins sur le tas

Pour la couverture du tas, Laurent Jumeline préconise, par exemple, trois solutions avec des bâches hautes performances : soit un film de 80 microns traité anti-UV complété par une grille de 225 g/m2, soit un film de 45 microns protégé par une grille opaque de 200 g/m2 traitée anti-UV, soit un film de 40 microns recouvert d’une géomembrane de 750 g/m2. Olivier Raux recommande, en l’absence de pneus, de placer sur le dessus du tas des rangées de boudins espacées de deux à trois mètres. L’étanchéité en périphérie est, elle, réalisée à l’aide de ces mêmes sacs chargés de gravillons. Le remplissage au sable est déconseillé car, par forte gelée, il prend du volume et entraîne la casse des boudins. Le lestage s’effectue aussi avec des tapis de mine, qui présentent l’inconvénient d’être lourds à manipuler et peuvent partir au vent en cas de tempête. Le système Silage Safe se distingue par l’utilisation de sangles pour plaquer la bâche sur le silo. Il évite alors de placer des boudins et permet à l’agriculteur de couvrir facilement le tas, mais demande au préalable de la préparation. Patrick Delarue, de la société Novintiss, annonce, lui, que son système de couverture Lest’o 500 s’applique par-dessus la bâche ou le film d’ensilage, en dispensant de tout lestage supérieur. Il s’agit en réalité d’un géotextile d’une densité de 500 g/m2, suffisamment souple pour épouser la surface du tas et perforé pour ne pas claquer au vent.

Regarder le traitement anti-UV avant le prix

La qualité du traitement anti-UV est un critère à prendre en compte lors de l’investissement dans des solutions de bâchage amortissables sur plusieurs années, comme les géotextiles. Il explique parfois les différences notables de prix entre des produits d’apparence similaire. Ce critère s’exprime en kilo-langley (Kly) et est à diviser par le rayonnement solaire annuel (80 à 100 Kly au nord de la Loire et 100 à 130 Kly au sud) pour obtenir la durée de vie. Par exemple, le Lest’o 500 bénéficie d’un traitement de 1 950 Kly, ce qui procure à ce géotextile une longévité d’environ 20 ans s’il est utilisé dans le Nord de la France. Cette valeur peut être facilement accrue en prenant soin de le nettoyer, de le plier et de le ranger correctement à l’abri des ultraviolets.

 

Avis d’éleveur : Arnaud Caillierez, Saint-Martin-sur-Cojeul, Pas-de-Calais

« Je ne leste plus le dessus de mes tas d’ensilage »

Arnaud Caillierez apprécie la facilité de bâchage des silos procurée par le système Lest'o. © Sandie Rochat

« Soucieux de simplifier la couverture de mes silos, j’ai trouvé une bâche respirante qui dispense d’utiliser des pneus et limite le nombre de boudins à manipuler. Ce produit, dénommé Lest’o 500 et fabriqué par Novintiss, permet de gagner du temps au bâchage et au débâchage, tout en bénéficiant d’une excellente protection du film barrière-oxygène, gage d’une bonne conservation. Il suffit de deux heures et demie, à deux personnes, pour couvrir les deux tas de 185 mètres carrés chacun. Pour simplifier l’opération, j’ai rendu hermétiques les murs de mes silos en réalisant des joints en polyuréthane entre les éléments préfabriqués, afin de ne plus y mettre de bâche noire. Au moment de bâcher le silo, j’applique d’abord le film spécial barrant la route à l’oxygène. Ensuite, pour mes tas de 22 mètres de long, j’utilise quatre bandes de six mètres de large de Lest’o 500, en respectant un recouvrement de 20 à 30 centimètres. La liaison entre chaque bande est assurée par un puissant scratch. Le bâchage se termine par la pose de sacs Lest’o de 10 kg uniquement à la périphérie du tas et sur le front d’attaque. Microperforée, la bâche Lest’o 500 sèche vite et se manipule facilement, même en présence de vent. Elle ne s’envole pas à la tempête, comme nous avons pu le constater avec les fortes rafales enregistrées début février. Pour découvrir le front d’attaque, je replie la bâche par bandeaux de 60 centimètres de large, sans me salir. Et lorsque le silo a reculé de six mètres, je retire la bande, la nettoie, la plie et la stocke à l’abri du soleil, afin de prolonger sa durée de vie. La bâche Lest’o 500 est garantie UV durant 15 ans et les premiers exemplaires ont plus de 20 ans de service. Vu la longévité, l’investissement me revient à environ 0,25 euro par mètre carré et par an. Cette solution est par ailleurs intéressante sur le plan environnemental, car elle réduit considérablement le volume de bâche à recycler. »

 

 

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