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[Covid-19] - La filière agroéquipement dans la tourmente

Le monde du machinisme agricole tente de s’adapter au confinement. La mission des concessionnaires et distributeurs est de maintenir à flot leur structure en continuant d’assurer le SAV et en gérant une activité commerciale quasiment à l’arrêt...

Covid-19 Pierre Prim - La filière agroéquipement dans la tourmente Réussir Machinisme
Pierre Prim, président du Sedima. « L’absence d’activité commerciale durant le confinement met sérieusement en difficulté les concessionnaires et distributeurs de machines agricoles. »
© M. Portier

Le monde de la distribution des machines agricoles traverse, à l’instar de beaucoup d’autres domaines, une période difficile. Les concessionnaires sont en effet impactés par la crise liée au Covid-19, avec notamment des ventes quasi à l’arrêt. Pour répondre aux enjeux du confinement, leurs commerciaux sont pour la plupart en télétravail ou en chômage partiel, dans la mesure où bon nombre de leurs clients ont stoppé ou mis en pause leurs achats. « Nos structures doivent supporter d’importantes charges fixes alors que le commerce est fortement réduit. Les demandes de chômage partiel et les arrêts pour garde d’enfants sont en cours, et nombre d’entreprises se demandent si les aides promises seront versées », s’interroge Pierre Prim, président du Sedima(1). Le confinement de la population a coïncidé avec la période de retour des agriculteurs dans les champs. Les entreprises ont pu honorer en grande partie les livraisons, car les constructeurs ont cherché à expédier un maximum de machines. Mais il existe des situations compliquées où le concessionnaire n’a pas reçu les matériels à temps, alors que les clients en avaient besoin pour les semis, les plantations de pommes de terre ou les travaux de la vigne, par exemple.

 

Des pertes financières causées par l’absence de livraisons

En l’absence de livraison, le client est mécontent, l’argent ne rentre pas et la situation de l’entreprise se dégrade. Cela entraîne aussi des manques à gagner conséquents lorsque le matériel, qui devait être repris, réalise une campagne supplémentaire. Par exemple, une moissonneuse-batteuse qui effectue une récolte de plus prend une année de décote supplémentaire supportée par le concessionnaire. Les pistes pour compenser cette perte financière sont peu nombreuses et il semble délicat de revoir les termes du contrat, au risque de s’exposer à une menace d’annulation du bon de commande. La volonté de certains fabricants de livrer à tout prix au début du confinement a eu l’effet pervers de remplir les cours de concessions, qui se retrouvent ainsi avec un stock de machines, sans pouvoir les écouler. Quelques autres ont continué à mettre la pression sur des commandes alors que leurs usines ne pouvaient pas livrer. « Cette situation ajoute une charge supplémentaire aux distributeurs. Nous demandons que tous les constructeurs soutiennent leurs réseaux en acceptant de revoir leurs conditions et délais de paiement », insiste le président du Sedima.

En cette période difficile, les agriculteurs ont pu compter sur leurs concessionnaires. Dès l’annonce du confinement, les services après-vente se sont organisés pour leur permettre d’assurer les travaux sereinement, même dans les régions les plus touchées par le Covid-19. Cet engagement s’est accompagné de la mise en place d’un certain nombre de mesures sanitaires pour protéger les salariés et les clients, amenant notamment à fermer les magasins libre-service, source non négligeable de revenu pour les distributeurs. Pour les pièces détachées, les entreprises ont mobilisé leurs équipes techniques et souvent mis en place des livraisons à domicile ou des retraits en magasin, à l’instar des drives des supermarchés. Les grossistes et les constructeurs ont pour la plupart assuré la fourniture de composants et les messageries express ont continué de fonctionner, mais en réduisant parfois le nombre de rotations. De leur côté, les clients ont dû patienter, car les mesures sanitaires ont allongé les délais pour la livraison finale, certains concessionnaires ayant pris la précaution de ne pas manipuler les colis dans les 24 à 36 heures suivant leur réception, afin d’écarter les risques de contamination par le virus.

 

L’activité de réparation en dessous de la normale

Pour la gestion des pannes, les interventions s’opèrent en limitant les rapatriements des machines à l’atelier et une étape de désinfection a été mise en place. L’activité de réparation par rapport à l’an passé se situe en dessous de la normale, car les agriculteurs limitent les interventions à ce qui est urgent, afin de ne pas se déplacer. La crise du Covid-19 a également obligé les concessionnaires à modifier leurs procédures de mise en route des nouveaux matériels. Les conseils par téléphone sont privilégiés pour les produits les plus simples, tandis que les équipements plus complexes font l’objet, si besoin, du déplacement d’un technicien de la concession. « Le fait marquant est la rapidité avec laquelle les entreprises ont su adapter leur organisation aux nouvelles règles de sécurité tout en maintenant la continuité du service, et ça c’est positif. Pour le reste, beaucoup de choses sont encore floues. L’écoute et le partage des efforts entre tous les acteurs de la chaîne en fonction des moyens de chacun permettront de limiter la casse », souligne Pierre Prim.

(1) Syndicat national des entreprises de services et distribution du machinisme agricole et espaces verts.

 

Révisions sans contact

Avec le Covid-19, toute mise à disposition d’une machine entre le concessionnaire et son client, et inversement, passe par le respect d’une phase de décontamination. La solution la plus rapide est de passer un produit désinfectant. La plus lente, mais économique, est de ne pas toucher à la machine durant quelques jours. « Nous encourageons les clients à anticiper les révisions de morte-saison, indique Pierre Prim, président du Sedima. L’intérêt est de prévoir une date et un lieu d’intervention permettant de respecter les mesures sanitaires, en tenant compte de la durée de vie du coronavirus, ce que l’urgence de la panne en saison rendra quasi impossible. Il suffit au propriétaire de déposer sa machine plusieurs jours avant le passage du technicien, et d’attendre ensuite avant d’y retoucher. »

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