Réussir Aviculture 21 mars 2018 à 17h00 | Par Armelle Puybasset

Reconnaître les vers qui infestent les volailles

La pathogénicité des helminthes est liée à l’espèce, à sa charge parasitaire et à sa localisation dans le tube digestif. Jean-Michel Répérant, de l’Anses, rappelle l’importance de bien les identifier pour mieux s’en protéger, dans un contexte de développement des productions plein air.

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Avec l'accès au parcours, le risque de contamination par les  vers intestinaux augmente.
Avec l'accès au parcours, le risque de contamination par les vers intestinaux augmente. - © A. Puybasset

Les vers infestant les intestins des volailles mériteraient d’être surveillés de plus près. Car, selon les remontées du terrain, ils pourraient rapidement devenir une problématique sanitaire majeure pour les productions alternatives. Tous ne sont pas pathogènes mais selon l’espèce et leur nombre, ils peuvent induire des retards de croissance, une dégradation de l’indice de consommation, de la diarrhée jusqu’à de la mortalité. « Avec l’accès au parcours extérieur, le risque de contamination augmente. En pondeuse, il croît aussi avec le développement des élevages au sol et en volières, d’autant plus que la durée de vie de ces parasites est longue, que leur charge augmente au cours du temps et que leurs œufs sont résistants jusqu’à un an voire plus dans l’environnement », explique Jean-Michel Répérant, expert en parasitologie à l’Anses de Ploufragan. L’enquête Synergie réalisée en 2015 dans 85 élevages de poulets bio avait montré un taux de portage de près de 59 % d’Ascaridia et/ou d’Heterakis. Il s’agit des deux espèces les plus communément recherchées mais il existe en réalité une plus grande variété d’helminthes susceptibles de coloniser le tube digestif des volailles. Tous ne sont pas recherchés, parfois par manque d’outils de dépistage applicables en routine par les laboratoires. C’est notamment le cas des capillaires, ces très petits vers dont certains sont très pathogènes pour la volaille (voir ci-dessous) et dont la prévalence en volailles de chair serait d’environ 30 %. « Il est capital de bien identifier les helminthes (l’espèce et leur nombre) pour juger de leur pouvoir pathogène et de la nécessité de traiter ou pas, d’adapter la fréquence des vermifuges à leur cycle de reproduction et de cibler les éventuels hôtes intermédiaires. » On distingue deux familles d’helminthes parasites des volailles : les nématodes qui sont des vers ronds, plus fréquents et impactants (Ascaridia, Heterakis, Capillaria), et les cestodes, souvent de plus grandes espèces, appelées à tort ténia. Petite revue des espèces à connaître.

 

Ascaridia

C'est le plus facile à repérer lors de l’autopsie. Il se voit à l’œil nu en ouvrant la totalité de l’intestin grêle. Il n’est pathogène que s’il est présent en grande quantité. Dans les cas sévères chez la poule pondeuse, cela peut aller jusqu’à un blocage du transit intestinal, voire une remontée jusqu’à l’oviducte. « Le passage dans l’œuf de la poule est possible. Le risque d’exposition est plus fort dans les élevages sur parcours mais il existe aussi pour les animaux en claustration. » L’infestation se fait par ingestion d’œufs d’Ascaridia (cycle direct) ou en passant par des hôtes intermédiaires, tels que le ver de terre qui accumule les œufs dans son intestin.

Heterakis

Cousin d'Ascaridia, plus petit et en forme d’hameçon, ne vit que dans les caeca. Il n’est visible qu’après tamisage et rinçage du contenu caecal. Ses œufs, très semblables à ceux d’Ascaridia (parois latérales parallèles ou bombées), sont difficiles à différencier au microscope. La coproscopie est donc peu pertinente. Il est très fréquent chez le poulet et rare chez la dinde. Ce qui est paradoxal car c’est un vecteur du parasite Histomonas meleagridis, responsable de l’histomonose touchant surtout la dinde. La recherche d’Heterakis permet d’évaluer le risque de maladie et d’envisager une vermifugation, même si cet helminthe est en soi peu pathogène.

