Amidonnerie française : baisse de consommation, coût énergétique et pression réglementaire pénalisent le secteur

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Kristell Guizouarn, présidente de l'Usipa, fait part de son inquiétude pour les perspectives du secteur amidonnier français Crédits : © MAC

Entre baisse du chiffre d’affaires, recul des volumes transformés et inquiétudes sur l’approvisionnement en maïs après une récolte 2026 catastrophique, l’amidonnerie française fait face à de multiples défis. Les membres de l'Union des syndicats des industries des produits amylacés et de leurs dérivés (Usipa) ont fait le point sur les difficultés du secteur lors de l'assemblée générale de l'Usipa le 1er octobre.

Le 1er octobre 2026 avait lieu l’assemblée générale de l’Usipa (Union des syndicats des industries des produits amylacés et de leurs dérivés), occasion pour les professionnel·le·s du secteur de fêter les 80 ans de l’organisation. Les chiffres du secteur pour l’année 2025 ont été dévoilés lors de l'événement. Après la chute de 21 % du chiffre d’affaires de l’amidonnerie française accusée en 2024, la tendance à la baisse se poursuit en 2025, avec un recul de 6,5 % à 2,9 milliards d’euros, « sous la barre des trois milliards d’euros », signale Mariane Flamary, déléguée générale de l’Usipa.

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Les utilisations de matières premières par l’amidonnerie en recul en 2025

Durant l’année 2025, 5 millions de tonnes de matières premières (blé, maïs, pommes de terre) ont été transformées par l’industrie amidonnière, contre 5,1 millions de tonnes en 2024, soit un recul de 2,4 %. Parmi elles en 2025, on compte 2,7 Mt de blé et 1,6 Mt de maïs. « Notre secteur reste un des partenaires privilégiés de l’agriculture française, avec 97 % des matières premières mises en œuvre d’origine française », affirme Mariane Flamary.

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Des importations de maïs pour compenser la baisse de la récolte en 2026 ?

Cependant, la récolte catastrophique de maïs de cette année inquiète l’industrie amidonnière. Elle est actuellement prévue par de nombreux opérateurs sous les 7 Mt, en baisse de 45 % d’un an sur l’autre. « Et ce, alors que la récolte de pommes de terre recule de 2 Mt et les rendements de blé de 4 %, même si le repli est moindre » précise Mariane Flamary. « Les outils industriels sont dédiés soit au maïs, soit au blé, ce qui limite toute substitution de matière première », rappelle Marie-Laure Empinet, chargée des relations extérieures chez Roquette et vice-présidente de l’Usipa. 

S’il est trop tôt pour annoncer d’éventuelles reformulations de produits, dans l’attente des chiffres de la récolte européenne, on peut tout de même s’attendre à une hausse des importations selon les professionnel·le·s. « Dans l’Union européenne, plusieurs pays sont touchés par la baisse de la production de maïs et il y aura de la demande pour cette matière première », s’inquiète Marie-Laure Empinet. De plus, les utilisateurs d’amidon de blé et de maïs sont différents ; les cahiers des charges pharmaceutiques exigent par exemple de l’amidon de maïs, selon cette membre du bureau de l’Usipa. Pourra-t-on compter sur le maïs ukrainien ? Si l’Ukraine dispose bien de maïs non OGM, les problèmes logistiques au départ des ports compliquent l’anticipation des approvisionnements. 

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La consommation ne montre pas de signe de reprise

« La consommation générale n’est jamais repartie après la guerre en Ukraine », rappelle Kristell Guizouarn, présidente de l'Usipa (Tereos). Cela a joué sur les débouchés de l’amidonnerie française, que ce soit sur le marché intérieur ou européen. En France, la répartition entre les débouchés alimentaires est restée sensiblement la même d’un an sur l’autre, exception faite des utilisations en lait infantile, qui représentaient 26 % des débouchés alimentaires de l’amidonnerie française en 2025 contre 39 % en 2024. Celles-ci ont reculé en volume sous l’effet de la dénatalité. 

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Parmi les utilisations non-alimentaires (41 % des volumes en 2025), le débouché vers le secteur papetier est en proie à une tendance baissière, à cause de la concurrence internationale et de la fermeture de sites industriels en France. Le secteur chimie-pharmacie prend cependant le relais (28,5 % des utilisations non-alimentaires de l’amidon sur le marché intérieur contre 22 % en 2024). Les secteurs de la cosmétique et du BTP représentent des débouchés d’avenir car ils recherchent des produits de substitution à des matières premières fossiles. « Les volumes pour ces débouchés restent faibles pour l’instant » , précise la déléguée générale de l’Usipa.

 

Quelle place pour les amidonniers français sur les marchés mondial et européen ?

Si les importations françaises d’amidon restent limitées (2,7 millions d’euros en 2025 contre 2,9 milliards pour le chiffre d’affaires de l’industrie française), le secteur alerte sur leur tendance haussière. Elles ont en effet progressé de 55 % entre 2020 et 2025.

Côté export, le chiffre d’affaires de l’amidonnerie française représente toujours 71 % du chiffre d’affaires total du secteur, mais il subit une baisse, de même que les volumes. « Les amidonniers français restent les premiers sur le marché européen, représentant 30 % de parts de marché », signale Mariane Flamary. Sur les pays tiers, on constate une légère baisse du chiffre d’affaires. « Nous sommes de plus en plus attaqués sur nos marchés historiques », déclare Mariane Flamary.

Le coût de l’énergie en Europe pénalise le secteur sur les marchés internationaux

« Le coût énergétique est le talon d’Achille de l’UE », affirme la déléguée générale de l’Usipa. Selon l’organisation, celui-ci n’aurait jamais rattrapé sa valeur d’avant la crise, alors qu’il représente 25 % de la structure de coûts pour les industries amidonnières. À titre de comparaison, il grimperait à 70 €/MWh dans l’UE, contre 20 €/MWh en Chine et 15 €/MWh aux États-Unis.

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Le coût normatif et celui de la décarbonation pèse sur les industriels français de l'amidonnerie

Selon l’Usipa, le secteur a tenu ses engagements sur la baisse des émissions de CO2, mais « seulement au prix de centaines de millions d’euros d’investissement, alors que nous sommes encore au milieu du gué des exigences de l’Union européenne », selon Mariane Flamary. L’organisation a une fois de plus soulevé le sujet du recyclage des eaux usées, interdit par la France mais pas par l’Union européenne. 

En outre, « l’évaluation des coûts normatifs n’est pas faite, et cela donne lieu à des distorsions de concurrence y compris dans l’Union européenne », toujours selon la déléguée générale de l’Usipa. L’organisation voit d’un mauvais œil l’accord de libre-échange avec la Thaïlande en préparation : le pays est le premier producteur mondial de fécule de manioc, un produit très similaire aux fécules de maïs et pommes de terre. « Il n’est pas entendable que de nouveaux sacrifices soient faits sur nos produits », assène la représentante de l’Usipa.

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