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« Avec le récupérateur de chaleur sur notre tank à lait, nous profitons d’une énergie gratuite »

À l’EARL Alliance Élevage, le récupérateur de chaleur installé sur le groupe frigorifique du tank à lait produit l’essentiel de l’eau chaude nécessaire au lavage du bloc traite. Un investissement vite rentabilisé par les économies d’énergie.

<em class="placeholder">Fabrice Gelineau, associé de l’Earl Alliance Élevage, à Beaupréau-en-Mauges dans le Maine-et-Loire</em>
Fabrice Gelineau de l’EARL Alliance Élevage, à Beaupréau-en-Mauges dans le Maine-et-Loire. "Le récupérateur de chaleur produit une grande partie de l'eau chaude utilisée pour le nettoyage de la salle de traite et du tank."
© M. Portier

Au moment de renouveler son tank à lait, devenu trop petit pour stocker la production de ses 240 vaches laitières prim’Holstein, l’EARL Alliance Élevage, à Beaupréau-en-Mauges dans le Maine-et-Loire, a saisi l’occasion pour y adjoindre un récupérateur de chaleur. « Sur notre précédent tank de 21 500 litres, nous en disposions déjà d’un. Nous avions donc pu mesurer son efficacité pour valoriser les calories perdues par le groupe frigorifique. Mais le ballon d’eau chaude de 500 litres ne couvrait que partiellement nos besoins en eau chaude pour le lavage du roto et du tank », explique Fabrice Gelineau, l’un des trois associés de l’exploitation, qui compte également deux salariés et deux apprentis.

<em class="placeholder">Ballon d&#039;eau chaude de 1 000 litres et chaudière à gaz de l’Earl Alliance Élevage, à Beaupréau-en-Mauges dans le Maine-et-Loire</em>
Le ballon de 1 000 litres est couplé à une chaudière à gaz qui ne fonctionne que pour porter à 75 degrés les 250 litres d'eau nécessaires au lavage à chaud. Crédit : M. Portier

Un chauffe-eau de 1 000 litres

Le nouveau tank horizontal Japy Tech de 30 000 litres, installé à l’automne 2025, accueille en moyenne 3 700 litres de lait pour chacune des six traites qu’il peut contenir. Son refroidissement est assuré par deux groupes froids de 10 chevaux, installés à l’extérieur sous abri. Chacun est équipé d’un échangeur de chaleur à plaques, implanté sur le circuit frigorifique entre le compresseur et le condenseur. Il capte ainsi les calories dégagées (le fluide frigorigène atteint les 80 degrés en sortie de compresseur) pour refroidir le lait. Japy Tech annonce un coefficient de performance (COP) de 2 à 3 selon les conditions climatiques, soit 2 à 3 kWh de chaleur récupérée pour chaque kilowattheure électrique consommé pour le refroidissement. L’échangeur à plaques est relié, en circuit fermé d’eau glycolée alimentaire, à un chauffe-eau de 1 000 litres.

<em class="placeholder">Groupes frigorifiques du tank à lait de l’Earl Alliance Élevage, à Beaupréau-en-Mauges dans le Maine-et-Loire</em>
Chacun des deux groupes frigorifiques du tank sont équipés d'un échangeur de chaleur à plaques. Crédit : M. Portier

300 à 400 euros économisés par mois

« À chaque traite, le groupe tourne environ deux heures pour refroidir le lait, qui arrive dans le tank aux alentours de 25 degrés grâce à un prérefroidisseur. C’est suffisant pour porter la température de l’eau du ballon à 55-60 degrés, précise Fabrice Gelineau. On dispose ainsi de l’autonomie nécessaire pour le lavage à l’eau tiède, soit 750 litres dont la moitié d’eau chaude. Il faut en revanche un appoint pour les 250 litres du lavage à chaud. » Le chauffe-eau de 1 000 litres alimente ainsi une chaudière à gaz dotée de son propre ballon de 250 litres, capable de porter la température de l’eau à 75 degrés en un quart d’heure.

<em class="placeholder">Echangeur de chaleur à plaques de l’Earl Alliance Élevage, à Beaupréau-en-Mauges dans le Maine-et-Loire</em>
L'échangeur à plaques récupère la chaleur issue du circuit frigo pour la transférer au ballon via un circuit d'eau glycolée. Crédit : M. Portier

« La chaudière n’intervient plus qu’en appoint. Je n’ai pas encore pu évaluer précisément les économies réalisées sur la consommation de gaz, celle-ci ayant été faussée l’hiver dernier par un usage inhabituel des radiants dans le bloc de traite lors des périodes de grand froid. En revanche, les gains sur l’électricité sont déjà bien visibles : nous économisons entre 300 et 400 euros par mois. Cette baisse s’explique par un meilleur dimensionnement du tank et de son groupe froid, dont les performances sont renforcées par les échangeurs. Les ventilateurs du condenseur sont ainsi beaucoup moins sollicités », souligne l’éleveur.

