Réussir Aviculture 16 novembre 2004 à 15h32 | Par Pascal Le Douarin

Marché de la viande - Le concept « halal » en mal de qualification

Faute d´une définition unifiée et de contrôles suffisants, la viande halal ne répond pas toujours aux préceptes religieux musulmans.

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Pour apporter une garantie sur les pratiques d´abattage, la communauté musulmane a mis en place un agrément des sacrificateurs, par l´intermédiaire des Mosquées de Paris, Lyon et Evry.
Parallèlement des associations ou sociétés privées ont été créées par des musulmans pour rassurer les consommateurs. Elles sont rémunérées au kilo ou au pourcentage du chiffre d´affaires réalisé par l´abattoir. Chaque organisation de contrôle adopte ses propres règles et interprète plus ou moins strictement les préceptes religieux.
©P. Le Douarin

Séparer le bon grain de l´ivraie
Malgré toutes ces précautions, « les produits dits halal ne le sont en réalité pas tous, loin de là. Et c´est la faute de musulmans qui encouragent les non-musulmans à mentir. Celui qui fraude sciemment n´est plus musulman car il trahit sa foi », a expliqué Khalil Meroun, recteur de la Mosquée d´Evry, au salon des produits halal le 15 juin à Paris. L´insuffisance de contrôle des abattages, comme des circuits de distribution, pousse certains - musulmans ou non - à la fraude.
Selon Lahcène Belatoui, le président d´AVS (« A Votre Service »), une association de contrôle des abattages, reconnue pour son sérieux, qui garantit le caractère halal des établissements et qui visite des boucheries, « nous observons tous les jours des fraudes sur les points de vente musulmans ».

En 1999, la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes a réalisé des visites chez onze industriels spécialisés en élaboration de produits halal, notamment de charcuteries de volailles. Six ont été poursuivis pour tromperie et falsification.
Le Conseil français du culte musulman (CFCM), l´instance représentative des musulmans élue en mars 2003, a créé une commission chargée de mettre de l´ordre. Ben Omar Abdelatif Taïf, qui la préside, déplore la divergence de points de vue sur la définition du « halal », et l´absence d´un cahier des charges commun.
Aux Pays-Bas et en Belgique, l´organisme de contrôle « Halal Correct » tolère l´électronarcose des volailles alors qu´en France ce n´est théoriquement pas possible. Aussi l´abattoir néerlandais Rep Roozendaal qui abat 150 000 poulets par jour, à 100 % « Halal Correct », peut proposer aux grossistes (via l´importateur Tradis Food) des cuisses à 0,90 /kg, des filets à 4,20 /kg et des poulets entiers à 1,60 /kg. Des tarifs que peuvent difficilement suivre les opérateurs français.

Responsabiliser chaque maillon
Loin de vouloir mettre en place une certification, l´objectif du CFCM est de qualifier le produit halal avec un référentiel « technico-religieux ». Il n´est pas certain que le CFCM arrivera à trouver un compromis. Il lui faudra aussi convaincre et responsabiliser les consommateurs et les entreprises. Les opérateurs musulmans historiquement positionnés sur ce marché opaque peuvent légitimement craindre l´intrusion d´entreprises non-musulmanes si « leur » marché devient plus transparent, donc accessible à un plus grand nombre d´intervenants.

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