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L’analyse de sève permet une meilleure anticipation des apports foliaires

L’analyse de sève se démocratise. Telle une photo prise à l’instant T, elle informe sur le niveau de nutrition d’une culture. Pour Julien David, agronome à la coopérative EMC2, elle prend tout son sens pour les cultures suivantes, dans une réflexion sur la nutrition par anticipation.

« Si vous utilisez l’analyse de sève sur une culture l’année N afin de piloter sa fertilisation, c’est souvent un peu trop tard. Mieux vaut se servir des résultats de l’analyse de sève de la ou des cultures précédentes pour piloter la fertilisation l’année N », conseille Julien David, du service agronomie de la coopérative EMC2.

L’analyse de sève est en effet une photo à l’instant T de l’état de nutrition d’une culture. La coopérative, qui utilise cet outil depuis 2020 (outil Top Diag), l’emploie tout particulièrement pour installer ses essais sur la fertilisation. En 2023, un essai sur l’efficience de l’azote est ainsi mis en place en Haute-Marne, sur une parcelle d’agriculteur où, l’année précédente, l’analyse de sève avait révélé, sur la culture alors en place (orge d’hiver), un déficit en fer et en molybdène. « Ces deux éléments sont impliqués dans la transformation de l’azote dans la plante, notamment dans les premières étapes. Si on règle ces déficits, on aura une meilleure efficience de la chaîne de transformation de l’azote et on pourra même envisager d’en apporter moins », explique l’agronome.

Fer et molybdène en foliaire augmentent le rendement

Un essai est donc mis en place sur blé sur la commune de Vesvres-sous-Chalancey (Haute-Marne) avec dix modalités et six répétitions. Des analyses de sèves sont réalisées aux stades épi 1 cm, un nœud et dernière feuille étalée (DFE). Il y a un témoin zéro azote et des modalités à 80, 120, 160, 180 et 200 unités d’azote, apportées en deux (pour 80 et 120 unités) ou trois dates : 27 février (tallage), 20 mars (épi 1 cm) et 11 mai (DFE). Le programme de fertilisation foliaire est le suivant : 2 l/ha de Cerefer à épi 0.5 cm, 1 l/ha de Fixa Mo à épi 1 cm et même 4 l/ha de Fixa Mg à un nœud. « L’essai a parfaitement répondu, témoigne Julien David. Les apports de fer et de molybdène en foliaire permettent, quelle que soit la dose totale d’azote, témoin compris, d’augmenter le rendement et cela de manière statistiquement significative, entre + 5 et + 10 q/ha. Les teneurs en protéines sont quant à elles maintenues. »

La coopérative a mené d’autres essais de ce type sur céréales à paille, en comparant avec ou sans apport en foliaire de fer et/ou de molybdène (toujours 2 l/ha de Cerefer et 1 l/ha de Fixa Mo). Sur 242 microparcelles, en conditions d’azote non limitant (dose X), les apports foliaires conduisent à, en moyenne, 3.4 % de rendement supplémentaire (non significatif NS), + 2,2 % de protéines (NS) et + 5,9 % d’efficience azotée (S).

En conditions d’azote limitant (0N ou X-40), c’est, toujours en moyenne, + 7,1 % de rendement (S), + 0,8 % de protéines (NS) et + 10,2 % d’efficience azotée (S).

« Les apports de fer sont d’autant plus efficaces que les analyses de sol montrent des teneurs en fer inférieures à 25 ppm (pH du sol supérieur à 7,4 et sol calcaire) », ajoute l’agronome.

Pas d’analyse de sève en cas de mauvaise structure de sol

Pour lui, les deux analyses, de sol et de sève, sont très complémentaires et devraient être faites en routine. « Quand l’analyse de sol vous informe du stock potentiellement échangeable en éléments, l’analyse de sève vous dit s’ils ont bien été absorbés par la culture. » Mais Julien David avertit : « Dès lors que votre sol a une mauvaise structure, ce n’est même pas la peine de faire une analyse de sève ! » Ce que la plante absorbe, c’est la solution du sol, comprenant eau et sels minéraux. La plante n’absorbe donc que ce que le sol veut bien ou peut échanger. Sa structure doit donc être, pour cela, compatible !

Un travail de recherche est en cours, venant appuyer les essais conduits par la coopérative. Ils sont menés par Paul Faure, thésard à l’ENSAIA de Nancy. « Ce que nous avons vu au champ est confirmé par des essais en conditions contrôlées au laboratoire, indique Julien David. Ils confirment qu’à de petites doses d’azote, l’apport d’oligoéléments tels que le fer et le molybdène, améliore l’efficience de l’azote. »

En 2026, un essai est notamment prévu en conditions de semis direct de couverts végétaux et du blé suivant. Élément très intéressant et à suivre sur cet essai : les couverts seront mycorhizés ou pas ! L’efficience de l’azote sera analysée comme les essais précédents sur le blé au printemps 2027, avec l’appui des analyses de sève…

L’analyse de sève, une prise de sang du végétal

L’analyse de sève est une analyse de la composition de la sève d’une plante. Une plante est animée par deux flux de sève :

- la sève brute, flux ascendant riche en éléments minéraux puisés par les racines, les apportant jusque dans les organes photosynthétiques tels que les feuilles ;

- la sève élaborée, descendante, issue des organes photosynthétiques, alimentant l’ensemble de la plante jusqu’aux racines et plus (exsudats racinaires).