<em class="placeholder">Thermomètre du ballon d&#039;eau chaude de 1 000 litres de l’Earl Alliance Élevage, à Beaupréau-en-Mauges dans le Maine-et-Loire</em>
Le récupérateur de chaleur permet de porter la température du ballon de 1 000 litres jusqu'à 60 degrés. Crédit : M. Portier

Rentabilisé en deux ans

Le récupérateur a été posé en une journée par un prestataire frigoriste agréé. Échangeurs, ballon, circuit et montage compris, l’investissement s’élève à 7 100 euros. « Cela représente un surcoût d’un peu plus de 10 % sur le prix du tank, sachant que nous espérons obtenir une aide régionale de 30 %. Et dans tous les cas, au regard des économies de gaz et d’électricité, l’équipement sera rentabilisé en moins de deux ans, d’autant qu’il n’y a aucun frais d’entretien à prévoir », conclut l’éleveur.

Chiffres clés

240 vaches laitières

2,7 millions de litres produits en 2025 en démarche Bleu-Blanc-Cœur et C’est qui le patron avec LSDH

240 ha en ACS, dont 120 ha en cultures (maïs, blé, orge, féverole-vesce) et le reste en prairie, avec 30 ha de méteil en dérobé

6 UTH

<em class="placeholder">Tank à lait de 30 000 litres de l’Earl Alliance Élevage, à Beaupréau-en-Mauges dans le Maine-et-Loire</em>
Le tank à lait de 30 000 litres est partiellement installé à l'extérieur. Crédit : M. Portier

Le récupérateur de chaleur encore trop rare dans les élevages

Malgré une efficacité prouvée et un retour sur investissement rapide (2 à 5 ans, selon Idele), le récupérateur de chaleur reste peu répandu sur les groupes froids de tanks à lait. « Il n’y a aucune inquiétude sur la performance technique de ces équipements, confirme Thomas Gontier, chef de projet environnement à l’Idele. C’est un investissement rentable, mais le gain annuel sur la facture énergétique reste modeste à l’échelle d’une exploitation. Il est donc trop souvent relégué au second plan. » Il existe peu de chiffres concernant le taux d’équipement. À l’échelle de la Bretagne, le GIE Élevages Bretagne annonçait fin 2023 que sur les 4 209 élevages engagés dans le programme « eco énergie lait », seuls 20 % l’étaient pour un récupérateur, contre 80 % pour un prérefroidisseur.

Autre frein au développement : de nombreux éleveurs n’ont pas la main sur le choix du tank lorsque celui-ci est la propriété de leur coopérative. Or, cette dernière fait souvent l’impasse sur le récupérateur pour maîtriser son budget. Les investissements se concentrent donc principalement sur les tanks appartenant aux éleveurs eux-mêmes.

Si la plupart des installations accompagnent le renouvellement du tank, le récupérateur peut tout à fait s’intégrer en rétrofit sur un équipement existant et devenir l’occasion de moderniser également le groupe froid. C’est par exemple ce que propose Serap avec sa solution complète Opticool.

Chiffres clés

35 à 45 % de l’énergie consommée dans le bloc traite est liée au refroidissement du lait

25 à 40 % de l’énergie consommée est consacrée à la production d’eau chaude

60 à 90 % des besoins en eau chaude peuvent être couverts par un récupérateur de chaleur

14 à 21 kWh d’électricité économisés par 1 000 l de lait produits grâce au récupérateur

2 000 à 3 000 € d’économie annuelle pour une production de 800 000 l de lait avec un prix de l’électricité à 0,18 €/kWh

De réels gains en nettoyant le condenseur

Un nettoyage régulier du condenseur du groupe froid limite son encrassement et évite une surconsommation électrique des ventilateurs et du compresseur pouvant atteindre 5 à 15 %. Un impact comparable peut être observé avec un chauffe-eau entartré, d’où l’intérêt d’un détartrage périodique dans les zones où l’eau est dure.

Côté récupérateur de chaleur, le circuit fermé d’eau glycolée est à l’abri de l’entartrage. En revanche, des dépôts de calcaire peuvent apparaître sur la face de l’échangeur en contact avec l’eau sanitaire ainsi que dans le ballon de stockage, avec à la clé une baisse progressive du rendement.

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