Réussir Aviculture 07 mai 2007 à 15h37 | Par Pascal Le Douarin

Volailles de chair - S´installer est difficile mais pas impossible

S´installer en aviculture sans un minimum d´expérience, sans un apport personnel, sans un partenaire solide et sans beaucoup de motivation rend l´installation périlleuse sinon impossible.

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Tout le monde s´accorde sur le fait que le métier d´aviculteur attire peu de postulants. Et pour cause. Le monde avicole leur renvoie des images de productions en crise. Ils lisent des articles et entendent des messages alarmistes sur les rémunérations.
Ils constatent les niveaux d´investissements nécessaires (150 à 200 euros/m2 en neuf), les contraintes de travail fortes liées à l´élevage et déphasées par rapport à d´autres professions... Dans ces conditions, en effet, il faut être vraiment motivé pour vouloir en faire sa profession.
A partir des résultats moyens de l´enquête annuelle des chambres d´agriculture, triés en fonction de l´âge des bâtiments, Christian Delabrosse fait chaque année une approche de la rentabilité d´une installation.
Les installations d´éleveurs directement avec du bâtiment neuf sont de plus en plus difficiles. ©P. Le Douarin

Une rentabilité plutôt négative
La simulation porte sur un poulailler récent en cours d´amortissement et sur un poulailler acheté d´occasion et rénové. Parmi les hypothèses retenues, l´éleveur bénéficie d´un financement à 100 %. Globalement, quelles que soient les productions, il apparaît plutôt difficile de dégager un solde et suffisant pour assurer la rémunération du travail (et les charges MSA) tout en générant une capacité à réinvestir. Les soldes ne sont positifs que dans le cas d´une reprise de poulailler, en canard de chair (9,75 euros/m2) et en poulet label (8,64 euros/m2). Si malgré l´obstacle de la faible rentabilité, les candidats les plus tenaces s´obstinent, il est souvent dit que les banquiers se détournent de la volaille.
Pas du tout, assurent le Crédit agricole et le groupe Banques Populaires. Pour Yann Guezel, de la Banque Populaire Atlantique (BPA), « aucun secteur agricole n´est inscrit sur une liste rouge. Toutes les productions nous intéressent, dès l´instant que les agriculteurs se révèlent être de vrais chefs d´entreprises. » Ce que souhaitent les banques, ce sont des partenaires économiques capables de durer, en s´adaptant aux aléas techniques et économiques. Sachant que la capacité à dégager plus de revenus dépend du niveau des performances techniques, nous avons demandé à Christian Delabrosse de recalculer le solde disponible sur la base des résultats de 50 % des meilleurs bâtiments de chaque catégorie.
Effet levier des performances
Alors, le solde devient toujours positif, mais plutôt bas avec de la volaille standard.
« Il faut se donner les moyens pour être dans la tranche supérieure », souligne l´ingénieur. Et de citer la conjonction d´une solide formation théorique et pratique, d´une analyse approfondie de la rénovation ou de la construction, du choix d´un partenaire économique à même d´assurer à la fois, la fourniture régulière de matières premières de qualité, des débouchés sûrs et un contrat attractif.
L´installation en occasion serait donc jouable pour un candidat motivé.
On peut gagner de l´argent avec l´aviculture. Toujours selon l´enquête des chambres d´agriculture, l´hétérogénéité des résultats techniques et économiques est importante.
En se basant sur le critère du solde disponible, 19,4 % des bâtiments ont un solde négatif. Soixante-trois pour cent dégagent entre 5 et 20 euros de solde et à l´opposé 17,7 % dégagent plus de 20 euros par m2 et par an. Pour une UTH fixée à 2500 m2 - surface discutable compte tenu des concentrations en cours - cette dernière catégorie disposera d´au moins 50 000 euros pour se rémunérer et réinvestir.

Candidats expérimentés et argentés
De nos jours, la donne est claire : il vaut mieux être performant et spécialisé. C´est la raison pour laquelle ce sont les éleveurs du premier tiers, expérimentés et avec une partie des outils amortis qui s´agrandissent. « En aviculture chair, les demandes pour une création se font rares, explique la BPA. Nous sommes d´abord sollicités pour des agrandissements ou des consolidations d´affaires en place. »
Sans l´afficher publiquement, les opérateurs misent sur eux pour racheter et rénover des poulaillers, ou pour en construire, sachant que l´équilibre économique sera calculé sur l´ensemble amorti ou non. L´installation est de moins en moins un parcours linéaire passant par les cases un peu trop formatées des stages, des études prévisionnelles d´installation, de la DJA, des prêts JA... « Aujourd´hui, j´aurais du mal à prêter un million à un jeune d´à peine 21 ou 22 ans, frais émoulu d´une formation initiale et qui voudrait monter 4000 m2 de poulaillers sans le moindre apport personnel » souligne Yann Guézel de BPA. Un des éléments de la décision est l´apport qui « démontre la motivation du candidat ». Compte tenu du niveau d´autofinancement demandé, le candidat retenu est plus âgé, plus expérimenté, et plus sûr.
« Avec le nombre de dossiers que nous examinons, nous arrivons à nous faire une opinion à peu près juste de leur probabilité de réussite. Nous faisons un métier où il faut minimiser les risques d´échecs dans l´intérêt du client », conclut le responsable BPA

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