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Pénurie d’acier – Jusqu’à 25 % de hausse des prix pour certains matériels agricoles

Les constructeurs souffrent aujourd’hui d’une grosse pénurie d’acier et font face à des augmentations considérables des prix, qu’ils répercutent plus ou moins sur les produits fabriqués. Nous avons contacté des entreprises du machinisme agricole qui ont accepté de donner des chiffres, à condition toutefois de rester anonymes, afin de ne pas dévoiler leur situation aux concurrents.

Hausse acier Covid 19 Réussir Machinisme
Vu l'instabilité actuelle du prix de l'acier, certains concessionnaires consultent systématiquement le constructeur à chaque devis et limitent la durée de sa validité.
© L. Vimond

Comme de nombreux industriels européens, les constructeurs de machines agricoles subissent actuellement une hausse sans précédent du prix des matières premières, à laquelle s’ajoutent de gros soucis d’approvisionnement. L’acier manque cruellement et son prix s’envole : plus de 100 % d’augmentation pour certaines nuances. Cette situation exceptionnelle a d’énormes impacts sur les tarifs des matériels finis et sur les délais de livraison. Si toutes les firmes semblent aujourd’hui être confrontées aux mêmes problèmes, aussi bien en France que dans les autres pays européens, celles que nous avons contactées ont accepté de donner des chiffres sous réserve d’anonymat, ne souhaitant pas dévoiler leurs faiblesses à des concurrents qui tireraient mieux leur épingle du jeu, s’il en existe, grâce notamment à une gestion différente de leurs stocks de matières premières.

Un marché déséquilibré par le gros appétit de la Chine

Plusieurs facteurs sont à l’origine de la pénurie d’acier à laquelle les industriels font face aujourd’hui. Au printemps 2020, la crise de la Covid-19 a entraîné un effondrement de la demande et les entreprises de sidérurgie ont stoppé des hauts fourneaux (trois arrêtés en France en mars 2020 par ArcelorMittal), pour des raisons de trésorerie et de capacité de stockage. L’été 2020, la Chine est repartie très fort et les prix des matières premières ont commencé leur ascension. Comme les aciéristes n’avaient pas suffisamment de visibilité sur le marché, ils n’ont pas relancé aussitôt l’intégralité de leurs moyens de production. Un haut fourneau met plusieurs semaines à retrouver son rythme de croisière et il n’est redémarré que lorsqu’un planning de production est clairement établi. L’hiver 2020-2021 a connu également un rebond de commandes d’acier et l’offre toujours inférieure à la demande a eu pour effet d’accentuer encore la hausse des prix. La Chine s’est aussi montrée très gourmande en minerai de fer en augmentant ses importations de 98 % entre avril 2020 et janvier 2021. Sa forte activité a ainsi déstabilisé le marché.

Exemple d’évolution du tarif des tubes en acier observée par un constructeur d'octobre 2017 à avril 2021 (indice 100)

Graphique présentant l'évolution du tarif des tubes en acier observée par un constructeur

Le prix de certaines références de tubes en acier a été quasiment multiplié par deux entre octobre 2020 et avril 2021.

Crédit : L. Vimond

De 500 à 1 000 euros la tonne pour l’acier S355

Les constructeurs subissent d’importantes augmentations de la part des aciéristes : « Depuis un an, l’acier a tout simplement doublé. La nuance S355, la plus utilisée par les constructeurs, est par exemple passée de 500 à 1 000 euros la tonne. Nous essayons de réviser nos prix, mais nous ne répercutons pas l’intégralité de l’augmentation, d’où un réel manque à gagner », confie un fabricant de bennes. Ce constructeur précise également que les fournisseurs ne garantissent pas les prix sur de longues durées, faute de certitudes sur la disponibilité de la matière. En parallèle, les délais de livraison s’allongent : une benne commandée fin avril dans cette entreprise ne sera pas livrée, au mieux, avant début 2022. Plusieurs constructeurs relèvent également, depuis octobre 2020, des augmentations allant de 30 à 100 % du prix des tubes servant à fabriquer les châssis de leurs outils. L’incidence est considérable sur le coût final de fabrication, dont l’acier en représente 80 %. L’aluminium connaît aussi des hausses de prix impressionnantes, avec parfois plus de 110 % sur certaines commandes.

Lire aussi : Pénuries mondiales de composants électroniques, de plastique, de pneumatiques... Il va falloir s'armer de patience !

Les gros constructeurs plus résilients

La situation actuelle a obligé les constructeurs à revoir leur politique tarifaire. Ceux qui avaient prévu de ne pas changer le prix des matériels en début d’année 2021 ont été contraints de s’y résigner. Les hausses varient considérablement en fonction de la part de l’acier dans le coût de fabrication. Elles dépendent aussi de l’étendue et de la diversité du catalogue des différentes marques. Les tracteurs et automoteurs subissent, par exemple, les révisions tarifaires les plus faibles et certaines marques n’ont d’ailleurs pas encore revu leur tarif. Plusieurs grandes firmes aux gammes longues arrivent également à limiter la hausse ce printemps entre 1,5 et 2,5 %, en répercutant l’augmentation du prix de l’acier sur l’ensemble des matériels.

De plus fortes hausses dans le domaine du transport

Les hausses de tarifs sont plus fortes chez de nombreux petits fabricants aux productions spécialisées, notamment ceux de bennes et de matériels de travail du sol. Les taux compris entre + 6 et + 8 % reviennent assez souvent, mais certains appliquent des valeurs supérieures, car ils n’ont pas d’autre solution pour maintenir leur marge opérationnelle et assurer la pérennité de leur entreprise face aux difficultés d’approvisionnement en matières premières. Un constructeur de véhicules remorqués vient ainsi d’adresser à ses concessionnaires un courrier annonçant une nouvelle hausse d’au moins 6 %, s’ajoutant à celle déjà passée en début d’année, qui allait de 6 à 17 % % selon les familles de matériels. Les produits les moins technologiques de son catalogue sont touchés de plein fouet : la hausse tarifaire cumulée pour ses caissons à lisier s’élève à + 25 % par rapport au tarif sorti début 2020. Il en va de la survie de l'entreprise.

 

 

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