Réussir Aviculture 03 avril 2018 à 17h00 | Par Pascal Le douarin

Le déficit commercial de la volaille se creuse encore

Deuxième producteur européen de volailles, la France est néanmoins à la peine pour assurer la couverture de son marché intérieur. Bilan de l’année 2017.

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" Un tiers de la hausse du poulet profite aux importations ".
" Un tiers de la hausse du poulet profite aux importations ". - © Pascal Le Douarin

Vu de loin, le bilan du secteur de la volaille de chair pour l’année 2017 est équilibré en volumes avec une production et une consommation nationale sensiblement identiques, aux alentours de 1.81 million de tonnes d’équivalent carcasse (tec). Avec un pourcentage d’auto approvisionnement de 100,3 %, tout devrait donc aller bien. Dans le détail, il en est bien différemment. La France exporte 541 000 tec et importe 606 000 tec avec des valeurs nettement différentes. En effet, nous importons des produits « nobles » comme des cuisses, des filets ou des préparations à base de viandes de volailles, que ce soit de l’Union européenne ou des pays tiers. Par contre, nous exportons 51 % de nos volumes en produits nobles vers l’UE et 49 % vers les pays tiers. Ces derniers sont des poulets entiers congelés ou des coproduits (pattes, abats, ailes, cous, VSM) vendus deux fois moins chers (en moyenne 1,25 euro/kg contre 2,65 €/kg vers l’UE). Pour la seconde année consécutive, notre commerce extérieur est négatif de 65 000 tec en volume et de 192 millions d’euros en valeur. De plus, ce déficit augmente du fait d’une baisse des exportations de 20 millions d’euros (M€) vers les pays tiers qui n’est pas compensée par la hausse de 1,3 M€ vers l’UE. Et surtout, la valeur des importations de l’UE croit de 50 M€.

Un manque de poulet favorable aux importations

Pour comprendre les causes de ce déficit, il faut se pencher sur la production avicole française. En 2017, 68 % des volumes produits sont du poulet (1,235 Mtec et +2,1 % de progression), puis à 19,4 % de la dinde (353 000 tec et -5,6 %), à 10,4 % du canard (188 000 tec et -9,6 % en lien avec l’influenza), et à 1,9 % de la pintade (35 000 tec et -8,8 %). Si la consommation globale est restée stable, en revanche elle a augmenté de 4,7 % en poulet (+ 60 000 tec) et baissé de 10 à 13 % pour les autres espèces. Les 22 000 tec d’abattages supplémentaires de poulets n’ont pas suffi à répondre à la demande intérieure et les importations de poulet ont progressé de 23 000 tec. Ce qui veut dire qu’un tiers de la progression du poulet profite aux importations. Celles-ci sont à 96 % d’origine européenne. Trois fournisseurs se distinguent, par ordre décroissant : la Belgique, les Pays-Bas et la Pologne en progression fulgurante (+17 % en un an et +28 % en deux ans). Il s’agit à 90 % de poulet destiné surtout à l’industrie de la transformation ou à la RHD. Ne pesant que 26 000 tec, les importations des pays tiers sont en baisse de 11 %, suite à l’affaire de la viande avariée au Brésil. Au final, avec 34 % de la consommation pour l’ensemble des volailles et 41 % pour le poulet, la part des importations continue sa lente progression.

Vases communicants entre pays européens

Avec 4 % des imports issus de pays tiers, on pourrait penser que la France est peu exposée au risque d’une plus grande ouverture européenne aux pays du Mercosur. Sauf que les produits européens ne le sont pas tous. Il est possible de transformer un produit de pays tiers (décoffrage de filets ukrainiens, dessaumurage de découpe brésilienne), puis de l’exporter avec le logo UE. Ces produits importés pèsent sur les prix de leurs équivalents européens. Enfin, ils empêchent les produits français de pénétrer le marché très porteur de la RHD et de l’industrie de transformation. Chaque nouvelle génération de consommateurs a tendance à manger plus que la précédente des produits tout prêts, issus de la RHD et de l’industrie alimentaire. Si les achats de volailles par les ménages sont restés stables l’an dernier, en revanche les ménages se tournent vers plus de découpe crue (+2,3 % en tonnage) et plus de produits élaborés (+ 3,4 %), au détriment du poulet Pac (- 4,7 %), de la dinde (-3,3 %), du canard (-6,2 %), de la pintade (-4,6 %). Les modes de consommation évoluent en profondeur. Il ne faut donc pas rater le train de ces nouveaux marchés.

- © Infographie Réussir
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