L’analyse de sève porte sur tous les éléments nutritifs, oligoéléments compris et trois formes d’azote : NH4, NO3 et NST (azote total). Elle permet de voir si, à l’instant du prélèvement, les besoins nutritionnels de la culture sont couverts. Des valeurs cibles sont ainsi définies, à atteindre pour un bon niveau de nutrition, fonction de l’espèce et de son stade.

L’échantillonnage doit être rigoureux (kits de prélèvement préalablement fournis), sur des plantes qui ne souffrent pas de déficit hydrique et tôt le matin quand il y a suffisamment de sève. Il existe deux types d’analyse, soit celle du bas de tige, soit celles des feuilles (jeunes et âgées), la première étant la plus simple. L’analyse de sève a l’avantage d’être rapide, quelques jours seulement sont nécessaires pour recevoir les résultats.

Le coût d’une analyse de sève est compris entre 75 à 120 euros.

Le jus de bas de tige

Julien David, EMC2, préfère utiliser l’analyse de sève à partir du jus de bas de tige et non celle réalisée sur les feuilles. « En analysant la sève du bas de tige, on est vraiment sur une notion de flux d’éléments. Il faut cependant faire attention à prélever dans des conditions “normales” d’humidité. S’il fait trop sec ou, au contraire, trop humide, les flux de sève sont irréguliers et vont altérer l’analyse. »

Analyse de sève : « J’ai corrigé des carences en cuivre, fer et bore en céréales sur mes parcelles en Meurthe-et-Moselle »

Producteur en polyculture élevage en Meurthe-et-Moselle (Essey-et-Maizerais), Denis Raux recourt aux analyses de sève sur ses céréales et colza depuis cinq ans, via les services de la coopérative EMC2.

« J’ai commencé à faire appel à des analyses de sève en 2021. Il y a eu un élément déclencheur, une parcelle de 6 hectares d’orge de printemps qui montrait une quasi-absence d’épi au stade début épiaison. Une analyse de sève à ce stade avait décelé une carence en cuivre, insoupçonnable sans ce diagnostic, car du cuivre était présent dans le sol, mais bloqué. Il était trop tard pour corriger le tir sur cette orge, mais j’ai adopté les années suivantes une stratégie d’apport de cuivre tous les ans sur cette parcelle. L’orge d’hiver qui a suivi a produit 68 q/ha en 2023, le colza ensuite 41 q/ha suivi d’un blé à 74 q/ha en 2025 alors que jusqu’à présent, je ne dépassais guère 60 q/ha sur cette parcelle. Je considère que cet apport de cuivre a déplafonné le rendement, au moins sur cette parcelle.

Depuis 2022, j’analyse chaque année cinq parcelles en céréales et colza, en passant commande à la coopérative EMC2 à 80 euros l’analyse. Les mesures sont faites sur des échantillons prélevés début montaison pour les céréales, au moment où les plantes commencent à redémarrer dans leur développement. Cela me donne des infos sur des stratégies d’apports de certains oligoéléments pour les années suivant l’analyse. À force, je me crée une biblio de captation d’oligoéléments pour la ferme sur mes parcelles.

Beaucoup des analyses montrent des carences en bore et fer sur les céréales. Les carences sont corrigées avec des apports de fer à épi 1 cm ou de bore au stade dernière feuille étalée. Ces deux oligoéléments sont dorénavant apportés en routine en céréales, ce qui coûte 7 €/ha pour le bore et 19 €/ha pour le fer. Les résultats obtenus par la coopérative EMC2 sur l’ensemble du territoire ont montré l’intérêt de ces apports avec des gains de rendement à la clé.

J’ai aussi dû apporter du magnésium sur une orge à la suite d’une analyse et le cuivre est fourni là où c’est nécessaire, ce qui représente 40 % de ma surface. Ces analyses de sèves permettent une meilleure appréciation des besoins de la plante. Globalement, je trouve mes cultures plus résilientes que chez des voisins avec des parcelles qui restent en bonne santé. J’ai pu maintenir un même niveau de rendement et de qualité en passant de 200 à 160-170 unités d’azote apportées.

Je ne perds pas de vue l’intérêt des analyses de sol puisque j’en réalise cinq par an. Je gère mes parcelles en agriculture de précision avec l’outil Be api qui m’a permis, entre autres, d’établir une cartographie de l’hétérogénéité de mes parcelles avec des analyses de sol qui ont été effectuées tous les 80 ares. »

Gaec du Grand Sard (2 associés). 250 hectares dont 80 de blé, 55 de colza, 50 d’orge d’hiver, 30 de tournesol, 20 d’orge de printemps. Élevage allaitant. Sols argilo-calcaires.

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