Réussir Aviculture 10 novembre 2009 à 15h19 | Par C. Coulon

Poulet de chair - L'Argentine, un outsider dans l'ombre du Brésil

Le secteur avicole argentin connaît une croissance à deux chiffres depuis sept ans. Reportage au nord de Buenos Aires, dans une entreprise qui exporte la moitié de ses poulets.

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Dans l’abattoir « Las Camelias », à San José. L’aviculture argentine 
bénéficie de conditions de production qui la rendent aussi compétitive qu'au Brésil.
Dans l’abattoir « Las Camelias », à San José. L’aviculture argentine bénéficie de conditions de production qui la rendent aussi compétitive qu'au Brésil. - © D.R.

«Las Camelias », à San José, est l’une des huit entreprises argentines qui exportent de la viande de poulet vers l’Union européenne, notamment des poitrines congelées. Elle regroupe 250 producteurs intégrés et abat environ 130000 poulets par jour, dont la moitié part à l’étranger. Cette entreprise est dirigée par les trois frères Marsó et leur soeur, arrière-arrière-petits-enfants de colons français ayant quitté la Savoie vers 1860 pour s’installer dans la Pampa.

DES STRUCTURES AGRAIRES FAVORABLES

Ce matin, Raul Marsó, le directeur de « Las Camelias », commence par faire visiter le musée municipal où l’on voit la toute première carte du département, avec le fleuve Uruguay et le damier de propriétés de 25 hectares chacune, qui étaient alors allouées aux colons. San José est une petite ville située à l’est de la province d’Entre Ríos (qui signifie « entre les fleuves ») à 200 kilomètres au nord de Buenos Aires. Le pays voisin, l’Uruguay, est juste en face, de l’autre côté du fleuve du même nom. La moitié (47 %) de la viande de poulet produite en Argentine provient de la province d’Entre Ríos. La proximité de Buenos Aires, un marché de douze millions de consommateurs sur les quarante millions que compte le pays, explique en partie l’essor du secteur. « Ici, la division de la terre en petites parcelles, contrairement aux grands domaines des provinces de Buenos Aires et de Córdoba, a obligé les habitants à se tourner vers des activités peu gourmandes en espace », ajoute Raúl. Dans le cas des Marsó, deux accidents de parcours de vie, de nature différente, ont déterminé le développement de leur entreprise. Lors du centenaire de la fondation de la ville, en 1957, le père de Raúltombe d’un toit et se fracture le poignet. Il doit renoncer aux travaux agricoles et décide d’intensifier son élevage de volailles reproductrices. Ensuite en 1973, la filière avicole est en crise et ses clients ne peuvent plus le payer. « Il a commencé à les intégrer, raconte Raúl. Il leur fournissait les poussins et leur aliment. Au bout de soixante jours, ils partageaient en deux le produit de la vente des poulets. »

 

Les Marsó sont la deuxième génération d’aviculteurs descendants de colons savoyards. Luís Marsó, avocat, est actionnaire de « Las Camelias », Graciela Marsó est responsable de la nutrition animale, et Raúl Marsó est directeur de l’entreprise.
Les Marsó sont la deuxième génération d’aviculteurs descendants de colons savoyards. Luís Marsó, avocat, est actionnaire de « Las Camelias », Graciela Marsó est responsable de la nutrition animale, et Raúl Marsó est directeur de l’entreprise. - © C. Coulon

 

INTÉGRATION COMPLÈTE

Aujourd’hui, le contrat est différent mais le principe est resté le même : les producteurs, installés dans un large rayon de 200 km, font partie d’une chaîne qui commence aux États-Unis avec l’importation de la génétique Arbor Acres (les Marsó importent 5000 poussins parentaux quatre fois par an) et qui se termine à l’abattoir. « Las Camelias » possède tous les maillons intermédiaires et emploie directement 825 personnes. « En juin dernier, nous avons exporté 156 conteneurs de 25 tonnes », indique Raúl.Vers l’Union européenne, le produit le plus profitable est la tonne de poitrine qui se négocie entre 2 500 et 2 800 dollars US. « Nous venons d’agrandir la partie froid. À terme, nous comptons faire construire un terminal portuaire privé sur le fleuve Paraná », précise son frère Luís Marsó, avocat et actionnaire de l’entreprise.

AVANTAGE COMPÉTITIF

« Las Camelias » a aussi l’avantage d’être située en bordure de la région pampéenne, une vaste zone de cultures. Le maïs et le soja s’y trouvent en quantité et à un prix inférieur au cours mondial. « La tonne de maïs me coûte 100 euros », indique Raúl. Pour les achats de maïs destiné à la production de poulet pour le marché interne, une dizaine d’entreprises bénéficient d’une prime correspondant à l’écart entre le prix de 2007 et le cours actuel. En contrepartie, le prix du poulet entier avec les abats est fixé par l’État. « Nous nous engageons à fournir le poulet entier à 0,70 euro le kilo. Le gouvernement contrôle ainsi l’inflation du prix de ce produit », précise Roberto Domenech, représentant des industriels du poulet. Chez « Las Camelias », le coût de production actuel est de 0,50 euro par kilo vif de poulet. C’est l’avantage énorme des firmes avicoles argentines, dont les dirigeants ne se flattent pas publiquement, d’autant que les contrôles ne seraient pas vraiment à la hauteur. Ce différentiel de prix se fait en effet sur le dos des agriculteurs. Car l’État argentin applique une taxe de 27 % sur les exportations de maïs et de 35 % sur celles de soja, taxe augmentée plusieurs fois depuis son adoption en 2003. Ce qui explique le prix de matières premières avantageux pour les producteurs avicoles. La viande exportée ne subit pas de telles taxations. Les producteurs de viande de poulet bénéficient directement de la situation. « Avec ce coût de production, nous rivalisons avec les Brésiliens », dit Raúl. « Cela fait sept ans que nous c o n n a i s s o n s ,comme eux, une croissance annuelleà deux chiffres.Mais les Brésiliens produisent dix fois plus que nous. Quand eux exportent trois millions de tonnes par an, nous en vendons 220 000 tonnes. Nous ne serons jamais numéro un, mais nous prenons le même chemin que notre voisin », assure-t-il, fier du chemin parcouru par sa famille depuis que celle-ci a quitté les montagnes de Savoie pour s’installer en plaine à 10000 km de la France.

 

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