Réussir Aviculture 14 décembre 2004 à 16h58 | Par Pascal Le Douarin

Poulets, dindes et chapons - Dans les Côtes d´Armor, un couple d´aviculteurs élève du label rouge, simplement mais avec soin

Comme nombre d´aviculteurs, depuis presque 15 ans, Françoise et Jean-Claude Gorvel élèvent consciencieusement des volailles label rouge, et notamment des dindes de Noël et des chapons label rouge.

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Tous les matins à 8 h 30 Françoise et Jean Claude Gorvel terminent leur second café avant d´aller ouvrir les trappes de leurs quatre poulaillers de 400 m2 pour 9 heures au plus tard, qu´il pleuve ou qu´il vente. En ce matin brumeux et pluvieux d´octobre, le jour se lève à peine sur « La Coudre », cette haute terre de l´intérieur des Côtes d´Armor, située tout de même à 300 m au-dessus du niveau de la mer sur la commune de Plessala. Leur parcours avicole a commencé en 1987, alors que sur leur ferme de 33 hectares (dont 23 hectares de SAU) ils produisaient du lait avec une vingtaine de vaches. En 1989 apparaît le second bâtiment, puis deux autres en 1992 quand ils décident d´arrêter le lait, faute de perspective intéressante de développement. « Nous restions à 110 000 litres de quota, avec chaque année l´espoir de l´augmenter, ce qui nous a valu de payer plusieurs fois des pénalités pour dépassement de production », se remémore Jean-Claude.
Depuis 1992, ils mènent leurs quatre poulaillers et poursuivent la culture de blé, orge, maïs et colza. Les terres apportent la paille dont ils ont besoin, absorbent les déjections des volailles et rapportent des subventions européennes stables. Ils élèvent deux lots de poulet label rouge dans les quatre poulaillers au cours du premier semestre (démarrages en janvier et avril), puis de juillet à décembre des chapons dans deux bâtiments et des dindes noires dans les deux autres.
Les Gorvel sont du genre modeste. Ils disent faire leur travail, comme il se doit et comme il faut. Un point c´est tout. Pourtant leur groupement qualité (Les Fermiers d´Argoat) les a choisis parmi 170 éleveurs pour être le seul élevage de dindes de Noël (depuis huit ans) et un des 30 élevages de chapons label rouge.
Le Border Collie est indispensable pour rentrer les dindes. ©P. Le Douarin

Des éleveurs comme il en existe beaucoup
Leur première tâche est d´ouvrir les trappes qui libèrent les bêtes sur les parcours.
En ce début d´automne, elles renâclent un peu à sortir pour se dégourdir les pattes. Et surtout elles semblent avoir faim.
Il faut dire que Jean-Claude surveille de très près leur consommation d´aliment. L´éleveur n´est pas un adepte du tout automatique. Après la phase de démarrage à volonté (jusqu´à environ 550 g pour les poulets), il gére lui-même les apports pour maîtriser la courbe de croissance. « De plus, à chaque fois que je rentre dans un poulailler, cela stimule mes volailles », observe t-il. En fonction de la courbe de poids objectif, des pesées réalisées, il décide de distribuer tel ou tel nombre de trémies. Il ouvre la descente d´aliment du silo pour remplir de 150 kg la trémie de l´unique ligne de mangeoire. Les dindes, et surtout les chapons, se précipitent pour le festin. Il prend soin de faire la distribution en une seule fois le matin, pour ne pas créer d´hétérogénéité. « Avec une distribution fractionnée dans la journée, ce sont toujours les plus gros qui mangent en premier. »
D´autre part, explique Jean Claude, « le rationnement horaire ne marche pas car les poulets le sentent et s´habituent très vite à manger plus vite pour compenser la réduction de temps. » L´éleveur ne s´interdit pas non plus l´usage de programme lumineux, surtout en période de jours courts et sur des animaux qui doivent prendre du poids.
Les dindes demandent plus d´entretien de litière et sont plus capricieuses que les chapons. ©P. Le Douarin

Beaucoup de surveillance et d´entretien
Si ces éleveurs font partie du peloton de tête du groupement qualité des Fermiers d´Argoat, c´est aussi par le souci constant de bien faire. En période sèche les volailles sont repaillées avec de la paille entière d´orge deux fois par semaine, les dindes noires ayant été démarrées sur copeaux. Par temps humide, surtout pour les dindes qui sont plus salissantes, ce sera un jour sur deux. Moyennant quoi, les traitements (vaccin, minéraux, vitamines, vermifugation) étant pratiqués selon le plan sanitaire d´élevage, la mortalité reste à un bas niveau et les déclassés aussi. Jean-Claude compte environ 150 morts en chapon pour une durée d´élevage de 150 jours au minimum avec 4300 chapons démarrés et castrés (ils sont desserrés à 2500 par poulailler avant 89 jours), en comptant la mortalité due au chaponnage et ses suites (une cinquantaine de morts).
Après l´entretien de la litière, Jean-Claude et Françoise vaquent à d´autres occupations, comme refaire un tour d´élevage ou s´occuper de la « paperasserie » jugée pesante : remplir la fiche d´élevage, faxer la fiche sanitaire 48 heures avant l´abattage, calculer les plans de fumure, d´épandage, vérifier les surfaces déclarées pour les aides. Ils reviennent aux poulaillers en début d´après midi, avant de rentrer les volailles en fin de journée à l´aide de leurs trois indispensables chiens Border Collie. « Sans eux, les dindes partent d´un bout et ressortent de l´autre ! » A ce travail au quotidien s´ajoute l´entretien annuel du parcours en zone de sortie de trappes. « Je passe la herse et je re-sème une fois par an. » Le temps s´écoule et les volailles grossissent.
Un vrai chapon qui sera abattu vers le 20 décembre a, au moins, 150 jours. ©P. Le Douarin

Pas de successeur déclaré et la réforme de la Pac en vue
A 53 et 54 ans, Françoise et Jean-Claude avouent n´avoir pas encore vraiment réfléchi à leur succession. Leurs deux filles travaillent en dehors du milieu agricole. Des voisins plus jeunes, avec lesquels ils travaillent en Cuma, pourraient être intéressés. En attendant, il leur reste six ans durant lesquels va s´appliquer la réforme de la Pac. En théorie, ils pourraient « lever le pied » en arrêtant de produire (seule obligation : la fauche pour éviter la friche) et toucher les aides découplées (75 % de l´aide totale).
« A vrai dire, on ne sait pas tout sur cette réforme. Il n´est pas bon de laisser la terre sans travailler : elle se salit et retourne à la lande. Et nous avons aussi besoin de paille pour nos poulets ! » commente Jean-Claude. A l´avenir, il serait possible que leur « petite ferme » contente une famille à la recherche d´une certaine qualité de vie à la campagne. Le travail est certainement plus intéressant que certaines emplois à la chaîne proposés dans les usines agro-alimentaires avoisinantes. Question de style de vie.

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