Aller au contenu principal

Guerre en Ukraine - Comment la tonne de blé a-t-elle largement dépassé les 400 euros ?

Jamais une campagne de commercialisation du blé tendre n'a affiché autant de fermeté, de volatilité et d'incertitude. Il faut remonter aux années 2007-2008 ou 2010-2011 pour retrouver certaines similitudes, sans jamais atteindre toutefois les niveaux de prix records enregistrés cette semaine. Comment en est-on arrivé là ?

Evolution de la cotation du blé tendre meunier rendu Rouen de juin 2021 au 19 mai 2022
© La DEPECHE Le petit meunier

De 250 euros/t en début de campagne de commercialisation, les cours du blé tendre en Rendu Rouen ont atteint des sommets, avec un pic à 437 euros la tonne le 16 mai ! La conséquence d'une suite d'évènements, qui n'ont cessé d'alimenter la hausse du blé tendre depuis le début de l'année 2022.

Géopolitique d'une part...

Le marché était déjà assez ferme de septembre à la fin de l'année 2021 avec des cotations du blé tendre rendu Rouen autour de 280 euros/t, mais ce sont les évènements en Ukraine (cette dernière et la Russie étant deux exportateurs majeurs sur le marché international du blé tendre) qui ont mis le feu aux poudres. L'entrée de l'armée russe sur le territoire ukrainien le 24 février a fait exploser les prix du blé tendre bondissant à 310 euros/t, contre 287.50 euros/t la veille. Le conflit a entraîné l'arrêt des exportations par voie maritime des lots de blé ukrainiens, tandis que la Russie a pu continuer d''expédier ses volumes.

A ainsi démarré une nouvelle période d'extrême volatilité et de fermeté (rappelant la campagne 2007/2008 notamment) avec des cours affichant des évolutions de plusieurs dizaines d'euros en une séance sur le marché à terme Euronext. Au 2 mars, le cours blé tendre rendu Rouen atteignait 341.50 euros/t, 407 euros/t le 7 mars pour culminer au niveau record de 437 euros/t le 16 mai, suite à l'annonce de mise en place de restrictions à l'export de blé par le gouvernement indien avec effet immédiat.

L'Inde, qui n'est pourtant pas un exportateur majeur, avait annoncé quelques semaines auparavant pouvoir exporter du blé sur le marché mondial et l'alimenter en partie dans un contexte de retrait d'un des principaux fournisseurs de blé mondial qu'est l'Ukraine. De quoi soulager un peu la tension observée sur le marché du blé. Mais la sécheresse qui s'est abattue sur le pays a obligé les autorités indiennes à revoir leur copie. Une décision qui a fait bondir le prix du blé tendre de 20 euros la tonne en un week-end. Des exceptions pourraient toutefois intervenir en fonction de l'état d'urgence de certains pays à s'approvisionner pour éviter une famine.

... Et conditions météo dans l'Hémisphère nord d'autre part

L'ascension des cours du blé tendre, en plus de la quasi-absence de l'Ukraine sur le marché mondial du blé (quelques lots ont pu circuler en train), a aussi été permise par des conditions de culture particulièrement sèches en Europe occidentale, notamment en France, et aux États-Unis venant ainsi compromettre le potentiel des rendements de la récolte de blé 2022, pour couronner le tout.
Au 15 mai, seulement 27% des parcelles de blé d'hiver US affichaient un état "bon à excellent" d'après le ministère de l'Agriculture états-unien contre 48% l'an passé et 51% en moyenne quinquennale.
Côté français, selon le dernier bulletin Céré’Obs de FranceAgriMer, 73% des surfaces de blé tendre évoluaient dans des conditions "bonnes à très bonnes"  (82% la semaine précédente et 79 % en 2021).

Notons des précipitations importantes sont attendues dans les 7 prochains jours aux États-Unis et devraient rassurer les producteurs.
En revanche, les pluies qui tombent sur l'Hexagone depuis quelques jours seraient insuffisantes pour rattraper les effets de la sécheresse sur les cultures. Interrogé à ce sujet le 18 mai, Jean-François Loiseau, président d'Intercéréales assure que les dégâts ne sont plus rattrapables. "Nous perdons 100 000 t par jour", estime-t-il.

Légère détente ces derniers jours... très légère

Depuis le 18 mai, le marché du blé tendre affiche une certaine détente avec trois séances de baisse consécutives sur Euronext. Le contrat Blé est ainsi passé de 438.25 euros/t le 17 mai à 420,75 euros/t le 20 mai.

Les négociations entreprises par l'Organisation des nations unies avec la Russie visant à rétablir tant que possible les exportations de grains ukrainiens au départ de ce sports maritimes (avec des opérations de déminage) ont pu peser un peu sur les cours du blé. « La Russie doit permettre l’exportation sécurisée des céréales stockées dans les ports ukrainiens », estime António Guterres, s’exprimant à New York le 21 mai à l’occasion d’une réunion ministérielle à New York. Le secrétaire général des Nations unies a également émis le souhait que « la nourriture et les engrais russes aient accès sans restriction aux marchés mondiaux »

Selon les opérateurs commerciaux, cette baisse reste avant tout liée à des éléments exogènes aux fondamentaux de marché comme des prises de bénéfices de fonds financiers. L'inflation des prix alimentaires actuelle fait également craindre une baisse de la consommation mondiale qui pourrait peser sur les cours dans les mois à venir.

Pour autant, ce retrait observé reste minime au regard des niveaux de prix enregistrés par le blé tendre, représentant moins de 5% de son prix.

 

Les plus lus

Annie Genevard et Albert Mathieu, président-directeur-général de Panzani, lors de la visite de la ministre dans l'usine de Marseille
Blé dur – La ministre Annie Genevard annonce le doublement des aides PAC dans les zones traditionnelles

Lors d’un déplacement en Provence, la ministre de l’Agriculture a visité une usine Panzani et des parcelles de blé dur et…

Un champ de maïs qui souffre de la sécheresse
Récoltes 2025 : recul attendu de la production de maïs en raison d'une baisse anticipée des rendements

Alors que la moisson estivale est sur le point de s’achever, Agreste a publié le 8 août ses dernières estimations de…

Moisson du Colza dans les plaines cerealieres de la Marne. Agriculteur moissonnant sa parcelle de Colza avec une moissonneuse bateuse Claas 740 Lexion.
Moisson 2025 : de bons rendements en colza avec quelques hétérogénéités

Avec une moisson 2025 particulièrement précoce, plusieurs groupes coopératifs ont déjà effectué le bilan de ce millésime. En…

Biocarburants : « La critique du B100 et de l’HVO par l’État est incompréhensible, à la limite de l’inacceptable »

La filière biocarburants ainsi que les acteurs du transport routier de marchandises sont vent debout contre un récent rapport…

Parcelle de pois d'hiver photographiée en janvier
Moisson 2025 : rebond des rendements en pois protéagineux

Après une récolte 2024 catastrophique, les rendements en pois d’hiver rebondissent en 2025, s’affichant entre 40 et 45…

champ moissonné, avec éolienne au loin, Creuse, août 2025
Céréales et oléoprotéagineux bio : un marché estival attentiste

Le marché des grains bio reste très calme ce début août, en pleine pause estivale, alors que les moissons d’été très précoces…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 958€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site La dépêche – le petit meunier
Bénéficiez de la base de cotations en ligne
Consultez votre revue numérique la dépêche – le petit meunier
Recevez les évolutions des marchés de la journée dans la COTidienne