Réussir Aviculture 27 mai 2016 à 08h00 | Par Pascal Le Douarin

La filière œufs embryonnés poursuit sa structuration

Les couvoirs Caif et Hubert ont besoin d’éleveurs pour produire des œufs embryonnés à l’origine des vaccins saisonniers humains de la grippe distribués dans le monde entier.

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Les œufs sont inoculés avec la semence virale. Chargement des œufs inoculés avant l'incubation - Val de Reuil.
Les œufs sont inoculés avec la semence virale. Chargement des œufs inoculés avant l'incubation - Val de Reuil. - © V. Moncorgé/Sanofi Pasteur

Depuis le siècle dernier, le principe de fabrication d’un vaccin inactivé destiné à protéger l’Homme de la grippe saisonnière est resté le même. Chacune des trois souches vaccinales constituant le vaccin est issue d’une culture virale durant 72 heures sur des œufs embryonnés âgés de 11 jours.
En Europe, trois laboratoires fabriquent ces vaccins grippaux : Sanofi-Pasteur en France, GSK en Allemagne et Novartis en Angleterre. Ils s’approvisionnent auprès de fournisseurs d’œufs à couver de poule qui se sont spécialisés dans un schéma apportant les garanties requises, notamment sanitaires.

Un partenariat sur le long terme

Il y a quelques années, le laboratoire français contractait la fourniture d’œufs à l’année avec plusieurs accouveurs La volonté d’obtenir des œufs répondant mieux à ses attentes (qualité sanitaire, sécurité d’approvisionnement, logistique, coûts), l’a conduit à n’en garder que deux aujourd’hui. Ce sont le couvoir Hubert, situé à Guiberville dans la Manche, et Caif le fournisseur historique implanté à Auneau en Eure-et-Loir. Hubert produit aussi du poussin de chair et de la poulette d’œuf de consommation (multiplicateur des souches Novogen).

Du côté de Sanofi-Pasteur, la réduction à deux accouveurs s’est concrétisée par un engagement d’achat sur dix ans. En contrepartie, Hubert et Caif ont fait des investissements conséquents. Déjà détenteurs d’un couvoir, ils se sont associés pour créer un troisième site (Ovopharm) installé aux portes de l’usine Sanofi du Val-de-Reuil (Eure). Ce couvoir de 4 500 m2, qui comporte uniquement des incubateurs avec les équipements de mirage et de conditionnement, est opérationnel depuis septembre 2014. Parallèlement, chaque fournisseur a réinvesti sur son propre site pour augmenter ses capacités et être en mesure de compenser la défaillance d’un des outils. Les volumes sont équivalents sur chaque site, mais Ovopharm a vocation à devenir le centre de mirage. Pour gagner en productivité, il importe que les œufs inoculés soient tous vivants. Mirer juste avant d’inoculer est donc plus logique.

 

Récolte du liquide allantoïdien à l'usine Sanofi du Val de Reuil.
Récolte du liquide allantoïdien à l'usine Sanofi du Val de Reuil. - © V. Moncorgé/Sanofi Pasteur

Besoin de 950 000 à 1 000 000 d’œufs de poules

L’usine de Val-de-Reuil fabrique du vaccin grippal une partie de l’année pour fournir l’hémisphère Nord et une autre pour l’hémisphère Sud. Il faut environ un œuf pour produire une dose et 260 000 œufs pour fabriquer un lot de vaccin. Les besoins en œufs sont de l’ordre de 120 à 150 millions d’unités par an, réparties sur 30 à 35 semaines de production de vaccin. Ce qui correspond à une capacité de production de 950 000 à 1 000 000 de poules en 2018. Avec quinze élevages en production, Caif est un peu en retard sur son objectif. Jean-Noël Thébaud, le responsable technique, veut faire produire jusqu’à 250-300 kilomètres du couvoir au maximum. François Hubert annonce 500 000 poules installées majoritairement chez des éleveurs (25 % de production interne à terme). Le couvoir recrute encore des investisseurs en Pays de La Loire et Normandie. Travailler dans du neuf est souhaité, mais pas exigé. « Nous cherchons à implanter des sites d’une capacité 30 000 places en deux bâtiments, précise François Hubert, ce qui permet aux éleveurs d’investir dans l’automatisation du conditionnement et procure une dimension économique suffisante. » Pour des raisons sanitaires, les poules sont élevées sur caillebotis intégral, « mais nous réfléchissons à des volières, comme cela existe déjà en Allemagne », poursuit le dirigeant. Ces élevages doivent pouvoir être reconvertibles au cas où le contrat avec Sanofi serait remis en cause. Les éleveurs contractés avec Hubert sont prestataires de services, rémunérés à l’œuf et à la qualité (déclassé et calibre à plus ou moins 53 g). À quoi s’ajoute une prime liée à la qualité sanitaire pouvant atteindre 10 % de la rémunération. Enfin, le couvoir apporte une aide d’un euro par place pendant douze lots pour du neuf, sachant que l’investissement varie de 32 à 36 euros à la poule logée.

Le contrôle de la qualité des œufs embryonnés (ici au couvoir Hubert ) est impitoyable.
Le contrôle de la qualité des œufs embryonnés (ici au couvoir Hubert ) est impitoyable. - © couvoir Hubert

 

Pour les vaccins, le sanitaire prime

L’extrême niveau d’exigence du fabricant est justifié par le souci de ne provoquer aucun effet post-vaccinal indésirable. Les barrières sanitaires et les mesures de biosécurité sont très strictes : sas sanitaire trois zones avec douche, sas sanitaire deux zones, dératisation, nettoyage et désinfection du matériel, hygiène du personnel. Les poules et les œufs doivent répondre à des critères précis : absence de virus influenza (1 à 3 contrôles par semaine selon le contexte), de leucose, de mycoplasme et de salmonelle (contrôles mensuels), charge bactérienne sur la coquille inférieure à 20 000 UFC sortie élevage et à 5000 UFC sortie couvoir (1), élimination des œufs tachés, salis, fêlés ou hors calibre. Les œufs conditionnés sont désinfectés sur place et stockés entre 10 et 20 °C. Le fabricant peut réaliser un audit à tout moment.

(1) En élevage commercial, la charge normale oscille de 25 000 à 120 000 UFC/œuf

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