Biodiversité fonctionnelle : évitons le broyage pour la préserver
Plusieurs techniques existent pour détruire un couvert végétal. Si les destructions par un outil mécanique ont toutes un impact sur la biodiversité présente, le degré n’est pas le même selon le type d’opération choisi.
Un couvert végétal d’interculture n’a pas vocation à durer. Même un CDI [couvert à durée indéterminé ou encore appelé couvert permanent], dépasse rarement deux ans. Ce couvert doit disparaître pour laisser place à une culture, voire à un autre couvert en relais. Cette opération n’est pas sans impact sur la faune, vertébrée et invertébrée. Cette faune est variable selon la période. Si le couvert présente des fleurs, il y aura des pollinisateurs mais aussi toute une cohorte d’autres invertébrés ayant trouvé nourriture et abri : des araignées, carabes etc. Le couvert peut aussi héberger des espèces de petit gibier ou même d’autres vertébrés, renards ou chevreuils par exemple.
L’impact de la destruction du couvert est direct ou indirect. Direct si l’opération tue l’individu ; indirect parce qu’en quelques heures, l’habitat a disparu. Dès qu’on met en culture une parcelle, il y a un impact sur la biodiversité présente. On ne peut pas faire autrement. Cependant on peut réfléchir l’opération pour qu’elle soit la moins néfaste possible.
Plusieurs techniques permettent de détruire une couverture végétale : le désherbage chimique, le travail du sol (dont on ne parlera pas ici), le gel, le roulage, le broyage, le fauchage et le pâturage. Ce dernier est sans nul doute le mode de destruction qui rassemble le plus d’avantages.
À partir du moment où le couvert végétal est composé d’espèces gélives, il n’y a pas de destruction plus naturelle que le gel et pas impactante sur la biodiversité présente. Elle a, par exemple, l’avantage de laisser les tiges mortes sur pied et donc, potentiellement, les invertébrés qui seraient protégés à l’intérieur.
Fauchage moins impactant à 20 centimètres
Le roulage se fait souvent par des températures sous les 0 °C. Cela accentue son effet. Le rouleau vient coucher la végétation mais aussi pincer et lacérer celle-ci, selon le type d’outil. Ceci amplifie la destruction du couvert mais aussi sa dégradation par la faune du sol. Si le passage d’un rouleau épargne éventuellement les invertébrés à la chitine dure et les « volants », l’opération est délétère pour la biodiversité notamment vertébrée. La largeur d’impact n’est, en général, pas inférieure à 6 mètres et l’opération fait peu de bruit. Le roulage est toutefois moins impactant qu’un broyage.
Pourquoi broie-t-on un couvert ? En premier lieu, pour limiter la gêne créée par les résidus pour les passages d’outils quand on vient semer la culture suivante. L’autre raison est de faciliter la tâche de la faune du sol lorsqu’elle vient dégrader les résidus du couvert et les incorporer au sol : plus les débris sont petits, plus c’est facile et rapide. Cependant le broyage est ce qu’il y a de plus impactant sur la faune des agroécosystèmes. En pulvérisant ainsi la végétation, on laisse peu de chances de survie aux individus présents, même volants, et même pour ceux qui sont à l’intérieur des tiges.
Au final, l’intervention de destruction avec un outil mécanique la moins délétère est le fauchage, à relativiser selon le type d’outil. La fauche permet de couper les tiges à une certaine hauteur. Entre faucher à 20 cm et faucher ras, le moins impactant sera à 20 cm.
Une couverture végétale refuge à proximité
Quand on supprime un couvert, il est bon, par exemple, d’éviter les « heures de pointe » des pollinisateurs et de privilégier une destruction en début ou en fin de journée. Une vitesse lente, à 5-6 kilomètres à l’heure, donne le temps de fuir à un plus grand nombre d’individus. Pour les vertébrés ayant la capacité de s’échapper, on peut équiper le tracteur d’une barre d’effarouchement, sauf si le couvert est de bonne taille. Privilégier également le sens opératoire du centre vers l’extérieur.
La présence d’une zone refuge à proximité est un élément à anticiper. Lorsqu’il y a destruction d’un couvert, une aire d’abri et de nourriture est supprimée. Il est donc vital pour les individus rescapés de pouvoir fuir vers une zone accueillante proche. C’est l’idée première de la parcelle en bandes imaginée par David Guy sur sa ferme de La Conillais en Loire-Atlantique (TCS 126, janvier-février 2024). La parcelle est découpée en bandes de 12 mètres avec deux rotations différentes. Ainsi, lorsqu’une bande est récoltée, il y a toujours du « vert » à moins de 6 mètres !