Réussir Aviculture 28 mars 2017 à 08h00 | Par Armelle Puybasset

Un forage bien conçu et bien entretenu

Loïc Fulbert du GDS 53, intervenant au forum de l’eau de Mixscience, a rappelé les points clés dans la mise en ½uvre et l’entretien d’un forage qui garantissent une eau brute de qualité.

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La tête de forage doit être bien protégée par une cimentation et un drainage du fond. La buse est couverte.
La tête de forage doit être bien protégée par une cimentation et un drainage du fond. La buse est couverte. - © GDS 53

Êtes-vous sûr de la qualité de votre captage privé ? Au fil des ans, l’eau de forage est devenue la source d’abreuvement majoritaire des élevages de l’Ouest. Moins coûteuse que l’eau du réseau, elle est préférée aux eaux de puits, aux débits souvent insuffisants et plus sujets à une contamination par les polluants de surfaces (virus, bactérie, matières organiques…). L’eau de forage provient de nappes souterraines de 30 à 150 mètres de profondeur, là où toute vie biologique est quasiment inexistante. Pour autant, cela ne donne pas la garantie d’avoir une eau de qualité bactériologique irréprochable en sortie de forage. « La qualité des eaux est très variable", a confirmé Loïc Fulbert, du GDS de la Mayenne. Les résultats d’analyses réalisées par le GDS 53 indiquent une eau brute de forage non potable au niveau bactériologique dans près d’un cas sur cinq. « Cela résulte d’une contamination par les eaux superficielles, le plus souvent due à une mauvaise conception du captage. » Les forages sont des ouvrages d’eaux assez récents (moins de 30 ans) mais une grande partie a été réalisée avant la législation de 2003 imposant une demande d’autorisation et des normes de construction. Beaucoup de forages anciens font l’objet de malfaçons, dont la plus critique est l’absence de cimentation. « Un bon forage doit respecter deux règles fondamentales : descendre jusqu’aux eaux profondes et s’isoler des eaux non profondes. »

Infiltration d’eau superficielle due à l’absence de drainage de la tête de forage.
Infiltration d’eau superficielle due à l’absence de drainage de la tête de forage. - © GDS 53

Un forage bien conçu est cimenté

Lors du chantier de construction, le tube de forage doit être isolé des couches traversées par un anneau cimenté. « C’est essentiel pour empêcher la pénétration des bactéries présentes dans les couches supérieures du sol. Il consiste à poser un joint d’étanchéité à 15-20 mètres de profondeur et à combler par du ciment liquide l’espace annulaire entre le pré-tubage et le tube de forage. »

Un essai de pompage est réalisé lors du forage pour déterminer son débit naturel qui fixe le débit de la pompe (étape obligatoire pour les débits de moins de 5 m3/h). Ce dernier doit être inférieur au débit critique du forage pour éviter de dénoyer les entrées d’eau. « Le risque est d’amener de l’oxygène qui va progressivement précipiter le fer et provoquer un colmatage des fissurations du sol et à terme une baisse de débit. »

La tête de forage doit être bien protégée. Pour éviter toute contamination par des eaux souillées, le forage doit être suffisamment éloigné des bâtiments (anticiper un éventuel agrandissement) et des parcours. Située sur une parcelle enherbée, la buse dépasse du sol pour ne pas être immergée par ruissellement. Elle est recouverte d’un couvercle. La tête de forage est entourée d’un fond cimenté.

Un captage surveillé et bien entretenu

Contaminée lors du chantier, l’eau brute contenue dans l’ouvrage doit être préalablement désinfectée avant utilisation. Le traitement consiste en trois désinfections successives à une semaine d’intervalle. Le désinfectant doit être compatible avec les caractéristiques physico-chimiques de l’eau brute. Il s’agit en général de péroxyde d’hydrogène et d’acide péracétique (éviter le chlore sur une eau ferrugineuse). Une analyse chimique et bactériologique complète est nécessaire pour cibler les traitements permanents à mettre en place. Signature des couches géologiques traversées, les eaux de forage sont généralement riches en fer et en manganèse. Des caractéristiques qui doivent également être prises en compte.

Avec le vieillissement, du fer va se déposer à l’intérieur de la pompe et des canalisations de refoulement. Le dépôt sera accéléré avec des teneurs supérieures à 1 ou 2 mg/litre de fer. « L’éleveur doit s’alerter dès lors qu’il constate des baisses régulières de 30 à 40 % de débit. » La solution consiste à solubiliser les oxydes de fer dans un bain d’acide chlorhydrique en circulation (opération réalisée par un professionnel).

Les canalisations d’eau entre la pompe de forage et le bâtiment vont s’encrasser avec le temps et nécessitent également un entretien régulier : nettoyage mécanique par alternance d’air comprimé et d’eau ou à l’aide d’un furet, nettoyage chimique adapté à la nature du dépôt et désinfection en circulation ou stagnation.

Une rentabilité au cas par cas

Loïc Fulbert a évalué l’intérêt économique d’utiliser une eau de captage privé. En prenant le cas d’un élevage de poulets standard de 3100 m2, consommant 3100 m3 d’eau par an, le coût d’amortissement et d’entretien d’un puits bien conçu (sans traitement) est de 0,40 euro/m3 contre 1,30 à 1,80 euro/m3 pour l’eau du réseau (prix moyen en Mayenne). Il est de 0,70 euro dans le cas d’un forage avec système de chloration et de 1,05 euro (voire 1,3 à 1,40 euro) avec un traitement plus complexe.
Le coût d’un forage est très variable, selon l’implantation géologique et le type de roches à forer (de l’ordre de 7000 à 11 000 euros pour l’ensemble forage et pompage).

- © Infographie Réussir

Bien évaluer la capacité nécessaire du forage

L’installation de forage doit être adaptée aux besoins de consommation d’eau de l’élevage, en intégrant les pics d’utilisation. Un élevage de 100 000 poules pondeuses consomme en moyenne 20 m3/jour (3,4 m3/jour pour un bâtiment de chair de 1 000 m2). « Lors du pic de consommation à 35 jours, un lot de poulets de chair dans 1 000 m2 boit 400 à 500 litres d’eau par heure, » indique Nicolas Quilleré, responsable technique volaille de chair d’Avril. « Avec la brumisation, on double la consommation d’eau, soit 500 à 800 l/h supplémentaires !" Des chiffres dont il faut bien tenir compte dans son installation de forage, pour éviter tout risque de sur- ou sous-dimensionnement.en intégrant les pics d’utilisation. Un élevage de 100 000 poules pondeuses consomme en moyenne 20 m3/jour (3,4 m3/jour pour un bâtiment de chair de 1 000 m2). « Lors du pic de consommation à 35 jours, un lot de poulets de chair dans 1 000 m2 boit 400 à 500 litres d’eau par heure, » indique Nicolas Quilleré, responsable technique volaille de chair d’Avril. « Avec la brumisation, on double la consommation d’eau, soit 500 à 800 l/h supplémentaires !" Des chiffres dont il faut bien tenir compte dans son installation de forage, pour éviter tout risque de sur- ou sous-dimensionnement.

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