Benoît Gobin en Val de Saône : Un séchoir au service du semis direct
Une situation de sécheresse pour un sol n’est pas un état idéal. Néanmoins pour nos récoltes de grain et de fourrage, le séchage est un élément central et souvent une problématique complexe car il influe sur les aspects économiques, sociaux et environnementaux des fermes. Benoit Gobin a pensé, autour de ce sujet, un système lui permettant d’allier qualité des récoltes et flexibilité agronomique.
Au confluent de la Saône et du Doubs, Benoît Gobin est installé depuis 2022 hors cadre familial, sur une ferme de 200 ha dans cette vallée alluviale que l’on appelle le Val de Saône. La production de céréales est complétée par une activité d’engraissement de génisses et de bœufs à l’herbe. Lors de sa reprise, ce jeune agriculteur de 47 ans instaure petit à petit le semis direct via l’achat d’un Semeato et d’un semoir monograine NG 4 +, équipé de la technologie ZIP Drill (une dent en T inversé à la place du disque semeur).
Une réflexion sur le long terme
De premier abord, avoir un séchoir dans une exploitation en technique de conservation des sols n’apparaît pas courant. En effet, il est plus commun de voir cet outil comme une amélioration de la qualité de stockage que ce soit pour les céréales ou le fourrage. Benoît, lui, l’a pensé depuis le début comme un outil central de la ferme. L’ouvrage a pu voir le jour en 2025 avec une mise en service à l’automne de la même année. Pour arriver à ce résultat, l’agriculteur a visité différentes installations de son secteur. En étant proche d’une région laitière historique, il a pu découvrir une multitude d’installations. Puis il s’est rapproché de la société Base innovation lui permettant d’avoir une étude solide sur les aspects techniques du séchage. La mise en œuvre s’est faite en deux phases : la partie béton, OSB et installation électrique a été sous-traitée et ensuite, la fabrication du plancher a été auto construite par Benoît.
Un séchoir au service du semis direct
L’idée de départ de sécher du maïs et aussi des fourrages pour éviter l’enrubannage s’est vue aussi très complémentaire avec le SD. « Grâce au séchoir, je me garantis de pouvoir faire du semis direct à l’automne », explique l’agriculteur. Les terres de limon/limon argileux de la ferme sont assez profondes et les récoltes d’automne peuvent être impactantes sur la structure du sol, même avec une portance améliorée en semis direct. « Avec le séchoir, je peux libérer des parcelles plus vite et donc semer plus tôt dans de meilleures conditions », précise-t-il.
Diversifier les cultures
Avant la reprise de l’exploitation, la rotation était assez courte : blé-orge-colza. Le maïs était également présent mais un peu plus marginal. Benoît Gobin constate sans surprise que la rotation courte pratiquée par ses prédécesseurs a développé des problématiques de désherbage et notamment du ray-grass. Dans cette situation, un des leviers les plus pertinents est bien la diversification de la rotation. « Le séchoir m’a permis de garder une rentabilité avec le maïs et de développer d’autres cultures de printemps comme le tournesol et le sarrasin que j’essaie cette année. Il me paraissait indispensable de garder une part importante de cultures de printemps dans ma rotation pour lutter efficacement contre les ray-grass », avance-t-il.
Augmenter la productivité sur l’année
L’autre facette du séchoir est la possibilité d’aller chercher une productivité plus importante des parcelles sur une même année culturale. C’est un levier que l’on promeut régulièrement dans TCS et qui s’active par deux voies. Soit la mise en place de couverts permanents, soit la production d’une culture dérobée après une culture principale. Dans la situation de Benoît Gobin, le séchoir lui permet de parfaitement valoriser des trèfles sous colza ou des luzernes sous blé car après la récolte de ses cultures, une fauche plutôt en fin d’été début d’automne est possible mais les conditions de séchage aux champs pas toujours présentes. Dans le cas de la dérobée, l’agriculteur souhaite la tester. « Je pourrais récolter mon orge un peu plus humide pour dégager la parcelle plus vite et repartir sur un sarrasin ensuite », précise-t-il.
Booster la durabilité de la ferme
En plus d’être un outil agronomique puissant, le séchoir est un vrai acteur de durabilité d’abord économique avec des coûts de séchage des céréales et des récoltes de fourrage réduits, environnemental par les nombreux leviers agronomiques qu’il a permis de soulever et enfin social car il permet d’être beaucoup plus serein lors des récoltes en atténuant assez fortement les fluctuations de la météo. « Le séchage au champ est toujours important mais je ne m’interdis pas de récolter un peu plus humide en fonction des contextes », illustre Benoît Gobin. Le temps à l’élevage y est également plus simple pour la distribution et le rationnement. Cet aspect social compte de nombreuses similitudes avec le semis direct sous couvert permettant à notre agriculteur de réfléchir à de nombreux projets sur la ferme.
Côté Eco
Le séchoir tout compris avoisine les 200 000 €, subventionné à 40 % par l’Union européenne, la Région et le Département.
- Béton : 38 000 €
- OSB : 25 000 €
- Plancher : 21 000 €
- Panneau solaire : 55 000 €
- Installation électrique et ventilateur : 50 000 €
- Étude et plan : 7 000 €
- Trois semaines de main-d’œuvre de l’agriculteur pour fabriquer le plancher perforé qui ne sont pas comptabilisées.
À titre de comparaison, ce séchoir coûte le même prix qu’un tracteur de 200 ch.