Nutrition animale : la luzerne en danger

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La production européenne de luzerne est dans le collimateur de la Commission de Bruxelles qui menace de supprimer l’aide spécifique à la déshydratation (33 €/tonne) qui permet de combler une partie du déficit de compétitivité de la luzerne par rapport au soja importé. Cette aide coûte au budget communautaire 118 millions d’euros par an soit 0,2 % du budget agricole de l’U.E. A l’occasion d’un colloque organisé le 28 octobre à l’Assemblée nationale, à l’initiative de Rémi Delatte, député de la Côte d’Or et lui-même exploitant agricole, le dossier de la luzerne déshydratée à été défendu par plusieurs personnalités du développement durable, de la recherche agronomique et de l’apiculture.

Comme l’a rappelé l’un des intervenants, « grâce à sa capacité à fixer l’azote de l’air dans le sol, la luzerne s’affranchit totalement des engrais de synthèse, limitant ainsi les pollutions des sols et des eaux. » Un bénéfice environnemental auquel il faut ajouter la couverture permanent du sol qui permet, selon Gilles Lemaire, directeur de recherche à l’INRA, de protéger les sols de l’érosion et du ruissellement, des fléaux en zones de grandes cultures.

Une plante biologique

Pour les apiculteurs, la disparition de la luzerne dans la région Champagne Ardenne signifierait celle des ruches car c’est la seule plante « mellifère » qui fleurit pendant l’été. Les agriculteurs bio la considèrent avec bienveillance et souhaitent tripler les surfaces qu’ils lui consacrent actuellement. Mais en dehors de ces arguments, certes solides et sympathiques mais pas forcément de taille à émouvoir la technocratie bruxelloise, cette culture participe, encore trop peu, à réduire la dépendance de l’Europe vis-à-vis du soja importé.

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Cependant, le principal reproche adressé à la luzerne ce sont ses besoins en énergie pour être déshydratée. Or, la profession est engagée depuis plusieurs années dans un plan de réduction de ses consommations par le biais d’un process dit « de voie humide » et par la généralisation du pré-séchage au champ qui permet d’économiser 20 % d’énergie fossile. Le développement de ce process nécessite cependant des investissements lourds.

C’est pourquoi, explique Jean-Pol Verzeaux, président de Coop de France Déshydratation, la filière a besoin des aides européennes jusqu’en 2013 comme d’ailleurs cela était prévu dans la réforme initiale de la PAC.

Pour la récolte 2008, les surfaces consacrées à la luzerne en France sont estimées à 85 000 hectares, en baisse de 7 à 8 % et la production de 15 % en raison de la baisse des rendements. Mais pour 2009, les déshydrateurs considèrent que la baisse des surfaces est enrayée et que l’on se dirige vers une stabilisation. Commercialement, la campagne écoulée a été très satisfaisante et la meilleure rémunération des producteurs payés 80/90 € la tonne de matière sèche contre moins de 60 € l’année précédente aura largement contribué au coup d’arrêt à la baisse des surfaces.

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