Gaec Monchemin en Vendée : des couverts d’interculture pour les sols, les vaches et le méthaniseur
Alimenter 400 bovins, produire du biogaz et nourrir la vie du sol ne sont pas forcément incompatibles. C’est ce que s’efforce de mettre en pratique le Gaec Monchemin en Vendée. Ses acquis en matière d’ACS depuis vingt-cinq années constituent une base solide pour relever ce défi.
Le Gaec Monchemin a mis en service son méthaniseur en 2018. Ce choix représentait une opportunité de diversification et de création de revenu, et un moyen d’optimiser la complémentarité entre l’activité d’élevage et les cultures. « Nous nous sommes d’abord intéressés à un projet collectif avec la laiterie de Belleville-sur-Vie, puis nous avons finalement décidé de monter notre propre outil pour avoir entièrement la main dessus, raconte Fabrice Guillet, l’un des quatre associés. Pour cela, nous avons regroupé deux exploitations dès 2014 pour créer le Gaec. Nous avons rassemblé au lieu-dit Le chemin les deux troupeaux laitiers, et installé les génisses sur le site de Montorgueil. »
Après de nombreuses visites de sites de méthanisation, les associés investissent 1,8 million d’euros (dont 350 000 € subventionnés) dans un méthaniseur en cogénération. En parallèle d’un contrat de vente d’électricité sur vingt ans à 23 centimes le kilowattheure, l’exploitation valorise la chaleur à l’aide d’un séchoir à plat (luzerne, céréales, bois déchiqueté en prestation). L’installation est aussi une façon d’augmenter la capacité de stockage des effluents jusqu’à quatre à cinq mois, à l’aide du post-digesteur de 2 400 m3 s’ajoutant aux 2 100 m3 de la fosse à lisier.
Un minimum de couverts dans le méthaniseur
« Les visites de sites de méthanisation nous ont permis de comprendre l’importance des produits incorporés pour un bon fonctionnement du digesteur, précise Fabrice Guillet. Les déchets venant de l’extérieur ont parfois une composition très aléatoire. Avec un troupeau laitier restant au bâtiment toute l’année, nous avons l’avantage d’avoir un gisement stable et régulier. » Le digesteur avale ainsi chaque jour 20 m3 de lisier ainsi que 10 tonnes composées de fumier, bordures de silos d’ensilage et refus de ration, et d’ensilage de couverts d’interculture. Les fumiers viennent de Montorgueil où les génisses et animaux en finition sont logés sur paille, sachant que les éleveurs achètent chaque année à l’extérieur une centaine de tonnes de paille pour couvrir leurs besoins.
Concernant les couverts, le Gaec est rodé à leur utilisation car il pratique l’agriculture de conservation des sols (ACS) depuis l'année 2000. « Tous nos sols sont couverts en hiver, soit une centaine d’hectares avant maïs, indique l’agriculteur. Nous implantons aussi des couverts d’été. Cependant, l’apport de couverts dans le méthaniseur doit selon nous constituer un ajustement : notre objectif est d’en mettre le minimum. »
L’une des cultures intermédiaires principalement dédiées à la méthanisation est implantée après le maïs grain dont la récolte est tardive (novembre). Sur une vingtaine d’hectares, un mélange avoine–triticale–pois protéagineux–vesce est semé à la suite. « Si nos silos ne sont pas pleins, on fait une coupe pour les vaches, explique Fabrice Guillet. Sinon, on le pousse au maximum à destination du méthaniseur. On peut atteindre 9 à 10 tonnes de matière sèche en allant jusqu’au 15 mai. On gagne entre 1 et 2 tonnes par semaine, et cela permet d’étaler les travaux de récolte. Après ce couvert, on implante un maïs ensilage à indice précoce. »
L’autonomie protéique avec les légumineuses
Après les récoltes plus précoces de maïs ensilage (80-90 ha), une interculture est semée dès la mi-septembre. Elle est composée d’une importante base de trèfles (trèfle de Micheli, Squarrosum), ainsi que de vesce (commune, velue), triticale et seigle. « Nous voulons une composition diversifiée pour bien couvrir toutes les zones des parcelles, souligne Fabrice Guillet. Le trèfle de Micheli par exemple s’implante bien dans les parties humides. Il est assez rustique et comble les trous. » Avec ce couvert riche en légumineuses, les éleveurs visent aussi à améliorer leur autonomie protéique. Il est ensilé avant épiaison vers le 20 avril avec un rendement de 4 à 5 tonnes à l’hectare. Mélangé à l’ensilage d’herbe issu des prairies, cela constitue 35 à 40 % de la ration des vaches laitières (composée par ailleurs de 50 % de maïs, foin de luzerne et orge broyée). « Le tourteau de colza que nous achetons comme concentré protéique pour le troupeau laitier représente 5 kilos par vache et par jour, calcule l’éleveur. Sans nos méteils de légumineuses, nous aurions besoin d’au moins 7,5 kilos par vache et par jour. »
Exceptés les 30 hectares de prairies permanentes valorisées par les animaux croisés et les génisses, les prairies temporaires sont intégrées dans la rotation pour trois ans (jusqu’à 5-6 ans pour les parcelles les plus productives). La plupart sont composées d’une association de luzerne, trèfle violet, dactyle et fétuque élevée. Là encore, l’objectif est d’atteindre au moins 50 % de la matière sèche de l’ensilage d’herbe en légumineuses pour favoriser l’autonomie protéique. Toutes les fauches de prairies (ensilage puis foin) sont consacrées à l’alimentation des animaux.
