Réussir Aviculture 05 décembre 2016 à 08h00 | Par Armelle Puybasset

La plateforme API-Agro mutualise les données numériques agricoles

Créée à l’initiative des instituts techniques et accessibles à tous, la plateforme web API-Agro facilite le partage et la diffusion des données numériques agricoles, dans un objectif final d’amélioration de la performance.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
La plateforme API-Agro regroupe l'accès aux données agricoles sous une même structure informatique pour faciliter leur partage et leur diffusion.
La plateforme API-Agro regroupe l'accès aux données agricoles sous une même structure informatique pour faciliter leur partage et leur diffusion. - © Acta

Les exploitations agricoles sont devenues productrices de données numériques. Les capteurs, les pesons, les boîtiers de régulation, les caméras - véritables outils de pilotage au service de l’éleveur -, ont peu à peu envahi les élevages. Demain, s’y ajouteront probablement des puces RFID pour un suivi individuel des animaux, des robots, des automates et autres objets connectés. Tous génèrent de multiples données informatiques. C’est aussi le cas des instituts agricoles et de recherche, via leurs expérimentations, et de l’ensemble des entreprises d’amont ou d’aval gravitant autour du milieu agricole. Ces milliards de données représentent une source d’information colossale qui mériterait d’être mieux exploitée. Jusqu’à présent, celles-ci étaient difficilement partageables ou seulement partiellement et à un prix coûteux car provenant d’origines et de formats informatiques différents. L’intérêt de la plateforme Web API-Agro est précisément de regrouper l’accès à ces données sous une même « structure informatique » pour faciliter leur partage et leur diffusion. Cette plate-forme de données agricoles rend possible la réalisation de prétraitements mais surtout elle permet de connecter ces sources de données sur les outils informatiques des utilisateurs de la plate-forme. C’est une première à l’échelle européenne. « Souvent associé aux solutions de stockage de données d’Amazon ou de Google, le big data est un terme qui peut faire peur mais qu’il faut démystifier », a souligné Sylvain Gallot, de l’Itavi lors de sa présentation au Space. « La richesse du big data tient autant, sinon plus, à sa capacité d’interconnecter des sources de données hétérogènes qu’aux volumes traités. L’intérêt est de faire émerger des réponses à des questions qu’on n’imaginait même pas se poser au préalable. C’est une nouvelle approche dans l’exploitation des données. »

Un objectif premier de favoriser l’innovation

Officiellement lancée en février 2016, API-Agro a été initiée par une douzaine d’instituts techniques dont l’Itavi (1) sous l’égide de l’Acta et de partenaires de la recherche et développement dont l’Inra. Elle met à disposition un catalogue de données et de fonctions de calcul produites par les chercheurs, dans un format utilisable par les hommes et par les machines, pour favoriser l’innovation, partager des références agricoles et faciliter la production de nouveaux services dans les filières animales et végétales. L’ensemble est accessible, gratuitement ou non, sur le site http://plateforme.api-agro.fr. Pour l’instant les référentiels disponibles sont par exemple la base de données sur les sols type d’Arvalis-Institut du végétal, le code race des ruminants, les sorties de modèles météorologiques de Météo France ou encore les indices de coût de matières premières des aliments pour volailles de l’Itavi. Des outils d’aides à la décision sont petit à petit développés et s’alimentent en référentiels. « Actuellement en phase d’enrichissement et de récupération de données, la plateforme est désormais ouverte à tous les acteurs souhaitant valoriser leurs données : instituts techniques et de recherche, entreprises voire les groupements d’agriculteurs. »

Les données restent la propriété du producteur

La plateforme peut être exploitée à différents niveaux. L’utilisateur accède aux séries de données qu’il souhaite. Il peut les caractériser, les observer grâce à des représentations graphiques ou par cartographie, les exporter… Il peut aussi copier des bouts de code et les intégrer dans sa propre application pour permettre une actualisation automatique d’une série de données. « Par exemple, une entreprise qui utilise périodiquement l’indice Itavi dans ses outils de calcul informatiques peut désormais intégrer automatiquement cet indice, sans intervention humaine, via une API (voir ci-contre) générée par la plateforme. »

Pour le producteur de données, l’intérêt de la plateforme est de leur apporter davantage de visibilité. Il les dépose sur le site en quelques minutes. C’est lui qui gère les modalités d’accès : ouverture à tous ou accès réservé, type d’utilisation, gratuité ou non des données… Une charte d’utilisation a été définie. Les données restent la propriété de la personne qui les dépose. Grâce à la traçabilité, il sait précisément qui les utilise. « La plateforme a été créée par les instituts techniques mais les données ne leur appartiennent pas », a précisé Anne Richard, directrice de l’Itavi. API-Agro est hébergée et gérée par une start-up française indépendante.

Il est encore tôt pour visualiser concrètement tout ce que permettra la plateforme demain. « Les outils et services mis à disposition seront créés en fonction des besoins définis par les futurs utilisateurs. Tout est envisageable », explique Théo-Paul Haezebrouck, chargé de mission projets numériques d’Acta et animateur de la plateforme. L’objectif au final est bien d’améliorer la performance à l’échelle de l’exploitation et de la filière agricole.

1) Arvalis, Institut de l’élevage, Ifip, Itavi, Inra, IFPC, IFV, CTIFL, Astredhor, ITB et Agro Transfert, Acta.

Les objets connectés, comme les pesons automatiques, la surveillance vidéo à distance, les automates et les divers capteurs génèrent de nombreuses données numériques. (en dernier recours car je voudrais plutôt mettre en avant la recherche des instituts techniques).
Les objets connectés, comme les pesons automatiques, la surveillance vidéo à distance, les automates et les divers capteurs génèrent de nombreuses données numériques. (en dernier recours car je voudrais plutôt mettre en avant la recherche des instituts techniques). - © A. Puybasset

L’API permet de « brancher » deux applications

Jusqu’à présent, les systèmes de mutualisation des données informatiques impliquaient une standardisation du format d’échange. La plateforme API-Agro se base sur un nouveau canal de distribution, l’interface API, pour l’acronyme anglais d’Interface de Programmation Applicative. Une API permet à deux programmes d’échanger des données, en définissant un langage commun. Elle permet de faire communiquer une application avec le système d’information d’une entreprise (accès à une base de données ou et une fonction de calcul). La plateforme propose de servir de point d’accès unique aux données et APIs produites par les nombreux opérateurs de l’écosystème agricole et permet leur monétisation. Il s’agit d’une interface d’APIs publique (ou Open API). Elles sont ouvertes à toute personne qui souhaite les employer dans le respect des conditions générales d’utilisations. Depuis quelques années, les API envahissent le web. Elles sont couramment utilisées par les grandes entreprises du web (Amazon, Twitter, Facebook).

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Réussir Aviculture se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Question du mois

Pourrait-on ouvrir le capital des élevages pour permettre d’investir ?

Répondez à la question

Les ARTICLES LES PLUS...

Voir tous

Voir tous

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 24 unes régionales aujourd'hui