Réussir Aviculture 02 octobre 2007 à 12h14 | Par Pascal Le Douarin

Recherche - Mieux connaître le comportement alimentaire des oiseaux

L´emploi du blé entier directement ajouté dans la mangeoire à l´aliment du commerce a incité des chercheurs français à se pencher sur le comportement alimentaire des souches d´élevage.

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Savoir nourrir les volailles avec plusieurs aliments ou matières premières différant par leur couleur, leur taille, ou leur composition chimique n´était pas jusqu´à récemment un axe de recherche porteur. En effet, sur le terrain, les professionnels cherchaient au contraire à uniformiser l´aliment pour éviter le tri et le gaspillage. D´où le manque relatif de travaux scientifiques dans le domaine du comportement alimentaire. Depuis quelques années, la donne a quelque peu changé. L´incorporation de céréales entières, surtout de blé, s´est bien répandue en Europe du Nord, sans toutefois convaincre en France. D´autre part, les souches actuelles d´oiseaux de rente marquent certaines difficultés à ingérer les quantités leur permettant d´atteindre le potentiel génétique. En France, cette problématique a intéressé l´Itavi qui, dès le début des années 2000, a mené des essais avec des partenaires de l´alimentation. Plutôt que de tester la céréale et l´aliment distribués en mélange, l´Itavi a privilégié la distribution successive des composants, d´où le terme d´alimentation « séquentielle ».
Schématiquement, une céréale riche en énergie est associée à un aliment riche en protéines, de sorte que l´ensemble constitue une ration correspondant à la couverture équilibrée des besoins. A priori, l´intérêt du séquentiel est de recréer (partiellement) une alimentation plus variée, mais aussi d´abaisser le coût alimentaire. Encore fallait-il vérifier que la somme des consommations de chaque composant employé permettait de couvrir les besoins.
Jeunes poulets en cage à la station avicole Inra de Nouzilly. ©P. Le Douarin

Effets divergents du séquentiel
En 2004, sur des poulets de souche Vedette placés en conditions d´élevage, Isabelle Bouvarel (Itavi) avait obtenu des performances de croissance comparables au système d´alimentation traditionnel. Il s´agissait d´alterner deux aliments déséquilibrés à raison d´un aliment par jour. Suite au basculement rapide du poulet Vedette vers le Ross PM3, l´expérience a été réitérée avec cette souche réputée moins « gloutonne » et moins facile à faire ingérer.
Les premiers résultats obtenus - publiés aux Journées de la recherche avicole 2007(1) - sont effectivement différents. Que ce soit en cage ou au sol, les jeunes poulets Ross (14 à 30 jours) élevés en station expérimentale ont réagi différemment à l´alternance de deux aliments : un aliment hyper énergétique et hypo protéique (E+P-) titrant 3 270 kcal/kg et 14,3 % de protéines brutes ; un aliment hypo énergétique et hyper protéique (E-P+) contenant 2 855 kcal et 22,1 % de PB.

Le témoin était intermédiaire (3 080 kcal-17,6 % PB). Dans les deux essais, les poulets sousconsomment (- 9 % en cage), ce qui se traduit par un écart de poids de respectivement - 7 % et - 6 % par rapport aux témoins. En cage, la répartition de consommation des deux aliments est de 57 % pour E+P- et de 43 % pour E-P+, (ratio 58 % - 42 % au sol). C´est l´aliment hypo énergétique E-P+ qui est le moins consommé et qui pénalise le poids. L´effet est d´autant plus marqué quand l´alternance commence par l´aliment hyper énergétique E+P-, surtout dans l´essai au sol. Dans un essai de comportement à court terme (1 à 72 heures), l´aliment hypo énergétique E-P+ est toujours sous consommé dès la première heure de distribution (- 9 %) puis cet effet s´estompe (- 1 % le reste de la journée). Par contre, l´aliment hyper énergétique est consommé comme le témoin. Ces résultats confirment un ajustement de l´ingestion sur la préférence vis-à-vis de l´énergie. Néanmoins, souligne Isabelle Bouvarel, il existe une interaction entre la présentation des aliments et le mode d´alimentation.
L´aliment hyper protéique est plus dur, plus durable et les granulés sont plus longs. Des paramètres qui peuvent influencer l´ingestion à laquelle seraient plus sensibles les poulets Ross. D´autres pistes expliquant la sous-consommation sont évoquées : difficultés d´adaptation du métabolisme des poulets, apprentissage tardif des oiseaux aux aliments.
Interactions avec la présentation
Dans un essai ultérieur (1), l´équipe de recherche a montré que le séquentiel induisait des apprentissages qui, en associant caractéristiques physiques et énergétiques, orientent le choix des oiseaux. Pour maîtriser une autre manière de nourrir, d´autres essais seront nécessaires. Ils montrent qu´un nouveau et très large domaine d´exploration s´ouvre, plus complexe car il intègre de nouvelles dimensions jusqu´ici inexplorées.
(1) Document JRA 28-29 mars 2007.

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