Réussir Aviculture 18 mai 2016 à 08h00 | Par Pascal Le Douarin

Volailles de chair : une reconquête plus difficile que prévu

En dépit d’une bonne année 2015, les filières chair réunies à Angers font le constat du poids grandissant des importations profitant d’une aspiration par la consommation.

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Le Centre culinaire contemporain conseille d'ajouter de la différenciation à la volaille française en misant sur la créativité.
Le Centre culinaire contemporain conseille d'ajouter de la différenciation à la volaille française en misant sur la créativité. - © F. Hamel

Présentés à tour de rôle par les présidents des interprofessions de la pintade (CIP), du poulet (CIPC), des volailles de qualité (Synalaf), du canard (Cicar) et de la dinde (Cidef), les bilans par filière sont plutôt positifs pour 2015, excepté pour la dinde qui continue à régresser. La filière poulet grand export, dont le redressement avait été salué l’an dernier à cette même assemblée, a été la grande absente. Elle semble revenue en ordre de marche, malgré les difficultés des prix de marché et la situation préoccupante du second acteur français (Tilly Sabco Bretagne).

Il revient à Gilles Huttepain, président des industriels de l’abattage (FIA), d’avoir mis le doigt là où cela fait mal. « Nous avons été extrêmement déçus et surpris de découvrir les chiffres des importations réalisées en 2015, avec plus de 7 % d’augmentation. » En dépit des efforts des industriels à ce stade de la filière, les importations de poulet européen (94 % des volumes) se sont renforcées. Les contrats avec KFC et McDonald's sont des signes positifs, mais insuffisants.

Un effort à produire à tous niveaux

La consommation française est allée plus vite que prévu (+3 %), notamment dans les secteurs hors GMS. Pour juste compenser l’augmentation des importations de poulet, il aurait fallu allouer 200 000 m2 de surfaces supplémentaires a calculé Jean-Yves Ménard, président du CIPC. Soit de l’ordre de 450 millions d’euros à investir.

« On a encore du chemin à faire », reconnaît Gilles Huttepain qui estime l’écart de compétitivité avec les voisins européens à 8 % : « 2 % pour les surtaxes de l’État, 3 % pour l’aval et 3 % pour l’amont. » L’effort à produire concerne donc tous les maillons.

- © Infographie Réussir

Rattraper sans oublier d'innover

« Au niveau abattage, nous sommes surpris du retard technique pris par rapport aux Espagnols, Belges, Allemands, Polonais », concède encore le président de la FIA. Il appelle les fabricants d’aliments à repenser certains modèles, à revoir leur logistique et leurs formules pour réduire les indices. Il épargne les accouveurs qui ont été pénalisés par des prix bas. « Ils ont besoin de gagner leur vie et de réinvestir. » Quant aux éleveurs, « il n’y a pas eu beaucoup de poulaillers neufs ». Avec un taux de construction moyen de 1,5 % (renouvellement total en 60 ans) et de disparition de 2,2 %, le parc s’est réduit de 11 % depuis 1999. Ce qui pénalise les productions « secondaires » comme la dinde et la pintade. Faute de neuf, les groupements poussent à rénover. Le bâtiment standard moyen a 24 ans. « À chaque fois qu’on rénove, à chaque fois on améliore les performances. » Quant aux pouvoirs publics, il leur demande d’abord de « protéger l’UE qui ne peut pas être une porte ouverte à tous ». Et de dénoncer le projet de TTIP entre UE et USA, les importations ukrainiennes de poulet (+ 70 % en 2015 avec 42 000 t), l’Afrique du sud qui se ferme. Pour parvenir à une vraie reconquête, il ne suffira sans doute pas de copier nos voisins dans l’espoir de les rattraper sur un terrain où ils sont à leur avantage. Il faudra sans doute faire preuve d’innovation en sortant des sentiers battus. L’étude food service longuement présentée en est l’illustration.

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