Franck Baechler, en ACS dans le Loir-et-Cher : « Je suis éleveur de sols et éleveur d’animaux »
Dès son installation en 2018, Franck Baechler, ACSiste et éleveur en Sologne, s’est investi dans le recouplage entre l'élevage de ruminants et les productions végétales.
Dès son installation en 2018, Franck Baechler, ACSiste et éleveur en Sologne, s’est investi dans le recouplage entre l'élevage de ruminants et les productions végétales.
D’abord conseiller à la chambre d’agriculture du Loir-et-Cher, Franck Baechler s’est installé en Sologne, à Dhuizon, en 2018. Très investi dans l’agriculture de conservation des sols, l’agronome a concrétisé ses conseils sur le terrain. L’animal a tout de suite été la solution : « Je suis éleveur de sols et éleveur d’animaux », se définit-il. Dans ses sols solognaux sablo limoneux sur argile et hydromorphes, il fallait des races peu lourdes et rustiques, sachant qu’elles seraient toute l’année dehors. Cela tombe bien, Franck ne dispose pas de bâtiments. Il veut un lien constant entre animaux et sols, les uns profitant des autres et inversement. D’autant plus que les sols repris manquent cruellement de fertilité. Franck a donc porté son choix sur des vaches Aberdeen Angus Natif et des brebis solognotes, parfaitement adaptées à ces conditions de vie et à cette mission. Franck a aussi commencé par des apports de compost, 30 tonnes par hectare.
Jusqu’en 2024, Franck dédiait la moitié de ses 71 hectares (85 ha depuis cette année) à la prairie et l’autre moitié aux céréales (triticale principalement car moins sensible à l’hydromorphie et maïs grain), méteil, sorgho fourrager et couverts Biomax. Désormais, il a réduit sa sole de céréales faute de bons résultats mais aussi parce que ses sols manquent encore de nourriture. En 2024, il n’a cultivé que 4 hectares de triticale et 1,5 de méteil grain, le reste étant en prairies temporaires (ray-grass et trèfle), méteil, sorgho fourrager et couverts Biomax (parfois semé en culture principale au printemps).
Un pâturage tournant dynamique holistique
95 % de la surface est organisée pour le pâturage tournant dynamique (PTD) que Franck appelle aussi pâturage holistique(1). Ainsi, les parcelles sont découpées en couloirs de 48 mètres de largeur (multiple des outils utilisés). Afin de mieux équilibrer à la fois la ration de ses animaux et ce qui revient au sol, Franck a encore subdivisé chaque couloir en deux avec deux cultures différentes.
Néanmoins, les animaux continuent à pâturer dans la largeur de 48 mètres, en PTD, tout en se nourrissant de deux productions différentes. Ce peut être un sorgho multicoupe ou un couvert Biomax semé en avril sur une moitié et un mélange qu’il commence à faire et à apprécier, plantain et trèfle blanc, de l’autre. Ce duo plantain et trèfle est prévu pour rester en place trois ans tandis que l’autre moitié va changer. « Après une production d’été, je peux venir y semer un triticale ou un méteil grain par exemple », indique l’éleveur.
La technique du « bale grazing » en hiver
En hiver, certains couloirs de prairie ou du système décrit précédemment sont utilisés pour le bale grazing. Des balles de foin sont ainsi déposées d’un côté de couloir, chacune étant posée à 6 métres de sa voisine. Tant qu’il faut affourrager les animaux de cette manière, Franck vient ouvrir une balle chaque jour et la dérouler sur toute la largeur du couloir. « Les animaux ne mangent jamais tout. Ce qui semble gâché ne l’est pas car c’est de la matière organique pour le sol, en plus des excréments des animaux », explique Franck. Et les vaches adorent se frotter aux balles entières non déroulées !
Si, auparavant, le foin était produit sur l’une de ses parcelles, il préfère aujourd’hui en acheter une partie. Il a fait ses calculs et c’est plus intéressant ainsi. Le foin vient du Val de Loire, limite Beauce. « Les sols y sont plus riches et du coup, mes sols en profitent. » C’est ainsi que la dizaine de vaches Angus et la soixantaine de brebis solognotes (sans compter veaux et agneaux) s’alimentent en quasi-autonomie toute l’année.
Un sol musclé qu’il faut entretenir
Depuis 2018 que Franck Baechler a mis en place ce système de production, il est convaincu qu’il est vertueux, à la fois pour les animaux élevés et pour le sol. « Le ruminant ne fabrique pas les éléments fertilisants, c’est un dynamiseur de flux. » L’état de ses animaux le confirme mais aussi l’évolution de ses sols. Des analyses de sol sont régulièrement réalisées par le laboratoire Celesta-Lab.
Quand on compare les analyses de 2019 puis de 2022 et celles de 2024, l’amélioration est bien là. La fraction de matière organique libre est plus importante aujourd’hui. La biomasse microbienne (BM) est passée de 80 mg de carbone par kilo de terre sèche en 2019 (ce qui était qualifié de très faible), à 187 mg, un état plus normal. Les éléments disponibles dans cette BM ont été multipliés par 2, voire 2,5. « Grâce à ces analyses, l’évaluation des rations pour le sol et les animaux s’affine. Les sols sont plus vivants. » Cependant, pour l’éleveur, s’il est relativement facile de muscler un sol, maintenir cette musculature est un job à plein temps !