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Céréales
Faible potentiel de hausse des surfaces en Russie

Le changement climatique ne permettrait guère de trouver de nouvelles terres pour les grains en Russie, selon l'expert de la zone Jean-Jacques Hervé.

Le changement climatique cumulé à l’évolution technologique permettra sans doute d’augmenter la production de céréales en Russie, selon Jean-Jacques Hervé, membre de l’Académie d’agriculture de France, de Russie et d’Ukraine. Toutefois, si cette hausse survenait dans les années à venir, elle viendrait essentiellement d’une progression des rendements, et non des surfaces. Un potentiel existe dans le sud de la Sibérie, mais « il ne faut pas trop fantasmer sur les possibilités d’expansion des terres agricoles », a déclaré l’expert le 3 décembre à Paris, en raison des multiples contraintes pédoclimatiques qui persisteront, même en cas de réchauffement climatique. Sans donner de chiffres précis, Jean-Jacques Hervé estime que le potentiel d’accroissement des surfaces cultivées s’élève à quelques pourcents seulement, sur les 220 Mha de sole agricole en Russie aujourd’hui.

Moins de froid, mais trop d’eau !

La hausse des températures en Sibérie raccourcira les périodes gels, notamment dans les zones sud, bénéfiques aux plantes, mais cela sera contrebalancé par la fonte de secteurs gelés, générant un surplus d’eau, et inondant de nombreuses surfaces. Jean-Jacques Hervé rappelle que la région est très plate : « il n’y a que 40 mètres entre la source de la Volga et son estuaire dans la mer Caspienne. Pour les fleuves du centre de la Sibérie se déversant dans l’océan Arctique, c’est encore moins ! ». Au nord de la Sibérie, une hausse de quelques degrés ne suffira pas pour développer la production de cette région qui restera trop froide.

Des Tchernoziom trop salés en Sibérie

Le sud de la Sibérie est certes constitué de Tchernoziom, ou terre noire, mais sa nature diverge par rapport à celui rencontré d’autres parties du pays. « Dans le sud de la Sibérie, il s’agit d’un Tchernoziom instable. Lorsqu’on l’arrose avec de l’eau douce, les sols défloculent, et font sortir des teneurs en sel, générant une forte toxicité pour les plantes », explique Jean-Jacques Hervé. Ce phénomène a joué un mauvais tour à Nikita Khrouchtchev, ancien dirigeant de l’Union Soviétique, qui voulait développer la culture de maïs dans ces zones, afin de rivaliser avec l’origine états-unienne, rappelle l’expert. Les eaux douces des fleuves de l’Ob et du Lenissei qui irriguent ces sols ont causé des ravages, libérant le sel contenu, et empêchant la culture de la céréale. Ainsi, une hausse des températures ne changera pas la donne, assure le spécialiste. Des terres pourraient devenir exploitables dans la partie occidentale de la Russie, « mais le pays est sec avant d’être froid, surtout au nord de Moscou, secteur réservé à l’élevage », prévient Jean-Jacques Hervé.

La Russie a pour objectif d’atteindre une production annuelle de grains d’environ 150 à 200 Mt dans les 5-10 prochaines années, rappelle Jean-Jacques Hervé. « Les Russes peuvent y arriver, mais ce sera surtout au travers d’une hausse des rendements sur les 220 Mha déjà existant ». Dans la région de Barnaoul, 2e plus grand bassin céréalier de la Russie, « les rendements pourraient passer de 2 à 4 voire 5 t/ha », grâce au changement climatique et l’amélioration des techniques de production.

 

 

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