Des semis à la volée avec un Compil
Dans la rotation, les prairies temporaires sont détruites à l’automne pour laisser place l’année suivante à un maïs. « Après leur destruction, nous semons pour l’hiver un méteil composé de trèfles, vesce, seigle et triticale, de façon à épuiser les espèces prairiales, déclare Fabrice Guillet. Nous essayons au maximum de nous passer de glyphosate, mais avant maïs, nous complétons en général le désherbage avec un demi-litre à l’hectare, contre les ray-grass résistants notamment. » À l’époque où l’arrêt de la commercialisation du glyphosate avait été annoncé, le Gaec a investi dans une bêche roulante (Compil de Duro) associée à un semoir à la volée à l’avant du tracteur. « Auparavant, nous étions en semis direct pur. Aujourd’hui, nous travaillons le sol sur 5 centimètres au maximum. C’est très intéressant quand il y a beaucoup de biomasse : après un maïs grain, cela crée un bon mélange entre terre, fanes et semences. Nous l’utilisons aussi sur les gros couverts d’été derrière un rouleau Faca. » Désormais, tout est semé au Compil, sauf le maïs semé en strip-till. L’ancien semoir Kuhn SD 3000 a été conservé pour les semis de céréales d’hiver ou moha dans la luzerne (voir encadré page suivante) et les sursemis de prairies. Le Compil est également employé pour détruire les prairies, et en amont du semis de maïs dans le but de déchaumer et homogénéiser la surface du sol. Avec les conditions humides exceptionnelles de 2024, les agriculteurs ont toutefois vu les limites de l’outil vis-à-vis de l’érosion dans certaines terres battantes et en pente. Ils prévoient de tester des couverts permanents dans ces situations.
Une opportunité de couvert productif derrière orge
Concernant les couverts d’été, une partie (30 à 50 ha) est semé précocement fin juin–début juillet au plus près de la moisson des orges (1 à 2 jours). « Parfois même, grâce à notre séchoir, nous anticipons la récolte d’une semaine pour gagner du temps, avoue Fabrice Guillet. Et nous séchons les orges. » Le couvert est composé de tournesol, sorgho fourrager, pois fourrager ou vesce. Sa réussite est très variable. « Il faut au moins 4 à 5 tonnes de matière sèche à l’hectare fin août–début septembre pour que nous décidions d’investir le coût de la récolte, reconnaît l’agriculteur. Il y a une opportunité de couvert productif derrière une orge : c’est pourquoi on libère rapidement la parcelle de la paille et on sème dans tous les cas. Si ça marche, on récolte pour le méthaniseur, ce qui arrive un an sur deux. »
Des couverts d’été sont également semés derrière les blés, plus tardivement. « Ceux-ci sont toujours restitués au sol car pas suffisamment productifs, observe Fabrice Guillet. Nous les détruisons au rouleau Faca vers mi- octobre, quelques jours avant le semis des orges. Notre fournisseur prépare des mélanges jusqu’à dix espèces à base de tournesol, moutarde d’Abyssinie, radis, colza, phacélie, pois, etc. C’est toujours différent d’une année à l’autre. » À noter : contrairement au précédent blé, les agriculteurs n’intègrent jamais de crucifères dans le couvert derrière orge pour éviter les repousses dans le méteil qui vient à la suite et n’est pas désherbé. Les cultures de blé en revanche sont suivies d’orge, dans lequel les repousses de crucifères peuvent être traitées.
Du bois raméal fragmenté en complément
Une grande partie des travaux des champs du Gaec sont réalisés via la Cuma : les récoltes de céréales et d’herbe, ainsi que les épandages du digestat de méthanisation. Celui-ci représente 10 000 m3 chaque année soit en moyenne 30 m3 par hectare. « Une partie du carbone des effluents d’élevage est exportée via la production de méthane, reconnaît Fabrice Guillet. Mais le digestat ramène quand même du carbone au sol. On l’apporte plutôt comme un engrais minéral. En cumulant l’arrivée du méthaniseur dans notre système et l’introduction de légumineuses dans les prairies de la rotation, nous avons divisé par deux nos achats d’azote minéral. » En fonction de la disponibilité, les doses de digestat atteignent 20 m3 par hectare sur les couverts, 20 à 30 m3 sur les méteils et prairies, 40 m3 avant maïs. Elles sont apportées par une rampe à pendillards ou avec un enfouisseur avant maïs. Sur céréales et méteil, les agriculteurs ont également recours à l’épandage sans tonne via une entreprise de travaux agricoles. Ce système convient dans un rayon de 2 kilomètres autour de la cuve de stockage (sans passer par le système d’irrigation), ce qui représente 200 hectares accessibles, et jusqu’à 4 000 m3 de digestat épandu par an.
