« 2026, c'est Madame Calamité » et l'année n'est pas encore finie !

- - 5 min
Le Puy-de-Dôme enregistre un déficit pluviométrique allant de 20 à 30%. Crédits : © Niks Ads - stock.adobe

Les restrictions d’eau se prolongent, les sols craquent, et les records tombent. Docteur en physique de l’atmosphère et directeur Produits & Innovation chez Weenat, Emmanuel Buisson décrypte la sécheresse actuelle. 

« 2026, c'est Madame Calamité. » D'aucuns n'auraient pu croire vivre un jour une sécheresse pire que celle de 1976. C'était sans compter sur 2026 qui fait malheureusement tomber les records avec des niveaux inédits et une situation météorologique qui défie les prévisions. Septembre est presque passé et aucune goutte de pluie n'est tombée contraignant la Préfecture à maintenir l'ensemble des restrictions sur le département (lire ci-dessous).

Une sécheresse sans précédent

 

 

« 2022, il y a eu des restrictions d'eau jusqu’en octobre-novembre mais la situation s'était installée lentement. La différence cette année, c’est que nous sommes face à une sécheresse plus longue et surtout plus sévère en raison de la succession des épisodes caniculaires », explique Emmanuel Buisson, docteur en physique de l’atmosphère et directeur Produits & Innovation chez Weenat. Après un hiver 2026 particulièrement pluvieux, les réserves semblaient pleines en mars. Pourtant, depuis avril, la sécheresse s’est installée avec une brutalité inégalée. « On atteint aujourd’hui tous les records possibles», souligne-t-il.

La France enregistre en moyenne 15 à 20 % de précipitations en moins par rapport à la normale « avec une très gosse hétérogénéité selon les territoires ». Le Puy-de-Dôme cumule 20 à 30 % de déficit. Les sols superficiels, sur les 10 à 15 premiers centimètres, affichent une humidité proche de zéro. « Un tel niveau, c'est une première», précise Emmanuel Buisson.

Trois sécheresses en une : un phénomène multidimensionnel

 

 

La sécheresse ne se limite pas à l’absence de pluie. « Il y a trois types de sécheresse », rappelle le spécialiste. La sécheresse météorologique se traduit par un déficit prolongé de précipitations. La sécheresse de surface concerne le premier mètre des sols quand la sécheresse profonde touche les nappes phréatiques. Elle coche en 2026 toutes les cases. 

Si l’humidité persiste encore à 60-80 cm de profondeur dans certains sols, c’est grâce à leur capacité historique ou à des travaux de restauration. En surface, la situation est toutefois critique avec des sols ne contenant plus une seule goutte d'eau.

« Ceux qui attendent de l’eau devront encore patienter au moins 15 jours », annonce Emmanuel Buisson. « Les prévisions ne montrent rien de significatif avant mi-octobre, peut-être un peu de crachin mais rien de plus. »

Les modèles saisonniers évoquent avec une probabilité de 40 à 50% une bascule possible en octobre-novembre. Le retour des pluies tant espéré serait très probablement brutal, ce qui inquiète le météorologue « Si elles arrivent trop brutalement, sur nos sols qui ressemblent à des éponges qu'on aurait laissées en plein soleil, ce sera une catastrophe. » Ruissellements, érosion et destruction des terres sont à craindre face à des orages violents. « Il faudrait des pluies douces, 10 à 20 mm par jour pendant cinq jours pour une recharge progressive et efficace. » 

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

El Niño, l’inconnu qui pèse sur l’Europe

 

 

Un autre facteur complique les prévisions saisonnières : El Niño.

Ce phénomène naturel de rééquilibrage climatique se produit dans l’océan Pacifique. « C’est un affaiblissement des alizés entre l’Australie et l’Amérique du Sud » explique Emmanuel Buisson. « Cela entraîne un réchauffement des eaux de surface du côté de l’Amérique du Sud, ce qui modifie profondément le climat dans cette zone. » Les conséquences du phénomène remontent jusqu'en Amérique du Nord et parviennent même à traverser l'Atlantique. 

En 2026, El Niño est exceptionnellement intense, avec une anomalie de température dépassant +2,5°C, contre +1 à +1,5°C habituellement. « C’est énorme, et cela pourrait donner un coup de boost à l’augmentation de la température moyenne mondiale », souligne-t-il.

En Europe, El Niño interagit avec les systèmes climatiques locaux notamment l’anticyclone des Açores, premier déterminant des pluies sur le continent et notamment en France. 

« 2026 est une année qui restera dans les mémoires », confirme Emmanuel Buisson. « On va de surprise en surprise, et ce ne sont pas toujours des bonnes. » Entre sécheresse record, risque d’épisodes Cévenols violents (alimentés par une Méditerranée surchauffée) et incertitudes climatiques, le climat de la France a résolument entamé un changement. « On bascule peut-être vers un climat à deux saisons : une sèche, une humide. » Un signal d’alerte pour l’avenir, où la résilience des sols et des bassins versants mais aussi la gestion de l'eau deviendront une priorité absolue.

Mélodie Comte

 

« La fiabilité des prévisions de pluies est catastrophique au-delà de 7 jours. »

 

Voir plus

Plus d’articles sur ce thème

Contenus partenaires