Réussir Aviculture 26 mars 2007 à 14h44 | Par Propos recueillis par Pascal Le Douarin

Roland Burban* - « Les éleveurs de ponte ne veulent pas payer les pots cassés »

La baisse des tarifs négociés en 2006 par les opérateurs de l´oeuf coquille auprès des centrales d´achat ne doit pas se solder par un appauvrissement général de la filière, estime le président de l´Union des groupements de producteurs d´oeufs de Bretagne.

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Alors que les coûts de production augmentent, que l´offre d´oeufs diminue en France et en Europe, une baisse des prix est pratiquée auprès de la grande distribution par les cinq opérateurs principaux de l´oeuf coquille.
Jugez-vous cette baisse des prix « normale » ?
Roland Burban - Ni normale, ni saine. Une fois de plus, la grande distribution a fait pression sur les opérateurs. Avec succès, puisque cette baisse des prix va jusqu´à atteindre 15 %. Le fait que les opérateurs de l´oeuf coquille se divisent a accentué cette pression. C´est le jeu des chaises musicales avec 4 sièges pour 5 postulants. C´est une guerre fratricide de prise de parts de marché que nous déplorons. Avec parfois le sentiment que la profession elle-même brade son produit, alors que tous les indicateurs devraient encore pousser les cours à la hausse : diminution de l´offre depuis mi-2005, augmentations durables des postes aliment, énergie, main-d´oeuvre. L´effet ciseau de la hausse des charges et de la baisse des prix de ventes est hélas bien connu. Nous, producteurs, disons qu´il faudrait une politique de prix qui ne soit pas systématiquement à la baisse. L´UGPVB leur a écrit le 19 février dernier. Au final, c´est le producteur qui sera la victime de telles pratiques. Les oeufs destinés au marché coquille ne sont pas les seuls concernés. Ceux destinés aux ovoproduits connaissent une situation similaire bien que les intervenants, plus nombreux, ne soient pas les mêmes.
Cet argent perdu par tous les opérateurs, à qui profite-t-il ?
R. B. - Pas aux opérateurs qui perdent tous de l´argent, donc l´ensemble de la filière sur laquelle il peut y avoir des répercussions. La fermeture annoncée d´un centre de conditionnement breton d´oeufs alternatifs appartenant au groupe Appro est un des signes annonciateurs de cet appauvrissement conduisant à des restructurations qui sacrifient les maillons les plus faibles. J´espère que la plupart de ces éleveurs alternatifs remerciés pourront trouver de nouveaux partenaires pour leurs oeufs, même si le secteur plein air semble en état de surproduction. La baisse ne profite pas non plus aux éleveurs vers lesquels les pertes seront tôt ou tard répercutées, comme le montre l´exemple cité, alors que des hausses auraient été nécessaires. Pour le moment, le cas costarmoricain est fort heureusement un cas isolé, mais jusqu´à quand ? Et surtout pas au consommateur qui continuera à payer ses oeufs au même prix. En définitive, et une fois de plus, la grande distribution en sort la grande gagnante. Depuis longtemps, l´oeuf est un des produits alimentaires qui apporte le plus de marge aux GMS.
La filière bretonne est-elle plus ou moins menacée que d´autres régions par ces baisses de prix ?
R. B. - Rappelons les meilleurs atouts de la Bretagne : un savoir-faire certain, des élevages de taille familiale divisant les risques sanitaires, et des structures économiques performantes. Mais un gros handicap existe : l´éloignement des grands bassins de consommation. C´est un des plus grands risques qui guette la Bretagne. C´est pourquoi nous devons faire en sorte d´être très compétitifs dans les autres compartiments. Compte tenu de la pyramide des âges des éleveurs (moyenne proche de la cinquantaine) et de l´application de la norme bien-être pour 2012, une restructuration des élevages se produira inévitablement : regroupements, cessations, agrandissements, et aussi des ventes de droits à produire. La mise aux normes des élevages sera très difficile, sans des aides des pouvoirs publics français et européens et sans un étalement dans le temps. Enfin, il nous faudra trouver des repreneurs intéressés et en mesure d´investir dans des outils de plus en plus onéreux. A nous d´imaginer comment s´y prendre d´ici là.
* Roland Burban, âgé de 48 ans et producteur d´oeufs à Lauzach (56), détient un cheptel de 66 000 poules. Auparavant vice-président, il est le tout nouveau président de la section oeufs de l´Union des groupements de producteurs de viande de Bretagne (UGPVB). Il est aussi vice-président de son groupement (Armor oeufs), président d´un groupement d´employeurs et adjoint de sa commune.

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