Les capillaires

Vers petits et très fins en forme de cheveux (d’où leur nom), enfouis dans la muqueuse. Les espèces annulata et contorta sont localisées dans le jabot et l’œsophage. Ils provoquent une baisse de la consommation, un amaigrissement et une prostration. Le premier a besoin du ver de terre comme hôte intermédiaire tandis que le second a un cycle direct. Capillaria obsignata se situe surtout dans l’intestin grêle et peut être très pathogène en grande quantité. Il induit une inflammation de la muqueuse, de la diarrhée voire de la mortalité.

Les cestodes

Ce sont des vers plats composés de segments (anneaux indépendants qui se détachent un à un). Ils s’accrochent par la tête à la muqueuse de la volaille. Leur mise en évidence est plus aisée pour les grandes espèces (Raillietina et Choanotaenia) qui sont les plus fréquentes et peu pathogènes. En revanche, elle est plus difficile pour les espèces petites et fines dont Davainea, peu fréquente mais la plus pathogène. « Il suffit parfois de 3-4 individus de ces vers microscopiques de 3 mm pour provoquer de la mortalité. Contrairement aux idées reçues, le cycle direct n’existe pas chez les cestodes. » Ils n’atteignent un stade d’infection que lors du passage par un hôte intermédiaire, la mouche généralement (par exemple pour les poules en cages) ou les mollusques à carapaces dans le cas de Davainea. « Il faut donc éviter les parcours humides, propices à la présence d’escargots. »

Jean-Michel Répérant, de l’Anses de Ploufragan : « Il est capital de bien identifier les helminthes (l’espèce et leur nombre) pour juger de leur pouvoir pathogène et de la nécessité de traiter, d’adapter la fréquence des vermifuges à leur cycle de reproduction et de cibler les éventuels hôtes intermédiaires. »
Jean-Michel Répérant, de l’Anses de Ploufragan : « Il est capital de bien identifier les helminthes (l’espèce et leur nombre) pour juger de leur pouvoir pathogène et de la nécessité de traiter, d’adapter la fréquence des vermifuges à leur cycle de reproduction et de cibler les éventuels hôtes intermédiaires. » - © A. Puybasset

Les moyens de lutte et de prévention

 

. Limiter le risque de contamination par les pratiques d’élevage :

La rotation des parcours peut permettre de réduire l’infestation parasitaire. Au démarrage, une litière épaisse et entretenue limite le contact avec le sol et les fientes. C’est également le cas du sol en béton. La qualité du nettoyage et de la désinfection du matériel joue aussi. « Les œufs peuvent survivre sur les coupelles. » Enfin, cela passe par la lutte contre les vecteurs potentiels (mouches).

. Les traitements par vermifugation :

La vermifugation a pour objectif de maintenir la charge parasitaire à bas niveau, sans l’éradiquer totalement. « L’identification préalable des helminthes est capitale pour juger de l’intérêt ou non d’appliquer un traitement », souligne Jean-Michel Repérant Quatre molécules sont autorisées sur les nématodes : le lévamisole, le flubendazole, le fenbendazole et la pipérazine, cette dernière n’étant en revanche pas efficace sur les capillaires. Le délai de renouvellement du traitement doit tenir compte de la période prépatente, propre à chaque espèce (délai entre la ponte et le stade adulte). La périodicité est de 5 à 6 semaines pour Ascaridia. L’échec du traitement peut être lié à un mauvais calendrier de traitement, une molécule non adaptée au type de vers ou un problème de résistance. « Cette dernière est de plus en plus souvent suspectée et a déjà été démontrée en bovin. » Aucun antihelminthique n’est autorisé sur les cestodes. On ne peut agir que sur l’hôte intermédiaire.

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Catherine (19) | 29 mars 2018 à 14:03:22

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