« J’ai diminué ma dose d’azote liquide de 20 % grâce à la fertilisation localisée »
Loïc Lamiche, chef de culture à Tartiers dans l’Aisne, utilise depuis onze campagnes la fertilisation localisée lors des semis de betteraves sucrières et de la plantation de pommes de terre.
Loïc Lamiche, chef de culture à Tartiers dans l’Aisne, utilise depuis onze campagnes la fertilisation localisée lors des semis de betteraves sucrières et de la plantation de pommes de terre.
« Les parcelles étant souvent exposées aux vents d’est et pour limiter la volatilisation de l’azote liquide appliqué sur labour avec le pulvérisateur, j’ai débuté, en 2015, la fertilisation localisée au semis, explique Loïc Lamiche, chef de culture à la SCEA de La Joliette située à Tartiers, près de Soissons dans l’Aisne. Cette technique me permet aussi de supprimer un premier passage d’azote en plein avant les semis de betteraves sucrières. »
De 120 €/ha à 95 €/ha d’azote en betteraves sucrières
L’exploitation dispose d’une cuve frontale Arland de 1 900 l contenant l’azote, associée à un semoir monograine porté Monosem Meca 4E de 18 rangs (3 tronçons de 6 rangs) équipé du système de fertilisation liquide par enfouisseurs à disques. L’azote, en solution 39, est déposé rang par rang en amont de la semence à 5 cm sur le côté du sillon et à 4 cm de profondeur. « Injecter l’azote en localisé en même temps que le semis de betteraves sucrières m’a permis de diminuer de 20 % la dose apportée pour un même résultat final. Cette réduction me fait aussi économiser jusqu’à 25 €/ha de fertilisant liquide. En effet, avec un coût de l’azote à 365 € la tonne, en application en plein, je dépensais 120 €/ha, contre 95 €/ha grâce au système de fertilisation localisée. »
Un ensemble de semis long et lourd
« Le semoir monograine porté dispose d’une première poutre accueillant les enfouisseurs à disques et d’une seconde supportant les éléments semeurs, espacés de 40 cm. L’ensemble est lourd et affiche un grand porte-à-faux arrière. À cela, il faut aussi ajouter la cuve frontale. » Cette dernière, une fois chargée d’azote liquide, pèse environ trois tonnes. « J’utilise alors un tracteur John Deere 6M200 avec un empattement long, dont le relevage est capable de supporter jusqu’à 5 tonnes. Il faut également prendre en compte la variation du poids de la cuve frontale au cours de son utilisation. À vide, comme elle ne pèse que 700 kg, ce n’est pas suffisant pour que le tracteur soit capable de lever le semoir sans se cabrer. Je laisse alors environ 400 litres d’azote liquide dans la cuve, procurant une autonomie réelle de plutôt 1 500 litres pour la fertilisation. »
37 euros d’azote économisés en pommes de terre
Le chef de culture valorise aussi la cuve frontale Arland avec la planteuse de pommes de terre à quatre rangs AVR. Cette machine, montée sur un Fendt 720 Vario, est équipée d’un système de fertilisation liquide de part et d’autre de la descente des tubercules. « Lorsque j’ai débuté la fertilisation localisée à la plantation de pommes de terre sur buttes, j’appliquais la totalité de la dose d’azote liquide. J’observais alors une plus forte sensibilité du tubercule au stress hydrique. Le système racinaire de chaque plant ne se développait pas en profondeur et ne se rejoignait pas entre deux buttes. Il se contentait de l’azote réparti autour du tubercule sous la butte. » Depuis, Loïc Lamiche apporte deux cinquièmes de sa dose cible en plein via le pulvérisateur, puis deux cinquièmes en localisé lors de la plantation du tubercule, soit 70 unités d’azote. Le reste est appliqué en solide en végétation (entre 30 et 40 unités). « Aujourd’hui, grâce à la fertilisation localisée, je réduis de 6 % mes doses d’azote sur la culture de pommes de terre. Économiquement, cette fertilisation en trois étapes me revient à 192 €/ha, contre 229 €/ha sans système localisé ».
Une usure prématurée du matériel
« Utiliser de l’azote liquide, que ce soit avec le monograine ou la planteuse, demande une plus grande attention pour l’entretien du matériel. En effet, l’azote liquide dégage des vapeurs qui favorisent la corrosion des parties métalliques de l’outil, comme les roulements des disques enfouisseurs du semoir ou les dents de la planteuse. Pour réduire le plus possible ce phénomène, je veille, en fin de chantier, à bien vider le circuit de fertilisation liquide. Pour le transport et le remisage du Monosem en position repliée, j’ai aussi fabriqué des gouttières sous les rangées de disques, capables de retenir les gouttes d’azote restantes avant que celles-ci tombent sur les poutres. »
Les tuyaux passés sous le tracteur
Avant la saison des plantations ou des semis de betteraves, Loïc Lamiche prépare le montage de la cuve frontale avec son outil et le tracteur associé. Il réalise cette opération en une demi-journée. Les conduites transportant l’engrais liquide de l’avant vers le semoir sont fixées sous le tracteur à l’aide de colliers de serrage en métal. Le fait de passer les tuyaux en dessous évite les risques d’éventuelles coulures ou fuites d’azote sur le tracteur. « Il n’y a pas de danger d’arrachement des durites, car les conditions de semis de betteraves ou de plantation de pommes de terre s’effectuent dans des parcelles particulièrement propres et planes. »
Le phosphore ou le potassium liquide, des produits rares
« Si c’était à refaire, je m’orienterais plutôt vers de la fertilisation localisée solide, afin de pouvoir profiter d’autres produits à faible coût, comme le phosphore ou le potassium. » En effet, l’engrais starter NPK 18/46/0 est plus cher à l’achat ou plus difficile à se procurer en état liquide qu’en état solide. « De plus, l’engrais granulé n’émettant pas ou très peu de vapeur, nos équipements de semis ou de plantation seraient moins soumis à la corrosion. » Cependant, le chef de culture reste satisfait de la fertilisation localisée liquide. Il prévoit par ailleurs d’utiliser la cuve frontale Arland pour augmenter la capacité de son pulvérisateur.
La SCEA de La Joliette en chiffres
Le débit de chantier ralenti par le ravitaillement en azote liquide
« Lors des semis de betteraves sucrières, je me suis fixé comme consigne un apport de 200 litres d’azote par hectare en localisé. En respectant une moyenne de 5,5 hectares semés par heure, j’utilise alors 1 100 litres d’azote à l’heure », indique Loïc Lamiche, chef de culture à la SCEA de La Joliette basée à Tartiers dans l’Aisne.
15 minutes pour recharger la cuve
Cette organisation de chantier nécessite donc de recharger la cuve frontale au champ toutes les heures et quart. Pour ce ravitaillement, le chef de culture utilise une citerne de transfert placée en bordure de parcelle. « J’ai acheté pour 6 000 euros une citerne de 11 500 litres que je sangle au plateau à paille de la ferme et que je remplis d’azote avant d’entamer les semis. Cette réserve procure une autonomie d’une à une journée et demie en comptabilisant un débit de chantier moyen de 40 hectares par jour. » Le remplissage par gravité de la cuve frontale d’Arland dure une quinzaine de minutes. « Je profite de cette attente pour contrôler l’état des 18 éléments semeurs du semoir, comme les disques, les roulements ou les sorties obstruées. »