Réussir Aviculture 17 juin 2005 à 11h30 | Par Pascal Le Douarin

Poulaillers/Maîtrise de l´ambiance - Pour refroidir efficacement, ventilez moins en brumisant

Les éleveurs qui maîtrisent la brumisation à haute pression ont pu le constater : pour être efficace, il vaut mieux réduire le débit d´air. Et des simulations de l´Inra le confirment.

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S´équiper d´une rampe de brumisation, c´est très bien. Savoir s´en servir correctement, c´est mieux. Certains nouveaux utilisateurs peuvent commettre des erreurs faute de n´avoir pas adapté leur pratique de ventilation après l´installation de ce type de matériel. Sans brumisation, l´éleveur peut être enclin à surventiler les animaux afin qu´ils ressentent une température inférieure à celle mesurée par les capteurs de température. Avec une brumisation, la surventilation évacue le froid.
200 mètres cubes par mètre carré,c´est beaucoup
Technicien et responsable du secteur poulet chez Cap Élevage (groupe Arrivé) en Vendée, Bernard Loiseau est souvent confronté aux pics de chaleur. Pour maintenir la productivité estivale, Cap Élevage a depuis longtemps travaillé sur le refroidissement évaporatif avec la brume haute pression. 90 % des bâtiments dynamiques de poulets en sont équipés. « Brumiser vaut mieux que de sur-équiper en ventilateurs. On arrive à faire chuter les pics de température et donc à éviter ou atténuer le coup de chaleur », estime Bernard Loiseau.
De plus il ne faut pas penser qu´aux étouffements : « on obtient aussi de meilleures performances en écrêtant les températures ». Concernant les capacités de ventilation, « en production de poulets, et dans notre région, un renouvellement de 3,5 à 4 mètres cubes par heure et par kilo de poids vif est suffisant », considère le technicien. « Pour une densité de 40 kg/m2 (20 poulets de 2 kg), 160 000 m3 d´extraction doivent suffire pour une surface de 1000 m2. » Et 120 000 m3 seraient possibles chez les éleveurs les plus pointus.
Une buse en «vrai» inox ©qui ne colle pas à l´aimant est préférable au laiton. ©P. Le Douarin

« Couper » un groupe de ventilation
André Drapeau, éleveur à Saint Fulgent, confirme ces propos. « Avec 40 kg de poids vif au mètre carré, la baisse de température peut atteindre 5-6 ºC », estime-t-il. « Sauf en 2003 où les limites du système ont été atteintes même en fonctionnement permanent. » Son bâtiment de type Colorado construit en 1998 a été d´origine équipé d´une brumisation (TBD) pilotée par une régulation d´ambiance (Avistar de Tuffigo). Il comprend 5 turbines de 40 000 m3 (à zéro Pascal) extrayant environ 160 000 m3 à 25-30 Pa de dépression. 40 buses inox délivrent un débit d´eau horaire d´au moins 600 litres en continu. La brumisation est actionnée par cycles courts, avec un paramètrage réglable (durée et seuils de déclenchement) : par exemple un cycle constant de 15 secondes démarre à 28ºC avec 5 secondes de marche et 10 de pause, puis au fur et à mesure de la montée en température, la durée de pause se réduit ( 3 secondes de pause et 12 de marche à 31ºC).
L´éleveur diminue volontairement son débit d´extraction. Pour avoir 4 turbines en marche au maximum, il augmente la consigne de la cinquième. « J´ai pu constater un meilleur refroidissement. Il est inutile de ventiler comme s´il n´y avait pas de refroidissement. » Enfin, précise Bernard Loiseau, « il faut veiller aussi à ne pas démarrer trop tôt la brumisation, en température comme en âge. Ici en Vendée, on se donne le repère de 28 jours et 28ºC en poulet, et en dinde de 30ºC à 8 semaines (ou 28ºC à 10 semaines). »
Mélynda Hassouna, chercheuse à l´Inra, a travaillé avec Paul Robin et Gérard Amand (Itavi) à la mise au point du logiciel CalorSTA. Elle confirme les témoignages de André Drapeau et Bernard Loiseau sur l´intérêt de la régulation du débit d´air avec une brume. Ses simulations présentées aux Journées de la recherche avicole (1), et issues de la mise en formules mathématiques des phénomènes physiques de transfert de chaleur entre les masses d´air, l´eau, les animaux et les matériaux, vont dans le même sens.

Dimensionner l´équipement selon les réels besoins
« Pour des conditions climatiques extérieures et intérieures données (températures et hygrométrie), un bâtiment donné (qualité de l´isolation.) et un chargement donné (espèce, âge, densité), il existe un couple optimal débit d´air-débit d´eau, explique Mélynda Hassouna. Si le débit d´air est modifié, l´équilibre est rompu, ce qui aboutit à une situation différente de celle souhaitée. »
Que se passe-t-il si le débit d´air diminue ? Le cas présenté concerne des poulets à 28 kg/m2 de chargement pour lesquels on applique un débit d´air de 4 m3/kg de poids vif. La réduction du débit d´air - sans changement de la quantité d´eau évaporée (ici 24 g/h/kg poids vif) - conduit à une baisse de la température intérieure, sauf si le débit descend trop bas. En contrepartie le taux d´hygrométrie augmente (jusqu´à saturation dans les plages simulées) et une partie de l´eau brumisée reste liquide et est donc gaspillée.

Si on augmente le débit d´air, le débit d´eau nécessaire pour maintenir la température objectif augmente fortement. Si la capacité physique de brumisation maximale est dépassée (c´est ce qui a fini par arriver en 2003 !), la température va monter rapidement et fortement.
Actuellement les régulateurs de brumisation ne prennent en compte que la température intérieure. Les résultats obtenus avec CalorSTA montrent l´intérêt de développer des systèmes de régulation simultanée du débit d´eau et du débit d´air.

Données de l´expérimentation :
- 15,5 poulets de 1,8 kg par m2 (27,9 kg/m2 de poids vif).
- Température extérieure 39ºC et Humidité relative extérieure 26 %.
- Bâtiment bien isolé.
Source : Mélynda Hassouna - Inra.


(1) « Effet de la régulation du débit d´air sur les performances du refroidissement évaporatif en période chaude ». 2005, Journées de la recherche avicole, 6, p. 141-145.

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