Réussir Aviculture 06 octobre 2016 à 08h00 | Par Xavier Cresp

Le toasteur mobile voyage de ferme en ferme

Dans le Gers, le toasteur mobile de soja est une solution qui valorise une production locale à travers l’utilisation d’un soja fermier « cuit maison », qualitatif et compétitif.

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Le toasteur gersois a été le premier à s’implanter en France. Cette technologie pourrait supplanter l’extrusion qui semblait la seule solution.
Le toasteur gersois a été le premier à s’implanter en France. Cette technologie pourrait supplanter l’extrusion qui semblait la seule solution. - © Xavier Cresp

Livré en juin 2015 à la FDCuma du Gers, le toasteur mobile Mecmar voyage depuis lors de ferme en ferme. À l’origine se trouvent une dizaine de céréaliers cultivant le soja en tête d’assolement et désireux de mieux le valoriser en productions animales. « Nous avons commencé par treize adhérents et engagé l’équivalent de 400 tonnes de soja, confie Simon Graf, responsable du suivi des chantiers de toastage et éleveur de volailles à Estipouy (32). C’était déjà suffisant pour rentabiliser les 80 000 euros investis, remorque comprise. Nous étions accompagnés par un technicien. En pratique, la Cuma départementale gérait l’organisation des chantiers. » Le bouche-à-oreille a fonctionné et le tonnage est monté en flèche. Aujourd’hui, trente-cinq adhérents sont répartis sur cinq départements, avec 1 100 tonnes transformées, l’équivalent de plus de 300 hectares. Pour Éric Figureau, animateur de la Cuma du Gers et responsable du projet, « maintenant que nous maîtrisons la technique, il s’agit d’utiliser le toasteur à plein, de rationaliser les chantiers, d’organiser des tournées cohérentes. Chez nous, le toasteur travaille à 80 % pour les volailles et les canards. Nous allons continuer nos investigations pour traiter les féveroles, les pois, afin d’offrir des solutions adaptées à tout type d’élevage ».

Une technique simple à découvrir

Le toasteur est un appareil conçu pour le traitement thermique des légumineuses (essentiellement le soja déjà séché) et des céréales par torréfaction. Selon le constructeur, il peut être aussi utilisé pour le séchage et/ou la stérilisation de produits comme des coquilles d’œuf, des noix… Les produits doivent être secs, mûrs et propres. La torréfaction vise à réduire les éléments antinutritionnels de la graine crue. Le contrôle a lieu sur les graines refroidies, en mesurant le pourcentage résiduel d’enzyme uréasique. Après traitement, le soja devient digestible avec une bonne valeur nutritionnelle. Contrairement au procédé par extrusion, la graine de soja cuite conserve ses matières grasses. Afin de garantir la qualité du soja torréfié et déterminer la formulation adéquate, des échantillons torréfiés sont analysés. Pour un bon résultat, il faut des graines à 14 % d’humidité, triées et sans impureté. L’approvisionnement du toasteur est réglé de façon à apporter une couche fine et régulière sur le tapis de convoyage, en définissant une durée de passage. Respecter 180 °C à cœur oblige à maintenir une arrivée d’air chaud à 250 °C et sa sortie à 110 °C. « Une fois que c’est bien réglé, c’est parti », résume Éric Figureau. Il ne faut pas négliger le refroidissement qui garantit une bonne conservation - entre six et huit mois - et conserve l’appétence. « Sur une exploitation, il faut envisager deux à trois passages dans l’année pour travailler un produit toujours frais », précise Philippe Olivier, responsable commercial chez Secopalm(1) et premier partenaire du projet.

Torréfier le soja soi-même améliore l'autonomie protéique des ateliers volailles.
Torréfier le soja soi-même améliore l'autonomie protéique des ateliers volailles. - © X. Cresp

Une nouvelle donne qui bouscule les habitudes

« Jusqu’à présent, on n’a pas réussi à remplacer le soja qui, en volailles et palmipèdes, reste incontournable les quatre premières semaines d’élevage, stipule Philippe Olivier. Mon métier, c’est de fournir des minéraux, mais surtout de créer des solutions nutritionnelles pour les clients. Nous nous sommes inscrits dans cette démarche dès son origineL’intérêt du soja fermier est multiple. Il améliore l’autonomie alimentaire, apporte un supplément de matière grasse, et surtout réduit le coût de la ration. »

Après six mois d’utilisation, les résultats laissent entrevoir de bonnes perspectives. « En volaille, les retours sont très positifs, avec des indices de consommation et des poids de carcasses améliorés. Chez les palmipèdes, l’apport de matières grasses joue aussi sur la qualité des magrets. Les qualités organoleptiques semblent mieux développées. »

Chez Simon Graf, le toasteur a supplanté l’extrudeur. « Outre le débit nettement plus performant, c’est surtout le coût d’utilisation qui change la donne, avec une division par trois ! De cent euros par tonne en extrusion, je suis passé à trente-cinq euros par tonne en toastage. Le constat est sans appel. »

D’autres protéagineux, et même des graines mélangées (méteils), sont amenés à être valorisées. « Ce procédé lève aussi des freins à la distribution du soja directement entre producteurs et éleveurs. Ce produit 100 % français, issu de la ferme, sera aussi un argument supplémentaire pour les circuits courts et les élevages bio », conclut Philippe Olivier.

(1) Filiale de la firme service Idena.

 

Voir aussi article " La fabrication à la ferme innove ".

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