Réussir Aviculture 09 mars 2018 à 18h00 | Par P. Le Douarin

Vaste fraude à la salmonelle au Brésil

Le groupe brésilien BRF est accusé de trafiquer ses résultats d’analyses pour pouvoir exporter ses poulets dans une douzaine de pays.

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Bien connu pour ses marques Sadia et Perdigao, BRF exporte dans plus de cent pays.
Bien connu pour ses marques Sadia et Perdigao, BRF exporte dans plus de cent pays. - © BRF

Le plus grand exportateur mondial de volailles est à nouveau la cible de la police fédérale brésilienne. Juste un an après l’opération « carna fraca » (viande avariée), l’opération « trapaça », pour tricherie, a été lancée lundi 5 mars. Dans quatre états (Sao Paolo, Santa Catarina, Rio Grande do sul et Goiás) des mandats judiciaires ont été lancés à l’encontre de 91 personnes, dont l’ex PDG de BRF qui a été emprisonné.

 

Il leur est reproché d’avoir organisé une fraude à grande échelle portant sur les résultats d’analyses de salmonelles. Et cela sur quatre sites : trois abattoirs de volailles et une usine d’aliments de volailles. Cinq laboratoires d’analyses seraient aussi concernés, deux internes à BRF et trois d’une société française agréée par le ministère de l’agriculture. Celle-ci a nié son implication.

 

Maquillage des contrôles internes


Les fraudes concernent des produits de volailles qui étaient destinés à douze pays exigeant l’absence de salmonelles, dont la Chine, l’Afrique du sud et l’Union européenne. Dans l’UE, les préparations ne doivent contenir aucune salmonelle (Salmonella spp.), tandis que pour les viandes l’interdiction concerne S.enteritidis et S.typhymurium. Selon l’ancienne responsable d’un des deux laboratoires BRF (de 2006 à 2014) qui a dénoncé ces pratiques, 40 à 70 % des analyses mensuelles de l’abattoir de Rio Verde (Etat du Goias) révélaient la présence de salmonelles. Elle avait ordre de les maquiller au service d’inspection fédéral pour rester en dessous du maximum autorisé.

 

En 2017, les autorités du Brésil ont reçu 410 notifications de présence de salmonelle spp. Au 9 mars, le portail européen d’alerte sanitaire (Rasff) faisait état de 186 rejets de marchandises en 2017 pour cause de salmonelles.

 

Selon l’association des abatteurs européens de volailles (Avec), ce sont 303 lots brésiliens qui ont été refusés pour non-conformité. Ils correspondent à 11% des containers réceptionnés. Or, tous ceux qui arrivent ne sont pas vérifiés comme le voudraient les professionnels européens. En revanche, selon l’Avec le taux de contrôle est passé de quelques pourcents avant mai-juin, à 50 % durant l’été (sous l’effet de l’opération « viande avariée ») et retombé à 25%. Depuis le début de l’année, 26 refus d’importation ont été notifiés. « C’est inquiétant, dans la mesure où les brésiliens disent avoir pris toutes les précautions depuis mars 2017 », souligne Paul Lopez, le président de l’Avec.

 

Des suites à attendre


Dès l’annonce de l’opération, les trois abattoirs de volailles ont été interdits d’exportation par les brésiliens. Le ministère de l’agriculture minimise les impacts de la fraude en indiquant qu’aucune des salmonelles incriminées (ni S.enteritidis, ni S.typhymurium) ne présente de risque pour la santé publique et que ces bactéries sont communément rencontrées dans les intestins des oiseaux. Le Brésil tolère d’ailleurs que 20% des échantillons en contiennent.

 

De son côté, la Commission européenne a demandé des éclaircissements rapides aux autorités brésiliennes. Au même moment, un rapport de visite d’inspection réalisée au Brésil par l’office vétérinaire européen (OAV) est sur le point d’être publié. De plus, une délégation d’eurodéputés doit se rendre début avril au Brésil pour visiter des usines de transformation de viandes.

 

Les investisseurs ont fortement réagi à cette nouvelle péripétie de BRF, déjà englué dans une affaire de corruption politique à un très haut niveau. L’action a dévissé de 20 % à la Bourse de Sao Paolo, entrainant également dans son sillage d’autres entreprises du secteur (JBS, Marfrig, Minerva, Minupar), avec une perte de valeur estimée à 1.6 milliards d’euros (dont 80% pour BRF).

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