Réussir Aviculture 09 août 2016 à 08h00 | Par Propos recueillis par Élodie Dezat

Pour le président de sa fédération des producteurs de volailles, « la Pologne est en surchauffe »

Andrzej Danielak, le représentant des fédérations régionales de producteurs de volailles a rencontré des aviculteurs bretons. Il leur a fait part de ses préoccupations sur l'avenir de l'aviculture polonaise et européenne.

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Propos recueillis par Élodie Dezat
Propos recueillis par Élodie Dezat - © P. Le Douarin

Comment a évolué la production de volailles polonaises ces dernières années ?

Andrzej Danielak - « Depuis dix ans, la croissance est en moyenne de 8 % par an. Nous avons eu jusqu'à 12 % d'augmentation annuelle. La rentabilité de la production de dindes en particulier avait beaucoup augmenté (20 % par rapport aux 8 % du poulet ), d'où une croissance plus forte encore. Certains producteurs de poulets se sont convertis à la dinde. Le revers de la médaille est que beaucoup d'agriculteurs se sont lancés dans cette production. De plus, des agriculteurs connaissant des crises, comme en porc ou en lait, se sont reconvertis dans cette production pour laquelle ils obtiennent facilement des crédits. »

Quel impact ce développement a-t-il sur le maillon élevage ?

A. D. - « Nous nous retrouvons actuellement en surproduction de dindes, avec une baisse des prix de vente. Le prix au kilo sortie élevage a chuté de 20 % entre l'année dernière et le mois de mai. Pour savoir si cette tendance va se poursuivre, nous avons recensé les nouveaux projets pour 2016. Nous estimons qu'il y a 450 dossiers d'agrandissements ou de créations d'élevages qui vont se réaliser en grande partie. Il faut distinguer les structures commerciales de très grande taille et les éleveurs familiaux historiques. Ces derniers, dont je fais partie, sont inquiets car nous n'avons pas de possibilité de réguler la construction des poulaillers. Certains élevages se montent sans débouché assuré ! La facilité avec laquelle la Pologne exporte aujourd'hui ne tient qu'aux faibles prix. De ce fait, nos producteurs ne profitent pas beaucoup de la valeur ajoutée. Nos prix de vente sur le marché européen, et la rémunération des éleveurs, diminuent d'année en année. »

Quelles sont vos autres inquiétudes pour l'avenir ?

A. D. - « La première porte sur les négociations autour de l'accord commercial Europe-USA (TTIP). Les textes juridiques sont déjà prêts. Nous n'avons pas de doutes sur le fait qu'il sera signé, et ce sera une vraie catastrophe pour la filière avicole. La croissance d'autres pays proches nous inquiète également. L'Ukraine a un potentiel de développement énorme, avec des coûts de production beaucoup plus faibles. C'est un pays producteur de céréales, on peut aussi y cultiver des protéagineux, et la réglementation est beaucoup moins contraignante. Il faudra également garder un oeil sur la Turquie. Enfin, nous sommes confrontés à des difficultés pour négocier les prix avec la grande distribution."

Quelles solutions imaginez-vous pour éviter une crise ?

A. D. - « Elles passent tout d'abord par une meilleure organisation. Il faut nous structurer et mettre en place des groupements de producteurs puissants pour peser dans les négociations. Nous souhaiterions également nous regrouper avec les autres pays producteurs pour faire valoir les intérêts avicoles européens à Bruxelles. Pour écouler la production polonaise, une solution à court terme est de trouver de nouveaux débouchés, et nous négocions actuellement avec de nouveaux pays. Si je semble assez inquiet pour l'avenir, nous avons aussi des atouts. Il existe un grand tissu d'entreprises familiales et les Polonais ont la réputation de savoir s'adapter, comme nous avons pu le faire dans le passé. »

Que retenez-vous des échanges avec des aviculteurs bretons venus vous voir au mois de mai ?

A. D. - « Nous sommes surpris car nous avions l'impression que la structuration économique des filières était plus efficace en France. L'expérience bretonne est une sacrée leçon. La diminution du nombre d'élevages et la fermeture d'abattoirs vécues depuis les années 2000 peuvent aussi nous arriver. Nous voyons bien qu'il n'est pas possible de continuer à produire sans limites. Comme en Bretagne, nous sommes confrontés à des soucis d'acceptabilité sociale des activités d'élevage. Il y a de plus en plus de problèmes de voisinage et la réglementation environnementale se durcit. »

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