Réussir Aviculture 10 mai 2010 à 16h57 | Par A. Puybasset

Poulet de chair - Directive bien-être : encore des incertitudes

À quelques semaines de son entrée en vigueur, la Directive bien-être du poulet de chair laisse les organisations de production dans l’incertitude. Elles attendent les précisions sur les modalités d’application.

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Le corps principal du texte de la directive est basé sur le critère de densité.
Le corps principal du texte de la directive est basé sur le critère de densité. - © A. Puybasset

Bientôt le 30 juin 2010: une échéance proche qui fixe la date limite à laquelle la Directive européenne 2007-1943/CE devra être transposée dans le droit national de chaque État membre. Communément appelée « Directive bien-être », elle fixe les règles minimales relatives à la protection des poulets destinés à la production de viande. Contrairement à la Directive « poules pondeuses » de 1999, qui repose sur une obligation de moyens avec le recours aux cages aménagées ou à un mode d’élevage alternatif, la Directive « poulet de chair » repose cette fois-ci sur une obligation de résultats (taux de mortalité maximum, absence de signes de carences, contrôle des dermatites). Publiée au Journal Officiel le 12 juillet 2007, la Directive européenne fait suite à un rapport scientifique de mars 2000 mettant en avant les effets négatifs des vitesses de croissances et des densités élevées sur le bien-être et la santé des volailles. Le corps principal du texte de la Directive est basé sur le critère de densité. Il impose un chargement maximal à un instant t de 33 kg de poids vif par mètre carré de bâtiment. Des dérogations sont possibles pour atteindre deux autres plafonds de chargement de 39 kg et 42 kg/m2 sous réserve du respect d’exigences complémentaires.

DES PRÉCISIONS SUR LES MODALITÉS D’APPLICATION

Bien que les principales dispositions du texte soient connues depuis près de trois ans, il semble aujourd’hui difficile pour les organisations de production de se préparer aux nouvelles normes. Elles attendent de connaître les précisions sur les modalités d’application et espèrent que l’administration tiendra compte des problèmes d’interprétation soulevés par la transposition du texte européen en droit français. La majorité des professionnels s’inquiètent des conséquences économiques sur la filière, consécutives à une baisse de la productivité des élevages. Selon l’enquête avicole des chambres d’agriculture du Grand Ouest, sur l’exercice 2008-2009, parmi l’ensemble des lots de poulets standards, export et lourds enlevés en une seule fois, 6 % avaient une densité inférieure à 33 kg/m2. 55 % dépassaient le niveau de chargement de 39 kg et 27 % étaient au-dessus de 42 kg. « Les élevages qui pratiquent les enlèvements multiples ont des densités instantanées maximales inférieures à ces chiffres et seront donc moins contraints par le texte de la directive. Ils dépassent rarement 39 kg/m2 à un moment donné », souligne Laure Bignon, en charge du bien-être à l’Itavi. Ils ne représentent cependant que 30 à 40 % des lots. Après avoir interrogé plusieurs organisations de production, il semble que le plafond de production de 39 kg/m2 pourra être respecté sans trop de difficultés. Les exigences reposent sur des critères de confort de l’animal et des pratiques d’élevage qui sont déjà appliqués. « La performance est le résultat du bien-être. Plus on respecte le confort de l’animal, plus il va exprimer son potentiel de croissance », explique un responsable de production.

UN SEUIL DE MORTALITÉ À RESPECTER

C’est l’accès à une densité supplémentaire de 3 kg (pour atteindre 42 kg au maximum) qui pose le plus problème car il repose sur le respect d’un taux de mortalité minimal sur sept lots consécutifs. Selon l’enquête des chambres d’agriculture, plus de la moitié des lots de poulets se situaient en 2007-2008 au-dessus du seuil fixé par la Directive et auraient été non conformes. Le texte prévoit une clause de circonstance exceptionnelle pour que l’éleveur ne soit pas pénalisé lorsque cette mortalité n’est pas de sa responsabilité. C’est l’un des points importants soulevés par la profession au sein du groupe de travail organisé par la Direction générale de l’alimentation (DGAL), chargée de la transposition du texte. Les professionnels souhaitent que la mortalité physiologique néonatale naturelle lors des premiers jours d’élevage soit reconnue comme n’étant pas du fait de l’éleveur. Les enjeux économiques derrière ce point de discussion sont énormes puisqu’il permettra ou pas à de nombreux éleveurs de maintenir leur niveau de production, sans toutefois dépasser 42 kg. La filière a estimé les conséquences économiques d’une baisse de production à 27 millions d’euros. Les scénarios envisagés par les organisations de production pour s’adapter à la Directive sont de baisser les mises en place ou d’avoir davantage recours aux enlèvements multiples. Cette seconde solution est loin d’être idéale. Elle sous-entend d’avoir un marché pour des poulets plus petits — il existe mais n’est pas forcément extensible — et implique une organisation logistique et des équipements d’abattage adaptés. En attendant la transposition, la plupart des organisations de production se préparent à l’échéance du 30 juin 2010 en informant leurs éleveurs et en auditant leurs bâtiments pour vérifier leur conformité en termes d’équipement et de normes d’ambiance.

VERS DES SOUCHES À CROISSANCE INTERMÉDIAIRE

L’arrivée des normes bien-être soulève aussi des questions sur l’évolution possible des schémas de production de la filière poulet française. En imposant une densité maximale de 42 kg/m2, la Directive pénalise les éleveurs les plus techniques et les bâtiments les plus performants. Faut-il s’orienter vers des bâtiments plus légers et moins coûteux ou rester sur des poulaillers performants très équipés de type Colorado ? Faut-il, comme le font nos voisins d’Europe du Sud ou les Pays-Bas, élever des poulets plus lourds avec des enlèvements multiples à des poids moyens bien différenciés, ce qui permettrait de maintenir le niveau de production sansdépasser le « kilotage » instantané ? On peut imaginer qu’à moyen ou long terme, on s’orientera vers une segmentation des élevages selon leur niveau de production et avec des souches à croissance plus ou moins rapide. Peut-on encore rechercher la rentabilité économique uniquement avec les critères de croissance ou faut-il donner plus d’importance à d’autres gains (meilleure reproduction, meilleures viabilité et rendement avec des souches à croissance intermédiaire) ce qui supposerait un nouvel équilibre des coûts entre les maillons de la filière. En tout cas, les sélectionneurs se préparent à ces évolutions et intègrent de plus en plus les critères bien-être dans leur schéma de sélection. Enfin, on peut espérer que les contraintes de la directive auront un impact positif sur certains critères technico-économiques. C’est le cas par exemple de l’allongement de la période d’obscurité sur la mortalité ou de l’augmentation de l’intensité lumineuse (20 lux minimum) sur l’activité des poussins.

 

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