Réussir Aviculture 12 janvier 2018 à 08h00 | Par Pascal Le Douarin

S'installer hors cadre, c'est possible

De moins en moins familiale, la transmission des élevages de chair bretons se corse. Les candidats hors cadre sont difficiles à attirer et leur parcours d’installation s’avère ardu.

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Les organisations de production veulent capter les porteurs de projet et les accompagner". Sur la photo, Guillaume Lucas s'est installé hors cadre familial en 2016.
Les organisations de production veulent capter les porteurs de projet et les accompagner". Sur la photo, Guillaume Lucas s'est installé hors cadre familial en 2016. - © A. Puybasset

La reconquête du marché français de la volaille conventionnelle repose sur les épaules du Grand Ouest, et notamment de la Bretagne qui s’appuie sur ses outils industriels, ses élevages et sa culture de la volaille standard. Pour mémoire, malgré un recul de
- 3,3 %, les abattoirs bretons ont encore fourni 518 000 tonnes en 2016, toutes volailles confondues. Presque un tiers des volumes nationaux. Avec le rachat récent des outils de Glon-Sanders et de Doux, le renforcement de l’implantation bretonne du leader national LDC se veut le signe d’un nouvel élan. Mais, il arrive après une décennie d’incertitudes : doutes sur la pérennité du grand export (toujours d’actualité), faillites (Bourgoin, Unicopa, Tilly-Sabco pour les plus emblématiques), plans de cessation d’élevages, perte de la compétitivité du poulet frais. Durant ces années, les rentabilités des élevages se sont amenuisées. Ce passage à vide a laissé des traces dans la mémoire agricole collective. Il a dissuadé des enfants de reprendre la suite de leurs parents. Selon une étude de la chambre d’agriculture de Bretagne, entre 2000 et 2008 la région avait perdu 38 % de ses exploitations avicoles et 32 % de ses surfaces. En 2008, 40 % des aviculteurs avaient plus de 50 ans et moins de 20 % moins de 40 ans. En 2010, la moitié des exploitations (environ 1500) étaient concernées par la succession, avec une transmission assurée dans un cas sur cinq (contre une sur trois en agriculture). Le constat est globalement le suivant : un parc breton toujours important mais vieillissant, des éleveurs âgés dont un nombre conséquent (non chiffré) sans repreneur familial. La pérennité automatique des élevages de chair bretons n’est plus garantie. Les industriels de la volaille et leurs fournisseurs de vif privés ou coopératifs ont conscience de l’enjeu. Leurs solutions ne sont pas nouvelles : sécuriser le débouché avec la contractualisation et réduire les charges fixes des ateliers avec des aides suffisamment incitatives, voire apporter des garanties supplémentaires. Moyennant quoi, l’installé s’engage à l’exclusivité durant un certain nombre d’années. Dans le cas d’une transmission non familiale, le candidat retenu par l’OP doit aussi faire preuve d’une forte motivation et si possible d’expérience.

Un manque de visibilité du secteur avicole

Malgré les incitations financières qui s’accroissent, les organisations de production peinent encore à trouver les porteurs de projet pour qui être aviculteur n’était pas une évidence. Tout d’abord, le gisement est faible. Environ une quarantaine de personnes par an s’inscrivent au dispositif du Répertoire départ installation (RDI) avec autant de cédants inscrits. Parce que le secteur est très largement méconnu (canard et multiplication notamment) ; il est peu enseigné en lycée agricole ; il a une mauvaise image et il est victime de clichés (sous-traitance, dépendance, mauvaise rentabilité, actualité des entreprises…) résultant pour une bonne part d’un manque de communication externe. Et contrairement aux secteurs laitiers et porcins, l’aviculture a très peu de salariés pouvant devenir de futurs repreneurs ou associés. Selon le RDI, 65 % des installés agricoles aidés ont été antérieurement salariés agricoles. Les conseillers en transmission-installation évoquent aussi les décalages entre les attentes de candidats externes plutôt intéressés par la recherche de « naturalité » (bio, plein air, vente directe).

De nombreux obstacles à surmonter

Tous les candidats intéressés n’iront pas au bout d’un projet pour lequel ils peuvent activer les dispositifs d’accompagnement à l’installation aidée (Point accueil installation), les agences spécialisées (Quatuor transactions, Altéor transaction), les organisations économiques, leur réseau personnel… Il leur faut d’abord trouver une exploitation compatible avec une vie personnelle déjà engagée (lieu de vie) et des attentes de revenu (vie de famille). Pour ceux visant la spécialisation, le chemin passe très souvent par une reprise avec remise à niveau, servant de point d’appui à un agrandissement. Enfin, une fois l’élevage disponible (concurrence avec des installés) et le cédant convaincu (importance du relationnel), le repreneur doit trouver un financeur et une organisation de production, surtout s’il manque d’expérience avicole. Peut-être devra-t-il d’abord se former ou travailler dans le secteur, ce qui n’est pas si simple… Sans parler des formalités administratives et réglementaires souvent longues et complexes à maîtriser. Le banquier et l’organisation de production sont décisifs. La banque a tendance à valider le projet seulement si l’OP s’engage (contrat, aide…). Et celle-ci soutient le projet en fonction de ses propres objectifs. Deux jeunes installés, Guillaume et Vincent, illustrent ce parcours d’obstacles, en témoignant de leur réflexion, de leur persévérance et de leur engagement. Ce parcours concrétisé devrait leur permettre de devenir les entrepreneurs de demain. L’aviculture bretonne a tout intérêt à accueillir de nouveaux arrivants, ne serait-ce que pour éviter la création de "dynasties" à la tête de très grandes structures. Ce qui nécessitera encore des efforts pour aller les chercher, plutôt que de les attendre.

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