Aller au contenu principal

Marché/Analyse/Point de vue
François Luguenot : « Les prix du blé tendre sont surévalués »

François Luguenot, consultant indépendant, ancien trader et expert du cercle Cyclope, explique que les relations entre l’Ukraine et la Russie pourraient n'avoir aucun impact sur les prix, s'il ne dégénère pas.

François Luguenot, consultant indépendant, expert du cercle Cyclope
© François Luguenot

« Le prix du blé tendre actuellement proche des 300 €/t est surévalué, dans un contexte de bilan mondial plutôt confortable », s’exprime François Luguenot, consultant indépendant, ancien trader et expert du cercle Cyclope. Certes, les stocks au sein des exportateurs mondiaux sont plus bas que lors de certaines années, « mais il y a de quoi faire. Les volumes en Australie sont abondants, en Argentine aussi… », justifie-t-il.

Des quotas russes supérieurs aux attentes en 2022 ?

Bien entendu, l’Australie n’aura pas une moisson de qualité, « mais il est très difficile de l’évaluer précisément », soutient François Luguenot. Les possibles quotas à l’exportation de blé russe, annoncés à 9 Mt, s’avèrent « supérieurs à ce que divers opérateurs attendaient, et laissent donc de la marge. […] Les taxes russes à l’export réduisent effectivement l’offre disponible à court terme, mais les Russes continuent d’exporter, et ne peuvent donc justifier à elles seules le très haut niveau de prix actuel. Si les Russes exportent moins par rapport à l’an dernier, c’est surtout parce qu’ils ont une récolte moindre », analyse le spécialiste. L'USDA annonçait dans son rapport de novembre une production Russe 2020/2021 à 85,35 Mt, et à 74,5 Mt en 2021/2022.

 

 

 

Peu d'effet pour le moment sur les marchés du conflit Russie/Ukraine

Vient ensuite le conflit Russie/Ukraine. S’il ne dégénère pas, « il n’y a guère d’inquiétude. Si la situation s’aggrave, et que les ports ne peuvent opérer pour exporter, alors oui, les prix monteront. Mais sinon, il se peut que cet évènement soit totalement ignoré par le marché, sachant que personne n’a réellement intérêt à la guerre », explique François Luguenot.

L'origine des prix élevés: l'excès de liquidité accordé aux investisseurs

Si les prix sont aussi élevés, c’est au départ à cause de l’excès de liquidité accordé aux investisseurs, qui doivent bien placer leur argent quelque part, selon François Luguenot : « Les investisseurs placent l’argent fourni par les banques centrales (Quantitative Easing), et risquent une correction ». Les fonds sont effectivement très présents actuellement sur les contrats à terme états-uniens. « Quand arrivera cette correction à la baisse ? sera-t-elle brusque ou progressive ? Nul ne le sait », argue François Luguenot.

Des prix qui pourraient rester hauts encore un moment

L’expert ne nie pas que les prix du blé et des céréales risquent de rester hauts encore un moment, mais pas pour des raisons fondamentales. Pour lui, l’irrationalité des marchés a créé une nouvelle réalité, soit un contexte de prix haut, et il faudrait être désormais fou pour parier sur une baisse à court terme. « On est dans le vieil adage : il vaut mieux avoir tort avec tout le monde plutôt que d’avoir raison contre tout le monde. Celui qui parie maintenant à la baisse sur les marchés à terme risque de perdre beaucoup d’argent […] Il faudrait une importante nouvelle baissière pour réellement retourner les marchés à court terme », relève François Luguenot.

Reste à savoir si la météo sera clémente dans les pays exportateurs de l’hémisphère nord. « Dans ce contexte irrationnel, toute nouvelle peut engendrer une forte volatilité », prévient François Luguenot.

 

 

Les plus lus

Photo d'Amadou Sarr, analyste chez Stratégie Grains, filiale d'Expana.
« Les exportations françaises de blé sont finalement moins exposées à la menace argentine que les origines mer Noire », déclare Amadou Sarr, analyste chez Stratégie Grains

La récolte record de l’Argentine en blé ne devrait pas pénaliser outre mesure les exportations françaises de blé tendre sur la…

Portrait de Pierre-Jean Huré, directeur commercial du groupe Sica Atlantique
« Nous espérons une meilleure dynamique à l’exportation en blé tendre sur la seconde partie de campagne », indique Pierre-Jean Huré

Le directeur commercial du groupe Sica Atlantique fait le bilan du premier semestre de la campagne de commercialisation 2025-…

De gauche à droite : Franck Bluteau, nouveau président de la Cavac, Jérôme Calleau, ancien président de la Cavac, et Olivier Joreau, directeur général
La coopérative Cavac garde un résultat net positif en 2024-2025

La campagne 2024-2025 a été difficile pour la Cavac, avec une forte baisse des volumes. Le résultat net de la branche…

Diego de la Puente, analyste du marché des grains chez Novitás.
Une récolte de blé record en Argentine pénalisée par la qualité

L’abondante récolte de blé argentin lui confère une grande compétitivité en ce début d’année. Les ventes vers l’Asie sont très…

Meunerie française, une santé fragile et une problématique d’importation

L’Association nationale de la meunerie française (ANMF) publie une étude commandée à la Banque de France sur l’état économique…

Julien Darley et Alexandre Jonet, traders pour Granit Négoce
« Nous ne sommes pas optimistes sur le redéveloppement de la prime brassicole d’ici à la fin 2026 », affirme Julien Darley, directeur général de Granit Négoce

Pour les traders de Granit Négoce, filiale d’Axéréal, seul un événement climatique adverse sur la récolte 2026 pourrait…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 958€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site La dépêche – le petit meunier
Bénéficiez de la base de cotations en ligne
Consultez votre revue numérique la dépêche – le petit meunier
Recevez les évolutions des marchés de la journée dans la COTidienne