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Volailles : Actualité agricole et agroalimentaire des filières poulets, poules pondeuses, canards, dindes, œufs, foie gras dédié

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Limiter l’infestation des ténébrions par les pratiques d’élevage

L’enquête Teneblimit montre que certaines pratiques, comme le sol en béton et la litière de copeau, permettent de réduire les niveaux d’infestation en ténébrions des élevages de volailles, sans être toutefois suffisantes.

Le sol en béton limite le risque d’infestation du poulailler par des ténébrions, sans l’empêcher totalement. C’est l’une des principales conclusions de l’enquête réalisée dans 80 élevages de volailles de chair, dans le cadre du projet Teneblimit. Piloté par l’Itavi, il vise à mieux comprendre les causes d’infestations en volaille de chair dans l’objectif de réduire l’usage d’insecticides. Ainsi, les bâtiments équipés d’une dalle en béton avaient en moyenne 2,5 fois moins de ténébrions que ceux sur terre battue. L’effet positif du sol en béton était encore plus flagrant dans le sous-groupe des régions Bretagne et Pays de la Loire, avec un rapport de quasiment 1 à 6. L’étude réalisée, entre 2017 et 2018 en partenariat avec les chambres d’agriculture des Pays de la Loire, dans 50 bâtiments en poulet et 30 en dinde consistait à dénombrer les ténébrions adultes récoltés dans des pièges installés dans la litière. « Les résultats confirment que la structure du bâtiment peut jouer un rôle sur l’infestation, même s’il reste insuffisant », a souligné Nathalie Rousset, de l’Itavi lors de la journée volaille de chair de novembre 2018. En plus de la dalle béton qui empêche les adultes de migrer dans la terre après l’enlèvement ou les larves d’y trouver un refuge pour leur nymphose, d’autres facteurs limitants l’infestation sont ressortis de l’enquête, notamment les soubassements lisses et la bonne étanchéité des jonctions, pour empêcher la migration des larves vers l’isolation.

Réduire les sources de nourriture dans la litière

Concernant les pratiques d’élevage, c’est le critère « type de litière » qui est ressorti comme le plus discriminant. Les bâtiments utilisant du copeau ou de la cosse de sarrasin en premier paillage avaient un taux d’infestation un peu plus faible que ceux avec paille broyée. « Ces litières, plus sèches, seraient moins propices aux fermentations et à la production de champignons dont se nourrissent les ténébrions. » D’autres pratiques permettent également de réduire les sources de nourriture du coléoptère : le nettoyage des silos lors du vide ou la distribution de l’aliment de démarrage juste avant l’arrivée des poussins. « Le fait de démonter et de sortir le petit matériel lors du vide afin de le laver joue aussi favorablement, en permettant de se débarrasser plus facilement des œufs. » Ou encore le curage du fumier le plus tôt possible après l’enlèvement pour évacuer les ténébrions.

L’enquête confirme par ailleurs que les régions et les espèces ne sont pas touchées de la même manière. Ainsi, en dinde, le nombre de ténébrions récoltés dans les pièges était en moyenne trois fois plus élevé qu’en poulet (effet durée du lot ?). La région Rhône-Alpes était la zone enquêtée avec le plus fort niveau d’infestation, suivie par ordre décroissant par la Bretagne, les Pays de la Loire et l’île de la Réunion.

La famille des pyréthrinoïdes utilisée dans 50 % des cas

Les pratiques de désinsectisation et les produits étant très variées, l’étude s’est surtout focalisée sur les molécules. 80 % des éleveurs de poulets et deux tiers de ceux de dindes utilisent des insecticides, appliqués une à trois fois par lot. Dans la moitié des cas, il s’agit d’un insecticide de la famille des pyréthrinoïdes, utilisée seule ou en association. Les dénombrements de ténébrions montrent que ceux qui utilisent une famille autre que celle des pyréthrynoïdes sont trois fois moins infestés que ceux ayant recours à cette famille. L’écart est particulièrement important sur la sous population dinde/Rhône-Alpes, des résultats à interpréter avec précaution du fait de la petite taille des échantillons. « Les élevages qui ne traitent plus, souvent par découragement, ont des taux d’infestation bien supérieurs, ce qui montre que l’utilisation des molécules insecticides reste indispensable. Attention toutefois à changer régulièrement de molécule pour limiter les résistances », a rappelé Nathalie Rousset.

