Réussir Aviculture 27 juin 2018 à 11h00 | Par Pascal Le Douarin

Renaissance en Centre-Val de Loire

Région avicole intermédiaire, le Centre-Val de Loire sort de dix ans de décroissance et se mobilise pour retrouver une dynamique.

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Un site de trois poulaillers de 1600 m2 émerge à Ennordres.
Un site de trois poulaillers de 1600 m2 émerge à Ennordres. - © P. Le Douarin

Septième région par sa superficie (39 151 km2), mais première en SAU (2,31 millions d'ha), la région Centre-Val de Loire est plus connue pour ses châteaux, pour ses grandes cultures (en Beauce et Champagne berrichonne) et pour ses vins que pour ses productions de volaille chair ou d'oeuf. En la matière, avec 4 % de la production nationale, elle se classe au septième rang, « mais la volaille est la première viande régionale, souligne Hélène Prévéral, animatrice de l'Interprofession régionale (Criavi). Certes, nous sommes un Petit Poucet, mais qui représente 240 millions d'euros en valeur agricole, 1600 emplois salariés et 110 00 tonnes de viandes blanches, porc et lapin compris. » Selon les services agricoles, en 2016 il s'y est produit environ 390 millions d'oeufs de consommation (1,5 million de poules), 6,9 millions de dindes et 44,2 millions de poulets, le canard de chair et la pintade restant anecdotiques.

La dinde surreprésentée en Val de Loire

La région compte 45 abattoirs agréés CE. Les trois premiers de taille industrielle appartiennent au groupe LDC. Dans le Loir-et-Cher, Servais abat et transforme 210 à 220 000 poulets standard par semaine et Volabraye environ 60 000 dindes. Dans le Cher, Blancafort tue et découpe 40 000 dindes par semaine. Le quatrième est Ronsard Île de France, près de Chartres, dans l'Eure-et-Loir, spécialisé dans le poulet de qualité label et type fermier, avec environ 70 000 têtes par semaine. Ensuite, on trouve quatre entreprises axées surtout sur le poulet différencié, avec des volumes jusqu'à 20 000 têtes par semaine : Auvray et Ferme du Luteau-Péricat dans le Loiret, Ménard et Sergent dans le Loir-et-Cher. Les volumes abattus en 2017 sont de 21 000 tonnes d'équivalent carcasse en poulet et de 37 000 tec en dinde (1). Le volume de poulet a été divisé par deux depuis 2008, suite à la disparition de sites (Doux-Le Chatelet en 2008, Volabel en 2009, Gauthier en 2010- 2011, Sanders-Boynes en 2013). Par contre, l'abattage de dinde s'est renforcé avec Volabraye qui a investi et Blancafort qui est reparti en croissance depuis 2015.

Un déficit structurel en surfaces

Plus en amont, le maillon accouvage se réduit désormais à un seul couvoir de poussins conventionnels, celui de Sanders à Amilly, dans le Loiret, hormis le couvoir pintade Galor d'Amboise, dans l'Indre-et-Loire. Quant au maillon aliment, deux fabricants subsistent : Sanders à Clémont, dans le Cher, et le groupe coopératif Axéréal avec quatre sites sur trois départements. Selon le Snia, en 2017 les tonnages ont atteint 44 000 tonnes en poulet (dont 51,6 % en fermier) et 37 000 t en dinde, confirmant qu'une partie de l'aliment vient d'ailleurs. Par rapport à 2010, l'aliment poulet a reculé de 43 % en fermier et de 82 % en standard (« effet Doux »), tandis que la dinde a reculé de 26 %. Ces évolutions traduisent la baisse du maillon élevage. Le recensement de 2010 listait 733 exploitations professionnelles de chair pour 749 000 m2 (moins 31 % par rapport à 2000). Dans son enquête annuelle sur le parc chair, l'Itavi note une évolution nette (constructions moins disparitions) négative depuis 2001, sauf en 2013 et en 2016. Néanmoins, après un gel entre 2005 et 2011, les constructions repartent depuis 2012. Selon l'ATM volailles de chair, au mois d'avril le nombre d'adhérents à l'équarrissage était de 483, dont 43 % hors conventionnel (bio, label rouge, certifié, type fermier, indépendant).

Une relance appuyée par la collectivité et les entreprises

Des éleveurs vieillissants, un parc diminué et en perte de compétitivité : l'élevage est le talon d'Achille de la région qui a pourtant besoin d'alimenter ses abattoirs. Il y a un urgent besoin de sang neuf. « À condition d'aimer s'occuper d'animaux et de s'y investir, la volaille s'associe très bien aux grandes cultures, argumente Hélène Prévéral. Elle contribue à développer la résistance de systèmes d'exploitation aujourd'hui bousculés. » C'est un argument à faire valoir dans ce grenier à blé durement affecté par des prix au plancher et les aléas climatiques. À condition de donner un coup de pouce incitateur. C'est ce qu'a défendu et obtenu l'interprofession régionale en mettant en avant la complémentarité entre végétal et animal, ainsi que l'impact sur l'emploi. Depuis 2008, elle a conclu des programmes d'actions régionaux, les « Cap filière viande blanche », notamment pour accompagner la rénovation et la création d'élevages. Le Cap 2017-2020 mobilise 3,25 millions d'euros de la Région, dont 3 pour les éleveurs, sachant qu'aujourd'hui 85 % vont à la volaille. « C'est autant que la filière grandes cultures », souligne Guillaume Gonet, le président du Criavi, multiplicateur dans le Loir-et-Cher. Ce montant est complété par l'Europe et l'État, normalement à hauteur de 6 millions d'euros, et par des aides des entreprises partenaires. L'objectif est de susciter 70 millions euros d'investissement en élevage (100 000 m2 en volailles standard et de 20 000 m2 en label rouge) auxquels devront s'ajouter 65 millions d'euros des entreprises investis localement. Avec des besoins exprimés par l'aval, des perspectives de rémunérations stables et durables, ainsi que des accompagnements conséquents, c'est maintenant la fenêtre de tir pour redonner un second souffle à l'élevage avicole du Val de Loire.

- © Infographie Réussir
- © Infographie Réussir

(1) Plus 26 tonnes de canard et 465 tonnes de pintade.

La filière blanche garde le Cap

Associées depuis dix ans, les trois filières à viande blanche (lapin, porc et volaille) se serrent les coudes au niveau régional pour mobiliser des fonds et lancer des actions collectives. Outre l’objectif d’atteindre 120 000 m2 de créations avicoles en quatre ans, ce qui est envisageable au vu des bilans intermédiaires (58 000 m2 en deux ans), le Criavi s’active sur d’autres sujets. Depuis 2012, il a créé un Fonds de garantie de 1,5 million d’euros abondé par la Région, la Siagi (société de caution mutuelle) et les filières agricoles (céréales, porc, volaille). Il cautionne les porteurs de projets qui ne peuvent ni hypothéquer, ni apporter assez de cautions personnelles. Ce fonds a suscité une vingtaine de millions d’investissements (dix projets portés par des jeunes en 2017). Il faut également préserver et transmettre l’existant. Outre la rénovation, le Criavi lance une action sur l’accompagnement des cédants proches de la retraite, avec l’objectif de pérenniser l’atelier avicole. Par ailleurs, le Criavi a l’intention d’occuper le terrain de la communication et des controverses antiélevage. « Nous devons remettre l’éleveur au centre du débat », souligne l’animatrice.

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