Réussir Aviculture 01 juin 2018 à 08h00 | Par Pascal Le Douarin

La Norvège chasse ses bactéries multirésistantes

Exemplaire dans sa réduction de l'emploi des antibiotiques, la filière avicole norvégienne est passée à l'étape suivante, celle de la lutte contre les bactéries multirésistantes.

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Ida Mathisen : « Il est possible de réduire fortement la fréquence des bactéries BLSE, mais c’est un travail sans fin »
Ida Mathisen : « Il est possible de réduire fortement la fréquence des bactéries BLSE, mais c’est un travail sans fin » - © P. Le Douarin

Jusqu'en 2011 la Norvège était assez fière de ses pratiques en matière d'usages d'antibiotiques. C'est le pays européen qui emploie le moins d'antibiotiques en santé animale (5,45 t de matière active pour toutes ses productions terrestres)(1), et quasiment aucun antibiotique critique (fluoroquinolones, céphalosporines C3G et C4G). En 2015, la filière a même décidé de retirer le coccidiostat Narasin avant fin 2016, divisant par dix sa consommation d'antibiotiques et coccidiostats dans l'aliment (1,4 t en 2016). Depuis 1999, la Norvège contrôle aussi les niveaux d'antibiorésistance sur 2,4 millions de volailles reproductrices, toutes importées. « L'antibiorésistance n'était plus un sujet de préoccupation de notre industrie », explique Ida Mathisen, vétérinaire de l'association des industriels norvégiens de la volaille. Sauf qu'en 2011, les méthodes de recherche des bactéries multirésistantes BLSE (bêta lactamases à spectre étendu) ont été révisées. Il est alors apparu que 43 % des filets de poulets norvégiens contrôlés en étaient porteurs. Ces bactéries étaient susceptibles de transmettre leurs gènes de résistance à d'autres familles bactériennes, et par voie de conséquence à l'homme. Ce chiffre a été confirmé en 2012 et 2014 (32 % et 35 % de filets porteurs).

Une lutte sans fin

Malgré le plan d'actions renforcées mis en place par les professionnels, le secteur n'a pas pu échapper à une crise médiatique et à une baisse des ventes de 10 % fin 2014. Elles ont mis deux ans à remonter. Ce plan consiste à exiger des reproducteurs importés non traités aux antibiotiques, ainsi que des poussins ou des OAC issus de non traités. La présence de bactéries E. coli BLSE y est recherchée ainsi que sur les viandes importées. Le taux de E. coli BLSE sur les oeufs incubés est au maximum de 1 %. S'agissant d'une résistance naturelle (ensuite amplifiée par la pression de sélection antibiotique), le niveau zéro n'existe pas. La biosécurité a été renforcée à tous niveaux. Les lots de volailles détectés positifs BLSE sont traités à part. « Il est possible de réduire fortement la fréquence des bactéries BLSE par des mesures de biosécurité, mais c'est un travail sans fin », estime Ida Mathisen puisque la Norvège est obligée d'importer. C'est aussi sans compter sur le plus important vecteur de bactéries encore incontrôlable qu'est le Norvégien rapatriant des bactéries au cours de ses périples de plus en plus fréquents et de plus en plus lointains.

(1) pour une population animale de 950 000 brebis, 200 000 vaches laitières, 34 000 chèvres, 50 000 truies, 4,3 millions de poules et 76 millions de volailles de chair.

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