Réussir Aviculture 07 décembre 2007 à 15h20 | Par Propos recueillis par Pascal Le Douarin

Yves De la Fouchardière - « La réglementation pourrait changer la place du bio »

Le secteur des produits avicoles bio en filière longue, lui aussi bousculé par la hausse des matières premières, est dans l´attente de l´application de la nouvelle réglementation européenne sur le bio, applicable en 2009. Analyse d´Yves De la Fouchardière, directeur des Fermiers de Loué.

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La consommation des produits bio a le vent en poupe. Qu´en est-il dans le secteur avicole ?
Les Fermiers de Loué sont outsiders pour la production de poulets et d´oeufs biologiques (second et troisième). En oeufs, la progression annuelle est de l´ordre de 6 % à 10 %. En poulets, la consommation a tardé à repartir après la crise. En 2007, la demande a légèrement augmenté. Néanmoins, nos volumes de poulets ont été divisés quasiment par deux par rapport à la fin des années quatre-vingt-dix, les trois quarts étant destinés à l´exportation. Cet arrêt était dû à notre manque de productivité. Le Nord de l´Europe applique des règles de production nettement moins contraignantes qu´en France. Pour 2008, je ne m´attends pas à de grandes évolutions, même si nous avons quelques nouvelles commandes à l´exportation que nous ne satisferont pas.
Pourquoi le secteur chair ne va-t-il pas bouger pour répondre à la demande ?
D´une part, la hausse excessive des matières premières et leur manque de disponibilité sont un frein. Nous sommes passés de 350 euros la tonne d´aliment bio à plus de 500 euros. D´autre part, nous n´avons pas assez de producteurs bio pour produire davantage. En présence de plusieurs ateliers d´animaux, la réglementation française actuelle impose « tout en bio », et les délais de conversion sont stricts. Les prochaines règles applicables en 2009 devraient permettre la coexistence du bio et du non bio sur la même exploitation.
Comment la hausse des matières premières peut-elle impacter le marché du bio ?
A l´heure actuelle, un poulet bio coûte de 8 à 9 euros le kilo en prix fond de rayon (hors promotion) contre 6,2 à 7 euros en poulet label. Après l´application des hausses début 2008, les prix auront progressé d´environ 30 % sur un an. Nous ne savons pas encore exactement comment réagira le consommateur, mais il est probable qu´il diminuera ses achats. Peut-être glissera- t-il vers le label. Ce transfert peut aussi affecter les achats de volailles label.
Que craignez-vous du projet de réglementation européenne sur le bio, identique pour tous les pays ?
Comme je l´ai déjà évoqué, la révision des modalités de conversion et de coexistence bio et non bio nous paraît être une vraie avancée. En revanche, nous sommes plus inquiets au sujet du projet d´abaissement des âges d´abattage en dessous du seuil des 81 jours, l´âge minimal en label. En réduisant cette limite, on rendrait plus compétitive la filière chair bio tout en l´intensifiant dans une certaine mesure. Par exemple, que penser de poulets bio abattus à 56 jours et qui auront peu occupé leurs parcours. En matière de bio, la position française n´est plus entendue par Bruxelles, car ce sont les pays qui ont joué la carte de ce type de volailles bio qui pèsent le plus : Royaume-Uni, Allemagne, Danemark, Pays-Bas. Et je crains que ce changement ne vienne perturber la hiérarchisation des signes de qualité en France, à savoir : bio-label-certifié-standard.
Vous serez donc prudent avant d´inciter des producteurs de Loué à se lancer dans la filière bio ?
Tout à fait. Nous ne bougerons pas en 2008 sur ce secteur. Alors qu´il faut au moins sept ans de retour sur investissement pour qu´un acteur industriel s´engage, le maillon élevage doit attendre au moins 10 ans, tout en ne dégageant qu´une marge très faible (de smicard), même à Loué. Soyons donc très attentifs à sécuriser des débouchés bio avant de partir sur des schémas de développement. Avec la réduction inévitable des prix de céréales et des matières premières, il sera nécessaire de conserver une partie de ces baisses pour mettre à niveau les marges des producteurs.

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