Les restitutions au sol de l’exploitation comprennent également les résidus de maïs grain et ceux de maïs ensilage coupé à 50-60 cm. « Sur les parcelles les moins riches en matière organique, nous apportons un complément sous forme de bois raméal fragmenté, signale l’agriculteur. Nous récupérons les déchets de taille de haies de la commune dans un silo couloir, et nous les broyons. Ils sont à peine compostés. Nous les épandons sur une vingtaine d’hectares par an, sans dépasser 10 tonnes par hectare car leur décomposition consomme quand même un peu d’azote. »
Une prairie bonifie la parcelle
Aujourd’hui, les associés du Gaec Monchemin récoltent les bénéfices de vingt-cinq années d’ACS. « Il faut du temps mais nos sols sont plus portants, constate Fabrice Guillet. Nous observons par ailleurs des cas d’autofertilité sur des couverts n’ayant pas reçu de digestat. Depuis plusieurs années, nous n’utilisons plus de fongicide sur céréales, sachant que nous nous appuyons aussi sur des mélanges de variétés résistantes. Côté matière organique, nos terres pauvres en argile sont plus homogènes : aucune parcelle n’est en-dessous du taux de 2,5 % sachant que certaines n’étaient qu’à 1,5 % autrefois. Cela a tendance à se stabiliser. Nous devons être vigilants pour que ça ne diminue pas. » Le taux de matière organique monte à 4 % sous les prairies permanentes, et dans certaines parcelles de la rotation. La surface en prairies temporaires a été augmentée contribuant à entretenir la matière organique et la vie du sol, notamment grâce à leur richesse en légumineuses. « Il nous est arrivé de reprendre des terres, témoigne l’agriculteur. Nous commençons toujours par y implanter une prairie pour repartir sur de bonnes bases et bonifier la parcelle. »
Les éleveurs comptent beaucoup sur leurs prairies pour sécuriser l’alimentation du troupeau notamment sur le plan protéique. « Pour les apports en amidon, notre système d’irrigation limite actuellement le maïs à 100 hectares, conclut Fabrice Guillet. Que se passera-t-il à l’avenir avec les arrêtés liés à la sécheresse ? Il faut s’y préparer, s’adapter. Demain, nous trouverons sans doute l’amidon dans d’autres céréales moins gourmandes en eau. »
Le Gaec de Monchemin en chiffres
Située au Poiré-sur-Vie en Vendée
Sols sablo-limoneux ou limono-sableux, séchants
4 associés et 2 salariés dont 1 en projet d’installation
2 sites d’exploitation dont le secondaire héberge génisses, vaches taries et animaux à l’engraissement (réformes en finition, croisés)
350 ha SAU dont un tiers de cultures d’hiver (blé, orge, triticale, méteil) ; un tiers de cultures de printemps irriguées (80-90 ha de maïs ensilage, le reste en maïs grain) ; un tiers de prairies temporaires (90 ha) et permanentes (30 ha)
Autoconsommation sauf blé et maïs grain
200 vaches laitières, 180 génisses, 30 animaux croisés avec des races à viande
1,6 million l de lait
Méthaniseur en cogénération de 250 kW depuis 2018
Séchoir à plat multiproduit
Toiture solaire de 100 kW pour autoconsommation
Valoriser la luzerne au maximum
Parmi les prairies temporaires, 5 à 6 hectares de bonnes terres sont consacrés à la luzerne pure. Elle est semée mi-août début septembre pour assurer une bonne implantation avant l’hiver. Si besoin, elle est irriguée au démarrage. Chaque automne, les éleveurs y sèment une céréale (souvent un triticale) avec leur semoir Kuhn SD 3000. En couvrant le sol, celle-ci évite le salissement tandis que la luzerne est à l’arrêt. En outre, la céréale apporte 3 à 4 tonnes de matière sèche de fourrage supplémentaire à l’hectare lors de la première coupe d’avril. « Il ne faut pas trop attendre car la luzerne a besoin de lumière pour redémarrer, et il ne faut pas non plus couper trop ras, 10 centimètres au minimum », conseille Fabrice Guillet. La luzerne reprend ensuite le dessus pour fournir deux à trois coupes de foin successives.
La troisième année, la céréale implantée à l’automne est menée jusqu’au bout pour être récoltée en grains. La luzerne toujours présente est alors freinée par un herbicide avant un semis d’orge à l’automne, qui sera suivi dans la rotation par un maïs. La luzerne disparaît ainsi peu à peu. Le Gaec Monchemin fait actuellement des tests de semis de moha sur 3 hectares dans une luzerne servant de support : cette culture d’été est semée après la céréale d’hiver. Les agriculteurs veulent tester le moha à la fois pour l’alimentation, la méthanisation, le paillage. C’est aussi une culture très concurrentielle contre les ray-grass résistants.