Manger en 2050 : les leviers du Shift Project pour un « système alimentaire bas carbone, robuste et souverain »

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Clémence Vorreux coordinatrice du programme Agri-Alim au Shift Project, lors de la présentation du rapport « Manger en 2050 » à la presse. Crédits : © Shift Project

Comment concilier santé, souveraineté alimentaire et réduction des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050 ? Dans son rapport intermédiaire consacré à l’alimentation, présenté le 22 octobre, le Shift Project explore trois scénarios d’évolution de la consommation, de l’agriculture et de l’industrie agroalimentaire. Une trajectoire associant décarbonation, évolution des pratiques agricoles et alimentation plus végétale, locale et moins transformée, apparaît plus favorable selon le Think tank créé par Jean-Marc Jancovici.

Dans le prolongement de son rapport « Pour une agriculture bas carbone, résiliente et prospère » publié fin 2024, le Shift Project a présenté ce 22 octobre le rapport intermédiaire de ses travaux consacrés au système alimentaire. A travers ce travail, débuté en janvier 2026, le think tank créé par Jean-Marc Jancovici compte « confronter les tendances émergées dans le rapport agricole avec les évolutions de la consommation et de la transformation industrielle », explique Clémence Vorreux coordinatrice du programme Agri-Alim au Shift Project.

Relire : Après l’agriculture, The Shift Project de Jean-Marc Jancovici lance des travaux sur l’alimentation

Trois scénarios évalués à l’aune de la santé, de la souveraineté et l’environnement

Intitulé « manger en 2050 : vers un système alimentaire robuste, bas carbone et souverain », le rapport intermédiaire compare trois scénarios : un scénario tendanciel, un scénario « ouverture aux innovations » et un scénario « changement dans la tradition ». 

Ils sont évalués selon leurs effets sur plusieurs critères : la santé des populations, la dépendance de la France aux importations, les émissions de gaz à effet de serre, la ressource en eau et la biodiversité. D’ici mars 2027, date prévisionnelle de la publication définitive du rapport, le think tank confrontera les scénarios à des stress-test (comme des sécheresses à l’instar de celle de cet été), et évaluera leur impact économique. 

Lire aussi : Jean-Marc Jancovici : quel scénario pour l’agriculture à 2050 préconise le Shift project ?

Un scénario tendanciel aux effets négatifs, selon le Shift Project

Le scénario tendanciel prolonge les grandes tendances observées ces dernières années jusqu’en 2050. Pour la consommation, le Shift Project projette les données Nutrimétrie (de 1999 à 2019).  Pour l’agriculture, il s’appuie sur le scénario Sisae de l’Ademe. L’industrie agroalimentaire est, quant à elle, envisagée dans une dynamique d’ouverture aux échanges extérieurs et de décarbonation spontanée, sans effort supplémentaire.

Dans cette hypothèse, les Français consommeraient 6 % de produits alimentaires en moins en volume qu’aujourd’hui. La consommation de produits d’origine animale non préparés reculerait de 36 %, tandis que celle des denrées alimentaires préparées progresserait de 41 %. Les substituts végétaux connaîtraient, eux, une forte croissance, avec une consommation multipliée par 4,7.

Cette évolution ne suffirait toutefois pas à rapprocher l’alimentation des repères nutritionnels : les Français consommeraient encore moins de fruits et légumes qu’aujourd’hui et davantage de charcuterie.

Côté production, les besoins agricoles seraient légèrement augmentés de 3%. Les filières porcine et des oléagineux deviendraient plus dépendantes des importations. Les émissions de CO₂ diminueraient dans les exploitations agricoles et les usines agroalimentaires, mais sans respecter la trajectoire de la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC). Dans le même temps, la consommation d’énergies fossiles progresserait dans les industries agroalimentaires.

Pour le Shift Project, ce scénario ne permet donc pas d’atteindre les objectifs recherchés en matière de décarbonation, de santé et de souveraineté alimentaire.

Lire aussi : [VIDEO] Jean-Marc Jancovici et les éleveurs : comment réagissent-ils à son plan de décarbonation ?

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Une trajectoire privilégiée combinant agriculture décarbonée et évolution de l’alimentation

Parmi les deux scénarios alternatifs, « une trajectoire sort du lot » avance Capucine Laurent, cheffe de projet au Shift Project. 

Elle combine trois orientations : le scénario agricole jugé idéal par le think tank dans son rapport « Pour une agriculture bas carbone, résiliente et prospère », une stratégie d’ouverture de l’industrie agroalimentaire assortie d’efforts supplémentaires de décarbonation, et une évolution des habitudes alimentaires correspondant au scénario « changement dans la tradition ». Ce dernier repose sur une alimentation davantage tournée vers les produits locaux et végétaux, et moins transformée.

Par rapport au scénario tendanciel, cette trajectoire permettrait de réduire de 20 % les besoins énergétiques de l’agriculture et de diminuer de 48 % ses émissions de carbone par rapport à la situation actuelle. Elle contribuerait également à réduire la dépendance aux engrais azotés importés.

Dans l’industrie agroalimentaire, les efforts supplémentaires de décarbonation permettraient de réduire les besoins énergétiques de 14 % et la facture électrique de 58 %, par rapport à aujourd’hui. Les émissions de carbone passeraient de 10 à 1,4 MtCO₂e, selon les estimations présentées par le Shift Project.

Cette trajectoire améliorerait également l’adéquation de la consommation aux repères nutritionnels. Elle ne serait toutefois pas sans contrepartie : la France deviendrait plus dépendante des importations dans la filière volaille.

Lire aussi : Quelle stratégie agricole propose Agri2050, la communauté émanant du Shift Project, dans son manifeste en vue de la présidentielle ?

Quels leviers pour transformer le système alimentaire ?

Pour s’inscrire dans ce scénario jugé plus favorable par le Shift Project, le rapport identifie plusieurs leviers d’actions.

Pour l’agriculture, sont évoqués : une évolution de l’élevage avec une baisse du cheptel, une reconfiguration de la fertilisation, la décarbonation des fermes ou encore l’augmentation du stockage de carbone dans le sol. Côté consommation, il préconise d’orienter les choix alimentaires vers des « produits nationaux et durables » et de « végétaliser l’assiette ». 

Dans les industries agroalimentaires, les pistes portent notamment sur l’amélioration de l’efficacité énergétique, la polyvalence accrue des outils de production, l’optimisation de la chaîne du froid et l’électrification des flottes de transport.

D’ici mars 2027, le think tank va affiner ses scénarios, explorer l’impact économique, identifier les freins et défis et formuler des recommandations.  

Lire aussi : Jean-Marc Jancovici : « Les Français aiment les agriculteurs mais pas l’agriculture »

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