Des pièges pour suivre le niveau d’infestation

Le dénombrement des ténébrions a été réalisé à l’aide de pièges passifs, sans attractif. Ces pièges expérimentaux sont constitués d’un tube en PVC, rempli par deux feuilles d’essuie-tout pliées, et fermé par deux bouchons percés de trous d’un centimètre de diamètre. « Ils sont enterrés dans la litière, au niveau des soubassements des longs pans, à raison d’un piège pour 100 m2 », précise Pascal Galliot, technicien de l’Itavi. Deux séries de mesures d’une semaine ont été réalisées : l’une en début de lot (installation des pièges 24 à 48 h avant l’arrivée des poussins), l’autre durant la semaine précédant l’enlèvement (en dinde, une troisième collecte a eu lieu avant le départ des femelles).

L’étude Ténéblimit se poursuit avec une seconde phase de dénombrement en élevages. L’objectif est cette fois-ci de comprendre la dynamique d’évolution des populations au cours d’un lot. Simples à fabriquer, les pièges expérimentaux peuvent être utilisés en routine par les éleveurs pour évaluer le niveau d’infestation en se comparant aux moyennes de l’étude, pour juger du bon moment à traiter ou de l’efficacité d’un traitement. Ils n’ont toutefois pas été conçus ni testés pour réaliser du piégeage de masse.

« Je n’ai plus de ténébrions depuis que j’ai bétonné »

David Labbé éleveur à Plourivo
David Labbé "Le coût du traitement insecticide doit être calculé à l'année et non pas par lot."

Pour David Labbé, éleveur à Plourivo (Côtes-d’Armor), la lutte contre les ténébrions a toujours été une préoccupation importante, d’abord pour maîtriser le risque sanitaire mais aussi pour éviter d’altérer l’isolation de ses deux bâtiments de poulets lourds de 1 350 m2. Pendant plusieurs années, il y a consacré un euro par mètre carré par an en produits insecticides, un budget conséquent ! « Pour être sûr que mon programme de lutte fonctionnait bien, j’avais pris l’habitude de noter sur un tableau comparatif les résultats selon les produits, leurs dosages et modes d’application. » En général, l’éleveur se limitait à une application d’un larvicide cinq jours avant l’arrivée des poussins. À chaque départ, il notait sur une échelle de 0 à 10 la quantité de ténébrions grimpant sur les murs, et pulvérisait un adulticide sur les murs au-delà d’un seuil de 4. « Je n’ai jamais eu d’infestation importante mais je traitais à chaque lot, en veillant à changer de famille de molécules à chaque fois pour éviter les risques de résistances. Le coût du traitement insecticide doit être calculé à l’année et non pas par lot, tous les produits n’ayant pas le même prix ni la même efficacité. »

Un effet positif de la dalle et de la litière

Puis en juin 2017, ses deux bâtiments ont été équipés d’une dalle bétonnée. Depuis, l’éleveur ne voit plus de ténébrions. « Je n’ai pas appliqué d’insecticide depuis 18 mois. » Seul un adulticide est administré un à deux fois par an par la personne qui fait la thermonébulisation (soit un coût de traitement divisé par 10). Détail important, les joints de dilatation de la dalle en béton ont été comblés. L’intervention a été réalisée par un professionnel, trois lots après avoir coulé la dalle (remplissage par de la mousse puis d’un produit à base de silicone pour 0,8 euro/m2). « Cela explique qu’il y ait toujours aussi peu de ténébrions. » David pense qu’il y a également un effet litière. Pour atteindre les objectifs de qualité de pattes et maîtriser le risque de pododermatites, il utilise désormais une litière de copeau déshydratée(1), « probablement trop sèche pour plaire au ténébrion. »

(1) Litavic de LCBE, environ 215 €/t
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