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Philippe Largeau, président de la FNEDT - "Les ETA n’ont pas d’autres choix que de répercuter la hausse du GNR sur le coût de leurs prestations"

Les entrepreneurs de travaux agricoles sont pleinement impactés par la hausse du prix du GNR. Philippe Largeau, président de la FNEDT, fait le point sur la situation dans les ETA.

<em class="placeholder">Moissonneuse-batteuse Claas Lexion 7700 et Philippe Largeau, président de la Fédération nationale des entrepreneurs des territoires (FNEDT).</em>
Philippe Largeau, président de la FNEDT : "Avec le conflit en Orient et la blocage du détroit d'Ormuz, entraînant une explosion du prix du GNR, les entrepreneurs de travaux agricoles n'ont pas d'autres choix que d'appliquer des hausses tarifaires importantes. C'est leur survie qui est en jeu."
© L. Vimond/N. Marchand

"La forte inflation du prix du GNR agricole liée au blocage du détroit d’Ormuz vient se rajouter aux problématiques économiques (prix bas des céréales que subissent les agriculteurs pouvant notamment entraîner des retards de paiement) et climatiques que nous avons subies ces dernières années", déclare Philippe Largeau, président de la Fédération nationale des entrepreneurs des territoires (FNEDT), qui ne cache pas le moral très morose des entrepreneurs de travaux agricoles (ETA). "Les entrepreneurs constituent à eux seuls 30 % de la consommation nationale de GNR agricole, poursuit-il. Le poste GNR représente entre 15 et 20 % du chiffre d’affaires des entreprises. Il est évident que la hausse tarifaire qu’a connue le GNR depuis un mois et demi (+ 80 à + 100 %) ne peut qu’être répercutée sur le prix des prestations. C’est le message donné par le FNEDT auprès de ses adhérents." D’autant que les annonces sans cesse changeantes du président américain Donald Trump ne donnent pas une visibilité rassurante sur l’avenir du conflit. "Bien malin celui qui saura dire si le conflit va durer encore 15 jours ou 15 mois", s’inquiète le président. Avec une augmentation de 12 à 20 % du prix de revient des prestations pour les entrepreneurs, la répercussion sur la facturation est inévitable. "Sinon, c’est la survie des entreprises qui est menacée."

Sur le terrain, les ETA, aidées d’outils d’aide à la décision et de boîtiers connectés, n’ont pas attendu cette dernière crise pour établir un diagnostic du coût de leurs prestations en détaillant chaque phase de travail : coût horaire de la machine, coût horaire de la main-d’œuvre, temps d’acheminement, de transport, de travail, mais aussi d’entretien. Pour bon nombre d’entreprises, la facturation à l’agriculteur intègre ce niveau de détail pour être le plus juste et le plus pertinent possible.

Laisser en jachère plutôt que de semer

Les entrepreneurs de travaux agricoles constatent un deuxième effet de l’inflation fulgurante du GNR. "Il y a de plus en plus d’agriculteurs, notamment dans les zones intermédiaires avec des terres à faibles potentiels, qui, ces dernières semaines, ont remis en cause les semis de printemps, atteste Philippe Largeau. Face aux coûts exorbitants du GNR et au cours des récoltes actuels, faut-il engager des frais à semer des cultures, pour au final récolter à perte ?" La mise en jachère ou en prairie de ces terres pour quelques mois est pour certains agriculteurs plus rentable ou moins pénalisante. "Cela se traduit par une baisse des hectares emblavés, ce qui impacte l’amortissement des matériels et la main-d’œuvre", poursuit le président de la FNEDT qui se montre encore plus inquiet pour les semis d’automne.

Si les entrepreneurs de travaux agricoles sont éligibles aux dispositifs d’aide de l’État (prise en charge du droit d’accise de 3,86 centimes d’euros par litre de GNR en avril, remboursement de 15 centimes par litre de GNR consommé en mai), ceux-ci sont "insuffisants face à l’inflation qu’a connue le carburant agricole", estime Philippe Largeau.

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