Réussir Aviculture 15 juin 2008 à 08h45 | Par P. Le Douarin

Jean-Yves Ménard, président du Comité interprofessionnel du poulet de chair (CIPC) - "Agissons pour stopper le déclin de la volaille Française"

Créé en novembre 2007, le dernier des comités d’espèce qui devraient former la future interprofession, met en place ses sources de financement et réfléchit aux actions futures.

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Jean-Yves Ménard."Si nous ne réagissons pas collectivement la filière volaille est mal partie dans les trois à cinq ans à venir."
Jean-Yves Ménard."Si nous ne réagissons pas collectivement la filière volaille est mal partie dans les trois à cinq ans à venir." - © P. Le Douarin

Depuis sa création en novembre dernier, qu’a fait le Comité interprofessionnel du poulet de chair ?

D’abord, précisons que le CIPC n’inclut pas la production de poulet label rouge, ni celle de poulet destiné au marché grand export type Moyen-Orient. La mise en place opérationnelle du CIPC a démarré le 1er janvier, avec la constitution d’un Bureau, assisté de trois commissions (technique, économie, communication), la validation d’un règlement intérieur et de la procédure d’appel des cotisations. Nous avons adhéré à l’Association de promotion de la volaille française (APVF) et participé activement à sa campagne de promotion intitulée Le mois de mars, le mois de la volaille.

Comment et par qui est financé le CIPC ?

Par des cotisations volontaires des filières poulet certifié et standard (ou classique) égales à deux euros pour mille poussins mis en place. La déclaration transite par les accouveurs et c’est l’acheteur du sujet d’un jour qui l’acquitte. La répartition entre les différents maillons est laissée au choix des opérateurs. Cet appel à cotisations se met progressivement en place. Nous tablons sur une rentrée de 500 000 euros, sur la base de 250 millions de poussins. Pour cette filière, nous manquons encore de données statistiques fiables comme il en existe ailleurs, au Cidef en particulier.

Que comptez-vous faire après avoir mis le CIPC sur les rails ?

Faire une analyse objective de la situation économique française et lister les actions de redressement à réaliser. Ne nous voilons pas la face. Tout le monde constate que la filière volaille est en déclin. La consommation est en régression. La production de poulet a diminué de 14 % depuis 2000. Nos exportations reculent et les importations explosent. Certes le solde reste positif, mais en dix ans il est passé de 850 000 à 250 000 tonnes. Si nous ne faisons rien, dans trois à cinq ans, il sera négatif ! Au niveau du poulet, il faut se ressaisir, être imaginatif et déclencher des actions qui inversent la tendance. Je pense à des recherches techniques pour regagner de la compétitivité en amont et aval, à la promotion des produits français, en France et à l’étranger,afin de retrouver des parts de marché. Nous sommes devenus le quatrième producteur de poulets en Europe. Ça suffit.


Comment analysez-vous l'affaire des poulets chlorés américains ?

C'est une distorsion de concurrence supplémentaire, après les farines animales, les facteurs de croissance... Quand un poulet coûte 100 en Europe, il est à 75 aux USA et 50 au Brésil. Je m'étonne que l'Europe veuille s'aligner sur un modèle d'hygiène à l'américaine, alors que les États-Unis connaissent des cas de toxi-infections alimentaires collectives d'envergure ! Comment légitimer des exigences sanitaires vis-à-vis des éleveurs si ces techniques de désinfection finales étaient adoptées. En Europe, la sécurité et la qualité alimentaires des produits passent avant la rentabilité. Le consommateur serait le grand perdant. C'est un retour en arrière. Je me félicite que Michel Barnier ait défendu le modèle européen.

Où en est l'avancement de la future interprofession volailles de chair ?

Le CIPC est le tremplin de la mise en place de cette interprofession, dans la mesure où sa constitution complète les autres comités déjà existants, et que le poulet est la principale production. En novembre dernier, toutes les familles ont clairement exprimé leur souhait de constituer cette interprofession. Pour le moment, le dossier est en attente, même si des échanges informels ont lieu. Notre priorité a été de lancer la structure CIPC. Réussir ce lancement est une des conditions de reprise des discussions. Celles ci devraient redémarrer à partir du mois de septembre, quand nous aurons fait le bilan du démarrage. Il ne faut pas précipiter les évènements. L'interprofession arrivera tranquillement en temps voulu.

 

 

IDENTITE

Âgé de 50 ans, Jean-Yves Ménard est agriculteur dans le Maine-et -Loire, associé en Gaec avec son épouse et son frère. Ils élèvent des vaches laitières sur 140 ha de SAU, dont 100 ha en cultures végétales et 800 m2 de volailles. Administrateur de la coopérative Terrena, Jean-Yves Ménard est le président de la filière volaille de Terrena et de la société Gastronome.

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