Réussir Aviculture 07 janvier 2010 à 09h39 | Par P. Le Douarin

Leader de l'abattage-transformation au Maroc - Koutoubia, le rouleau compresseur de la dinde

Le boucher casablancais Tahar Bimezzagh a bâti un groupe d’abattage et transformation qui domine largement le secteur dinde et qui étend son emprise vers son amont.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
C’est grâce à la mortadelle premier prix que le groupe Koutoubia est né et qu’il a bâti sa « success story ».
C’est grâce à la mortadelle premier prix que le groupe Koutoubia est né et qu’il a bâti sa « success story ». - © P. Le Douarin

L’histoire du groupe Koutoubia a tout d’une « success story ». Parti de rien ou presque, un autodidacte a construit en vingt-quatre ans un empire agro-industriel qui croît en moyenne de 15 % par an. C’est le leader en volaille et le numéro 8 de l’agro-alimentaire marocaine.Koutoubia emploie 1500 personnes, abat ou transforme 120 000 dindes et 120 000 poulets par semaine, dont 20 % sont transformés en charcuterie, et prévoit un chiffre d’affaires de deux milliards de dirhams pour cette année. Tout commence au début des années 80 à Casablanca, où Tahar Bimezzagh tient une boucherie avec ses parents. En 1985, à 21 ans, il décide de se lancer dans la transformation et la découpe modernes de la viande. Il crée la Société anonyme des palmeraies de Koutoubia (Sapak) à Mohammedia, située à une trentaine de kilomètres au nord de Casa. Pour se lancer sur ce marché quasi inexistant, mais qui se développera rapidement, il commence par importer de la mortadelle.Composée de viande séparée mécaniquement (VSM), mais aussi de fécule, de matière grasse, d’arômes et d’épices, la mortadelle vendue au rayon réfrigéré se mange froide ou chaude, cuisinée ou non. Son prix varie de 1 à 15 €/kg, d’où son succès. Venant d’abord d’Espagne, elle contenait des produits non hallal et n’était pas issue de volailles abattues selon le rite musulman. C’est donc pour garantir un approvisionnement sûr en VSM pour ses mortadelles que Tahar Bimezzagh se lance en 1997 dans l’abattage et la transformation de la dinde, une production industrielle alors à peine naissante. La suite est un enchaînement d’opportunités, comme l’accompagnement des GMS en plein décollage (Acima-Marjane, Carrefour, Aswak Assalam…). « Notre seule contrainte forte, c’était la disponibilité en matière première locale », souligne Fayssal Rhnimi, secrétaire général du groupe. La technologie des outils industriels n’a rien à envier à celle des entreprises françaises. Il en est de même pour le niveau de qualité, avec les certifications ISO 22000 et ISO 9001. Chaque employé, de l’ouvrier jusqu’au cadre dirigeant, porte une blouse impe c cabl ement blanche et si nécessaire la coiffe, les bottes et les gants.

Fayssal Rhnimi, secrétaire général du groupe Koutoubia. « Par rapport à nos concurrents nous avons dix ans d’avance dans tous les domaines : outils, logistiques, gamme.»
Fayssal Rhnimi, secrétaire général du groupe Koutoubia. « Par rapport à nos concurrents nous avons dix ans d’avance dans tous les domaines : outils, logistiques, gamme.» - © P. Le Douarin

QUALITÉ, INNOVATION, DISTRIBUTION

Pour résister face à la concurrence du marché du vif, les abattoirs marocains doivent développer des produits différenciés et des marques. Koutoubia dispose de son propre centre de recherche et développement et se targue d’avoir mis au point une gamme de plus de 400 produits: volailles entières, découpe crue, panée, marinée, charcuteries crues (saucisses…), cuites (mortadelles, galantines, jambons), sèches (chorizos, salamis), conserves. Ils sont vendus sous huit marques: Koutoubia,Gala, la Crête rouge, El benna, Khassane, 2000, mais aussi Lapin d’or et Ftia pour la viande rouge. Dans un pays où la distribution des denrées périssables n’est pas totalement maîtrisée, la maîtrise logistique est indispensable. Une flotte de 450 véhicules livre la région côtière,mais aussi l’ensemble du Maroc. Et pour ne pas dépendre d’un seul débouché, notamment celui de la GMS qui pèse pour moins de 30 % de ses ventes, le groupe dessert les grossistes-revendeurs, les grands comptes (chaînes d’hôtels, hôpitaux…) et livre aussi les détaillants traditionnels en porte-à-porte.

