Réussir Aviculture 08 décembre 2016 à 08h00 | Par Pascal Le Douarin

L’éclairage à leds trouve ses marques

Technologie de rupture, l’éclairage à leds se répand lentement en élevages avicoles, le temps qu’émergent des fournisseurs fiables et que les utilisateurs soient convaincus de son intérêt.

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Avec les éclairages à leds, les volailles pourront être mieux éclairées notamment au démarrage.
Avec les éclairages à leds, les volailles pourront être mieux éclairées notamment au démarrage. - © P. Le Douarin

Hormis en élevage plein air extensif et la génération des bâtiments standard Louisiane, nos volailles de chair sont élevées sous lumière artificielle. Mais sont-elles correctement éclairées ? À la différence de l’eau, de l’air et de l’aliment, la lumière a été le parent pauvre des recherches sur l’amélioration des paramètres d’élevage, excepté chez les reproducteurs et les poules pondeuses (programmes lumineux). Les besoins des oiseaux en croissance sont encore mal connus et les conclusions des études souvent contradictoires. Leur sensibilité aux différentes longueurs d’onde du spectre lumineux serait différente de celle de l’homme, mais aucun système d’éclairage n’a été spécifiquement conçu pour la volaille. L’élevage avicole utilise toujours des sources lumineuses prévues pour les activités humaines.

En élevage, on constate que les niveaux d’éclairement sont souvent bas. Bon nombre d’anciens poulaillers seraient à des niveaux d’éclairement proches du minimum de 20 lux de la réglementation européenne en poulet (sur 80 % de la surface). Dans ces conditions d’éclairement, aucun des systèmes n’a démontré sa supériorité zootechnique par une amélioration des performances. Mais selon Cyril Hervé, représentant l’éclairagiste canadien CBM en France, ce pourrait être le cas si les volailles de chair étaient mieux éclairées. Sylvain Brière, du service R & D du sélectionneur Hybrid Turkeys, rappelle qu’il faudrait 60 lux d’éclairement en dinde au minimum, et que bien souvent les éleveurs sous-éclairent par crainte de picage.

Les choix du matériel d’éclairage se sont faits sur des considérations économiques (en visant au moins cher) plus que techniques ou réglementaires (disparition programmée de l’incandescent). Dans un investissement, le poste éclairage ne pèse que 1 à 2 % (3 à 6 euros/m2). Pourquoi faire des économies de bouts de chandelle en se sous-équipant, d’autant que l’éclairage est régulable ?

L’éclairage à tubes fluo s’est imposé, mais l’éclairage à leds va prendre le pas. Depuis les années 2000, cette révolution technique a pris partout de l’ampleur, sauf en agriculture. Sur le papier, la diode électronique n’a que des avantages : économie d’énergie (consommation divisée par trois au moins), robustesse et longévité (une dizaine d’années de fonctionnement sans remplacement), respect de l’environnement (absence de métaux polluants), efficacité grandissante (bientôt 150 lumens émis par watt consommé) et maîtrise du spectre d’émission de la diode. « Désormais, en led il existe une solution de remplacement pour tous les systèmes précédemment existants », assure Ludovic Mesnard, ingénieur d’affaires chez Philips Lighting. Mais en pratique, les premiers aviculteurs acheteurs ont été confrontés à deux écueils, celui de la fiabilité et celui du prix. Comme toute nouvelle technologie de rupture (((ouvrant un marché))), les prix élevés ont été justifiés pour des luminaires qui consomment beaucoup moins et allongent le délai de remplacement (« relamping »). Aujourd’hui, la baisse des prix est amorcée mais des installations en bâtiments neufs se font encore en éclairage conventionnel. Les plus réticents pourront objecter que la consommation électrique due à l’éclairage étant minoritaire (moins de 10 %), autant conserver une technologie éprouvée. La priorité, c’est l’isolation et la ventilation. Et pour répondre à des demandes spécifiques, certains sont équipés de bandeaux d’éclairage naturel, assez onéreux (15 à 20 euros par m2).

Le manque de fiabilité de certains des premiers éclairages à leds a été constaté, mais le marché a fait le tri. Les mauvais fournisseurs ont disparu ou ont amélioré leurs produits. Désormais, la plupart (((d’entre eux))) proposent au moins deux ans de garantie, certains allant jusqu’à cinq et plus.

Trois familles d’éclairage à leds sont disponibles : les formats « ampoules » ou des lampes d’une puissance lumineuse équivalente à une ampoule incandescente de 75-100 W (environ 1 000 lumens), les « tubes » (à partir de 2000 lumens) dont les modèles régulables peuvent remplacer les néons conventionnels et les « blocs d’éclairage compacts » émettant plusieurs milliers de lumens.

En lampes et ampoules de petite puissance, deux fournisseurs étrangers (Hato et Greengage) associés à deux distributeurs bien connus (Tuffigo Rapidex et Plasson France) proposent des systèmes adaptés à l’aviculture. Leur credo est celui de la multiplication des points pour assurer une régularité d’éclairement.

En matière de « tubes », le choix est plus vaste, du généraliste au spécifique. Le plus souvent proposé semble être le tube CBM à large balayage (220 degrés d’ouverture grâce à une disposition des leds sur un V). En ce qui concerne les blocs de forte puissance (((lumineuse))), cinq modèles avicoles sont proposés, dont trois fournis par des équipementiers français (Siac, Sodalec, Systel). En fonction de la largeur du bâtiment et de leur puissance d’émission, ils sont implantés au centre du bâtiment ou sur deux rangées. Quel que soit le type de luminaire, la qualité de l’éclairage dépend des caractéristiques des diodes : couleur jaune (moins de 3 000 kelvins) ou blanche plus ou moins froide (4 000 k et plus), et indice de rendu des couleurs (supérieur à 80). La quantité de lumière reçue varie avec le plan d’éclairage et dépend du luminaire, sachant qu’une led émet plus étroitement qu’un éclairage conventionnel (importance de l’optique et du réflecteur). Des différences existent donc entre ces matériels. Plutôt que le prix, le coût d’utilisation (consommation, entretien, amortissement) devrait être un élément majeur du choix, mais il n’est pas le seul. Une visite s’impose pour "voir de ses propres yeux", en retenant que le choix engage pour longtemps et que techniquement « qui peut le plus peut le moins. »

- © P. Le Douarin

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