Réussir Aviculture 07 décembre 2006 à 16h45 | Par Pascal Le Douarin

Prospectives sur l´avenir agricole - Préparer ensemble l´agriculture de demain

Fin septembre, le conseil général des Côtes-d´Armor organisait une session extraordinaire sur l´avenir de l´agriculture départementale. Des experts ont posé un diagnostic général et esquissé les scénarios possibles d´une mutation, qui concerne aussi l´aviculture.

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Partout dans le monde, l´agriculture a modelé des paysages, a nourri des hommes, a influencé l´organisation des sociétés, a enrichi des nations. Et elle continue de le faire à des degrés variables selon les pays. Partout, elle reste au centre d´enjeux géopolitiques et stratégiques : la santé, l´énergie, l´indépendance alimentaire, l´eau, la biodiversité. En France, son devenir devrait interpeller les élus, les groupes d´opinion, la population, le monde de l´économie, la société dans son ensemble.
Première activité humaine - et la seule jusqu´à une époque récente - l´agriculture est une « affaire » bien trop importante pour n´être discutée qu´entre agriculteurs.

Fin septembre, les conseillers généraux des Côtes-d´Armor - un des premiers départements agricoles surtout en productions animales - ont décidé de débattre de l´avenir agricole à l´horizon 2020. Une occasion rare qui méritait une attention particulière. Même si désormais la politique agricole française se décide en grande partie au niveau européen et est influencée par le contexte international, ces élus locaux entendaient légitimement porter le débat sur la place publique.
Bertrand Hervieu : « Nous ne pouvons pas poursuivre les lignes du passé vers le futur. Le succès des trente prochaines années ne se bâtira pas sur nos cinquante glorieuses. » ©P. Le Douarin

Plus d´ordre immuable des champs
L´agriculture est-elle à la croisée des chemins, comme l´estime Claudy Le Breton, le président du conseil général costarmoricain ? Oui, sans aucun doute pour Bertrand Hervieu sociologue de formation, ancien président de l´Inra(1), qui se réjouit qu´une collectivité mène une réflexion prospective sur l´agriculture. « Il faut se mettre dans l´état d´esprit de provocation et d´accueil de changements radicaux à venir dans les trente années à venir », assène d´entrée l´expert agricole. Le système alimentaire mondial, déjà bien industrialisé, va encore beaucoup bougé pour des raisons géopolitiques et pour nourrir neuf milliards de bouches. D´autant qu´en la matière, Jean-Louis Rastoin un autre expert faisait avant lui un bilan mitigé de ce système agro-industrialisé. « Nous ne pouvons pas poursuivre les lignes du passé vers le futur. Le succès des trente prochaines années ne se bâtira pas sur nos cinquante glorieuses », martèle Bertrant Hervieu.
Réfléchir à l´avenir de ce secteur passe par une remise à plat totale, et ce de manière collective : producteurs primaires, agro-industriels, collectivités territoriales, institutions, société civile. « Mieux vaut en débattre avant qu´après, afin de construire des arbitrages, à défaut d´obtenir un consensus général sur le quoi faire. » Il y a urgence. Le monde évolue de plus en plus vite. L´ordre immuable des champs est bousculé. Culturellement, il faut intégrer la réactivité et la rapidité. Faute de quoi, nous subirons les changements imposés par l´extérieur.
Intégrer cinq tendances lourdes
Parmi les nombreux éléments à prendre en compte, Bertrand Hervieu en souligne particulièrement cinq : l´Environnement, les bassins de productions, les structures d´exploitation, la capacité de réaction, et les modes de vie.
Outre qu´elle intéresse de plus en plus les citoyens, la question de l´environnement est désormais une réalité économique. Première destination touristique mondiale, la France va devoir intégrer cette préoccupation si elle veut conserver sa place, sachant que le tourisme est un important gisement d´emplois futurs. Attention donc aux risques de conflits d´usage. Deuxième donnée, les déplacements de plus en plus rapides et brutaux des bassins de production. La stabilité, c´est terminé. « Un bassin de production ne possède pas en lui-même de gène d´éternité. » Ce qui s´est passé en France voici 50 ans (concentration et spécialisation) va se produire ailleurs, ne serait-ce que pour satisfaire les besoins de populations en demande.

Le Brésil est un exemple. L´Inde et la Chine suivent, ainsi que l´Europe de l´Est plus près de nous. « Un des signes avant-coureurs de ces changements est l´arrivée d´importations de produits à bas coût et tout à fait conformes aux standards internationaux. » Troisième composante, la capacité de réaction d´un territoire face à de grandes crises. « Par définition, de nouvelles crises vont surgir, auxquelles nous ne sommes pas préparés. Comment se préparer collectivement à faire face ? Saurons nous réagir à la prochaine crise ? L´effet déstabilisateur peut-être tel qu´on ne s´en remettra pas. » La quatrième donnée à considérer est celle de la concentration et la structure des exploitations agricoles. « Nous devons rompre avec le dogme des années cinquante : une installation pour un départ. C´est une illusion. » Grosso modo, le nombre d´exploitants disparaît au rythme de 50 % tous les 10-15 ans.
Les formes individuelles régressent au profit de formes « collectives » mais de plus en plus difficiles à transmettre (aspects financiers, culturels, juridiques.). « Plutôt que le voir le côté négatif, construisons de l´enthousiasme sur de nouvelles formes d´entreprises agricoles. » La concentration peut avoir du bon, en termes d´organisation du travail, de gestion financière, de coûts environnementaux. D´autant que le processus est mondial. Il est accentué par le changement des modes de vie et d´emploi. « Les jeunes générations sont anxieuses de trouver un travail et de ne pas faire n´importe quoi. » Leur façon de travailler n´est plus la même que celle de leurs parents, y compris en agriculture.
Selon Bertrand Hervieu, on pourrait même assister à une désaffection par rapport à des métiers d´élevage, avec la perte de leaders et la perte de capacité d´innovation. Les plus dynamiques peuvent se détourner de l´agriculture. Bon nombre de ces réflexions peuvent hélas s´appliquer à l´aviculture. Saura-t-elle se mobiliser, aller de l´avant, se fixer des objectifs et se remobiliser ?

(1) Actuellement secrétaire général du Centre international des hautes études agronomiques méditerranéennes.

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