 

PROPRE RÉSEAU DE VENTE

En 2004, néanmoins, Koutoubia a commencé à développer son propre réseau de boutiques.D’ici à la fin de cette année 2009, environ quarante-cinq auront été créées. D’abord implanté dans les quartiers populaires, Koutoubia lance d’autres boutiques sous l’enseigne « Boucherie Tahar » afin de toucher les classes aisées. Quatre de ces magasins sont en place à Derrière Koutoubia, qui détiendrait 70 à 80 % du marché de la charcuterie, le numéro deux de l’abattage et transformation de la dinde est Atzal, en pleine structuration. Le holding Atlas-Zalagh a été créé en juillet 2009 à partir de la fusion à 50/50 des groupes Al Atlas et Zalagh. Il revendique 25 % du marché de la charcuterie et la place de numéro un de l’aliment (700000 tonnes de capacité) et de l’abattage. En 2007, l’abattoir de dinde Eldin, créé par un groupe d’investissement maroco-saoudien, avait été revendu à Zalagh. L’abattoir Mavi appartient à Al Atlas. Quant à la société de charcuterie Banchereau, basée à Casa- Casablanca. Il s’agit de séduire avec des produits plus hauts de gamme, préparés sur place, et de proposer de la viande rouge, et même du poisson ou du fromage. Koutoubia envisage aussi d’introduire le surgelé, pour l’instant quasi inexistant. « Attention cependant, nous devons ménager nos clients GMS », tempère le sécrétaire général, qui veille à ce que leurs prix restent en cohérence. L’ensemble de ces caractéristiques font dire à Fayssal Rhnimi que son groupe a pris beaucoup trop d’avance sur ses concurrents — « au moins dix ans » — pour être menacé. Les difficultés à venir pourraient résulter de la trop forte croissance de l’entreprise. Afin d’anticiper l’accroissement de son marché, Koutoubia double ses capacités de production au siège de Mohammedia. Pour l’avenir, outre le développement de la distribution et l’exportation des charcuteries halal vers les riches pays du Moyen-Orient (Arabie Saoudite pour l’instant), Koutoubia observe l’évolution du secteur viande rouge, dominé par les abattoirs municipaux.Une ouverture au privé est envisageable, avec les quotas d’importation de bétail sur pied. « Pour l’instant, il n’existe aucune régularité en quantité et qualité. Cet élevage n’est pas du tout structuré. » Ayant diversifié ses activités dans le secteur immobilier, Tahar Bimezzagh serait-il tenté de vendre ? « Je ne le pense pas. Il reste très présent dans l’entreprise, symbole de sa réussite.Même s’il peut gagner plus sur un seul projet immobilier qu’avec Koutoubia en une année, il ne la lâchera pas », assure Fayssal Rhnimi.

Six outils industriels

- À Mohammedia, création en 1985 de la Société anonyme des palmeraies de Koutoubia (transformation en charcuteries - 50 tonnes/jour) et en 2005 de Délices Viandes (abattage, découpe, VSM d’environ 100 t/j) ;

- À Settat, rachat de Beldinde (abattage mixte poulet-dinde) et de El Benna food (charcuteries et conserves) ; ! À Had Soualem, rachat de Sabav (abattage de lapins et gibiers) ;

- À Casablanca, rachat de Casa viande en 2005 (atelier de découpe viande rouge).

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Réussir Aviculture se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Question du mois

Pourrait-on ouvrir le capital des élevages pour permettre d’investir ?

Répondez à la question

Les ARTICLES LES PLUS...

Voir tous

Voir tous

Voir tous

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 24 unes régionales aujourd'hui