Les récentes initiatives diplomatiques de la Commission européenne ont créé un fort émoi dans les milieux agricoles. Les protestations du gouvernement français –en phase avec celles des organisations professionnelles- sont très largement recevables. Sur le principe, Hervé Gaymard a raison de s’étonner de la précipitation de Bruxelles à vouloir conclure un accord de libre-échange avec le Mercosur, avant même la relance des négociations à l’OMC. Une ouverture trop rapide et mal gérée des marchés européens mettrait en péril au moins deux secteurs, ceux du sucre et de la viande bovine. Comme s’est justement demandé Hervé Gaymard, l’Europe «
peut-elle aujourd’hui réserver ses concessions commerciales en priorité aux grandes puissances agricoles latino-américaines, ces grandes puissances qui attaquent l’Europe à l’OMC pour les concessions préférentielles qu’elle accorde aux pays ACP sur le sucre ?» L’autre initiative de la Commission, celle qui met sur la table le démantèlement des soutiens à l’exportation, est tout aussi choquante, à commencer par la manière dont elle a été amenée. Un parlementaire l’a fait remarquer cette semaine au Sénat : après avoir dépensé sa salive à expliquer que la réforme de la Pac allait mettre l’Europe en position de force pour négocier à l’OMC, «
on vient dire aujourd’hui aux agriculteurs que ce n’était pas suffisant et qu’ils devront payer une deuxième fois». Au mieux, l’initiative est un sérieux manquement à la parole donnée. Au pire, c’est l’aveu que dans les négociations internationales sur le commerce, l’agriculture est désormais la plus commode des monnaies d’échange.
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