Réussir Aviculture 27 août 2002 à 18h10 | Par Pascal Le Douarin

Sécurité dans les élevages - Plus de deux mille silos dangereux en Bretagne

Selon une enquête de la Chambre régionale d´agriculture,
3 % des 70 000 silos d´aliments du bétail bretons sont dangereux et devraient être remplacés dans les meilleurs délais.

Abonnez-vous Réagir Imprimer

Les presque 10 millions de tonnes d´aliments du bétail fabriquées en Bretagne chaque année représentent environ 950 000 livraisons annuelles. La rubrique « faits divers » des journaux enregistre en moyenne un accident mortel par an, lié à une électrocution du chauffeur après contact avec une ligne électrique, sa chute du silo ou l´écrasement par écroulement du silo tout juste rempli. Un mort de trop... Quant au nombre d´accidents corporels, il n´est pas connu, mais les anecdotes d´échelle ou de crinoline qui se détachent ne manquent pas.


Faire de la prévention n´était pas dans l´air du temps
En 32 années d´activités, Jean-Michel Cadoret, chauffeur de camion d´aliment, n´a jamais eu d´accident. Pourtant il aurait pu .... « Dans le groupe Unicopa où je travaille, la prise de conscience a vraiment eu lieu à partir de 1985 avec l´électrocution d´un collègue. Après cela, la coopérative nous a équipé de boîtiers de commande portables et a fait de l´information auprès des éleveurs. A l´époque, les accidents du travail en milieu agricole étaient considérés comme une fatalité. Faire de la prévention n´était pas dans l´air du temps. Il a fallu batailler ferme pour faire déplacer les lignes électriques hors de portée des aires de livraison. » Ces propos sont renforcés par ceux de Jo Pennors, représentant des salariés à la Chambre régionale d´agriculture de Bretagne. « Jusqu´à présent, on n´a pas assez pris en compte la sécurité dans les exploitations. Désormais nous allons sensibiliser les agriculteurs. » Dans cette optique, une charte de sécurisation a été signée avec les fabricants d´aliment et les partenaires comme EDF, MSA, DDE, Groupama, Inspection du Travail... en septembre 1999.
©P. Le Douarin

La tôle est le principal facteur de risque
En janvier 2002, la Chambre régionale a réalisé un état des lieux partiel du parc de silos. Il s´agissait pour 57 chauffeurs de 7 entreprises fabriquantes, de faire un point précis sur les silos et greniers livrés. Il ressort que 56 % des silos ont plus de 15 ans et que 58 % d´entre eux sont en tôle. Or, au-delà de dix ans, un silo métallique devrait être sablé et repeint. Qui le fait?
34 % ne possèdent pas de système d´ouverture du couvercle à partir du sol, ce qui oblige le chauffeur à faire deux montées et descentes à chaque livraison. Au total sur 100 silos, 24 sont jugés "moyens" (traces de rouille) et 10 "médiocres ou dangereux". Parmi les 3 % dangereux, 9 sur 10 sont en tôle, ont plus de 15 ans, et nécessitent d´ouvrir le couvercle manuellement du haut du silo. Plus d´un silo sur cinq en tôle, âgé de plus de 15 ans et sans trappe fonctionnelle est dangereux. En définitive plus de 2 000 silos sont à changer en priorité.
©P. Le Douarin

L´éleveur est pénalement responsable
Si la corrosion est la cause majeure des accidents, elle n´est pas la seule : abords du silo non nettoyés et glissants, proximité d´une ligne électrique (réglementairement il faut au moins 3 mètres), mauvaise fixation du couvercle ou de l´échelle... Parfois la conception du silo peut provoquer l´accident : démontage malaisé du couvercle placé à l´opposé de l´échelle mal positionnée.
Pourtant, la prévention existe. Les chauffeurs avertissent les responsables sécurité de leur entreprise si un silo leur semble dangereux. Ce dernier vient évaluer la situation et demander des améliorations, faute de pouvoir les exiger en l´absence de réglementation et de normes de construction. Il existe encore quelques trop nombreux irréductibles. Ceux-ci pourraient pourtant prétendre à des aides à l´investissement dans le cadre de chartes sanitaires (deuxième silo en volailles), d´un CTE ou de la charte pour une agriculture pérenne, sachant que les conditions de travail sont prises en compte. L´exploitant agricole ne peut être forcé à changer son silo, même si celui-ci est jugé dangereux. Mais il sera pénalement responsable en cas d´accident. Alors, faut-il risquer la mort pour 3 500 euros (1) ?

(1) Prix moyen d´un silo polyester : de 22 à 25 m3 : 3 500 à 4 000 euros H.T. livré et posé.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Réussir Aviculture se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Question du mois

Pourrait-on ouvrir le capital des élevages pour permettre d’investir ?

Répondez à la question

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 20 unes régionales aujourd'hui