Réussir Aviculture 15 février 2007 à 15h09 | Par P. Le Douarin et A. Puybasset

Marché de la pintade - Hors domicile en hausse, grande distribution en baisse

La pintade reste une volaille méconnue surtout dans le circuit de la grande distribution. Pour contrer cette tendance, les abatteurs développent la découpe et l´interprofession organise la communication.

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Avec 2 % du tonnage de l´aviculture, c´est-à-dire moins de 40 000 tonnes, la pintade se situe au quatrième rang français, loin derrière le poulet, la dinde et le canard. Mais la France est néanmoins le premier pays sélectionneur, producteur, exportateur et consommateur du monde. « Elle représente les trois quarts de la production européenne, souligne Jean Champagne, le délégué général du Comité interprofessionnel de la pintade (CIP). Il ne faut surtout pas laisser partir cette espèce, prévient-il. C´est une des niches, si caractéristique de la diversité avicole française, qui font notre singularité par rapport aux autres pays, surtout producteurs de poulet si facile à délocaliser. » Tout comme les autres espèces, la production française de pintade subit une lente mais sûre érosion, avec une baisse de plus de 11 % en l´espace de cinq ans.
Passés sous le seuil des 40 000 tonnes d´équivalent carcasse (tec), les abattages contrôlés ont été de 37 200 tec en 2004, 37 700 tec en 2005, et encore en recul en 2006 en raison de l´impact de la grippe aviaire. Jusqu´à octobre, la baisse des abattages était de 7,3 %.

En moyenne, les Français consommeraient 640 g de pintade sur un total de 23 kg de volailles. Pourtant « la pintade ne souffre d´aucun interdit, ni même d´aucun rejet de la part du consommateur, mais beaucoup ne la connaissent pas et n´en consomment jamais, faute d´y penser, d´en trouver et de savoir la cuisiner », note Jean Champagne. Fin 2004, l´Itavi avait réalisé une étude sur la perception des produits de volaille. « La pintade est considérée comme un produit haut de gamme, festif, élitiste, plus fin et plus noble que le poulet », rapportait Pascale Magdelaine, du service économique de l´Itavi. « Pourtant, notre vrai concurrent reste encore le poulet label », estime Guy Bergès le président du CIP. Que ce soit par le prix (supérieur d´environ 40 % : en moyenne 6,9/kg contre 4,8/kg en Pac entier), ou par la proximité physique dans le linéaire des magasins. « Les freins à la consommation sont liés à une méconnaissance du produit. Le consommateur craint de ne pas être à la hauteur pour préparer et cuire la pintade. Il doit être rassuré sur la possibilité d´une utilisation plus quotidienne », ajoutait également Pascale Magdelaine.

Marché de la distribution sous-exploité
Le manque de soutien par des metteurs en marche est sans doute l´une des raisons pour laquelle, la pintade est sous achetée en GMS. Alors que pour les autres volailles, le circuit GMS pèse pour 80 % des ventes aux ménages, en pintade il ne représente que 60 %. Les 40 % restants sont écoulés dans les réseaux traditionnels (bouchers-charcutiers-marchés) qui savent valoriser les produits de niche. La pintade est également mieux représentée que les autres volailles dans la restauration collective. En GMS, les études d´achat démontrent que les acheteurs réguliers (plus de deux actes d´achat par an) sont plutôt des séniors (50 ans et plus) ayant un bon pouvoir d´achat, et connaissant le produit. Ils privilégient les pièces entières (label ou standard), mais ils achètent aussi des découpes. Ces 20 à 25 % d´acheteurs de pintade absorbent les deux tiers des volumes GMS. Le tiers restant est acheté occasionnellement (une fois par an) par une majorité d´acheteurs irréguliers (56 %).
Les jeunes sont peu attirés par cette volaille, peu adaptée à leurs modes de consommation. A peine 10 % des volumes achetés par les consommateurs le sont sous forme de découpes. Il existe donc un réel déficit à combler, même si pour se consoler certains professionnels de la pintade se disent que l´âge moyen de la population s´élève. Pourtant, les abatteurs sont prêts à répondre présents à une demande des GMS. Désormais, 30 % des pintades sont découpées, dont la moitié des pintades standard, contre seulement 2 % des pintades label ou certifiées. Et selon le CIP, la vente de découpe est très forte en dehors du circuit consommateur final : 50 % en circuit restauration hors domicile et 40 % à l´exportation. L´export se développe assez bien avec de la découpe, notamment sur le Royaume-Uni. La pintade commence à ne plus être un produit franco-français. L´un des enjeux de cette filière est donc de poursuivre le développement de la découpe et d´innover dans des produits faciles d´utilisation, notamment pour le circuit GMS (« food convenience »).
Avec le soutien de l´Office de l´élevage, le CIP consacre la majeure partie de son budget aux actions de communication, tant à l´export que sur le marché intérieur français : animations en hypermarchés, promotion dans les circuits traditionnels et en restauration hors domicile.
Dernier événement en date, une conférence de presse sur le chapon de pintade, qui a été fortement relayée par les médias télévisés. « Avec nos modestes moyens - moins de 300 000 euros par an - la communication de masse est difficile. A nous de trouver des astuces pour faire parler de la pintade à moindre coût », explique le président du CIP. Cela a l´air de fonctionner.


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