Réussir Aviculture 17 août 2007 à 15h49 | Par Propos recueillis par Véronique Bargain

Madeleine Douaire - « La génomique sera au service des volailles d´ici cinq à dix ans »

D´ici 5 à 10 ans, des outils issus de l´étude des gènes pourraient permettre des améliorations de la sélection. Où en est-on ? Quelles sont les perspectives pour l´aviculture ? Tour d´horizon avec Madeleine Douaire, chercheur à l´unité de recherche en génétique animale Inra - Agrocampus de Rennes.

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Où en est-on de la recherche sur les gènes chez les animaux ?
Madeleine Douaire - En quinze ans, de gros progrès ont été réalisés. Les technologies ont beaucoup progressé et parallèlement les coûts ont fortement baissé. Aujourd´hui, nous travaillons à la fois sur le séquençage de l´ADN, sur sa transcription en ARN, sur les protéines qui en résultent et sur le phénotype qui découle des gènes mais aussi du milieu.
Tous ces points sont autant de « fenêtres » par lesquelles on peut « regarder » l´intérieur du génome. Nous avons aussi identifié de nouveaux marqueurs génétiques, les SNP (single nucleotid polymorphism), qui permettent d´aller beaucoup plus vite et de caractériser très finement le génome. En pratique, la recherche a déjà complètement séquencé les génomes de la poule, de la vache, du lapin, du chien et de trois poissons modèles. Le séquençage du porc est presque terminé. Et nous connaissons quelques séquences du génome du canard. En progressant, nous nous sommes aperçus que nous pouvions croiser les connaissances et les outils entre les espèces. Ainsi il y a en projet d´utiliser la connaissance du génome du poulet pour connaître celui d´autres espèces avicoles.

Quels sont les enjeux de ces recherches ?
M. D. - Les connaissances sur le génome pourront être utilisées pour l´amélioration génétique. Elles permettront une évaluation plus précise des animaux ou réduiront le coût de la sélection sans avoir à faire systématiquement des tests et des essais sur les phénotypes. Elles permettront d´évaluer plus tôt un caractère qui ne s´exprime que tardivement dans la vie de l´animal et elles permettront de s´affranchir en partie de l´information familiale. Elles faciliteront la sélection sur des caractères difficiles à mesurer, comme les résistances aux maladies ou la qualité de la viande, qui nécessite l´abattage de l´animal, et elles permettront de dissocier les caractères corrélés (reliés entre eux). Elles permettront une meilleure évaluation et gestion de la diversité génétique. Et elles pourront aussi être appliquées à l´élevage, par le choix des animaux les plus adaptés aux conditions d´élevage ou celui de conditions d´élevage plus favorables à l´expression des gènes. Des premiers résultats existent dans ce domaine, chez le porc notamment pour des caractères de qualité de viande. Enfin, elles pourront servir à l´orientation des produits sur les différents créneaux de consommation ou transformation.
Quels outils sont ou seront disponibles ?
M. D. - La situation varie suivant les espèces, selon le schéma de sélection et la valeur d´un reproducteur. Des outils sont déjà utilisés en bovin, comme la sélection assistée par marqueurs. En volailles, ce type d´outils ne semble pas adapté à cause du coût des tests encore trop élevé par rapport à la valeur d´un reproducteur. Mais les coûts diminuent très rapidement, ouvrant la voie à de nouvelles applications. De plus, l´évolution des technologies permet de trouver des réponses de plus en plus rapides. Alors qu´il a fallu vingt-cinq ans pour trouver un test de dépistage de la sensibilité à l´halotane chez le porc dans les années 70-80, il n´a fallu que quelques mois en 2000 pour en trouver un contre le caractère « bulldog » en bovin.
D´ici cinq à dix ans, des outils issus de la génomique seront sans doute disponibles pour les volailles. Ils porteront sur ce que les professionnels auront jugé important, sans doute sur les résistances aux maladies et les portages de pathogènes comme les salmonelles.

Pour en savoir plus : petit lexique pour les débutants en génétique
ADN : acide désoxyribonucléique, principal composant des chromosomes porteur de l´information génétique. La succession des quatre bases azotées sur la double hélice est unique.
ARN : acide ribonucléique, transcripteur de l´ADN et servant à la synthèse des protéines.
Génome : ensemble des gènes.
Phénotype : caractères apparents (morphologiques, chimiques.) d´un organisme, résultant de l´expression des gènes et de l´influence du milieu.
Marqueur génétique : segment connu et localisé sur les brins d´ADN permettant de repérer un gène dans son voisinage.
Séquençage : détermination de l´ordre des bases azotées (la séquence) constituant un fragment d´ADN.

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